Voici pourquoi un krach boursier fait si mal

pourquoi un krach boursier fait si mal

Il existe une croyance qui revient à chaque grand marché haussier.

Cette fois, les choses seraient différentes.

Les entreprises continueraient de croître pendant des années, les innovations justifieraient des valorisations toujours plus élevées et les marchés finiraient par évoluer sur une trajectoire presque naturelle, faite de quelques respirations, mais sans véritable retour en arrière.

C’est probablement le seul domaine où nous acceptons sans difficulté l’idée que les arbres puissent pousser jusqu’au ciel.

Pourtant, l’histoire des marchés raconte exactement l’inverse.

Chaque grande phase d’euphorie finit par rencontrer une limite. Pas parce que le capitalisme cesse soudainement de fonctionner. Pas parce que toutes les entreprises deviennent mauvaises du jour au lendemain. Mais parce que les investisseurs oublient progressivement que le prix payé compte autant que la qualité de l’entreprise achetée.

Et c’est précisément cette prise de conscience qui rend les krachs si douloureux.

Un marché haussier change notre façon de réfléchir

Au début d’un cycle, les investisseurs restent prudents.

Ils s’interrogent sur les bénéfices, la valorisation, les perspectives économiques. Les souvenirs de la dernière crise sont encore présents et chacun cherche à éviter de reproduire les mêmes erreurs.

Puis les années passent.

Les marchés montent.

Les entreprises publient de bons résultats.

Les portefeuilles progressent presque sans effort.

Petit à petit, notre perception du risque se transforme.

Nous ne nous demandons plus si les prix sont raisonnables. Nous nous demandons jusqu’où ils peuvent encore monter.

Cette évolution est presque imperceptible. Pourtant, elle est au cœur de la plupart des bulles financières.

Plus la hausse dure, plus elle semble normale.

Plus elle semble normale, plus les investisseurs sont prêts à payer cher.

Ce ne sont pas les entreprises qui deviennent irrationnelles

On entend souvent dire qu’une bulle correspond à des entreprises surévaluées.

La réalité est un peu plus subtile.

Prenons une excellente entreprise. Elle peut continuer à gagner des parts de marché, augmenter ses bénéfices et devenir un leader mondial. Cela n’empêche pas son action d’être un mauvais investissement si le prix payé aujourd’hui suppose déjà un avenir parfait.

Autrement dit, un bon actif n’est pas toujours un bon investissement.

C’est une distinction essentielle.

Pendant les périodes d’euphorie, cette différence disparaît progressivement. Les investisseurs ne raisonnent plus sur ce que vaut une entreprise. Ils raisonnent sur ce que quelqu’un sera prêt à payer demain.

Une entreprise qui ne gagne pas encore d’argent ? Ce n’est pas grave.

Une société dont le modèle économique reste à démontrer ? Peu importe.

Une valorisation qui dépasse largement la croissance attendue ? Elle trouvera bien un nouvel acheteur.

Lorsque tout le monde pense ainsi, les prix continuent naturellement de monter.

Jusqu’au moment où ils ne montent plus.

Le problème n’est pas le krach

On présente souvent un krach comme un événement exceptionnel.

En réalité, il agit davantage comme un révélateur.

Pendant plusieurs années, les anticipations deviennent de plus en plus optimistes. Les investisseurs acceptent des hypothèses de croissance toujours plus ambitieuses. Ils paient des multiples de valorisation qui n’auraient semblé raisonnables à personne quelques années auparavant.

Puis survient un élément déclencheur.

Une hausse des taux.

Une récession.

Une crise géopolitique.

Une déception sur les résultats d’une grande entreprise.

Peu importe finalement la cause précise.

Ce qui provoque le krach, c’est le moment où les investisseurs réalisent que leurs anticipations étaient devenues trop optimistes.

Le marché ne crée pas soudainement un problème.

Il reconnaît simplement celui qui existait déjà.

Pourquoi les baisses font tellement plus mal que les hausses ne font plaisir

Les économistes comportementaux l’ont montré depuis longtemps : perdre 20 % procure une douleur bien supérieure au plaisir ressenti lorsqu’on gagne 20 %.

Cette asymétrie explique une partie de la violence émotionnelle des marchés baissiers.

Mais il existe une autre raison, plus profonde.

Pendant les marchés haussiers, nous avons tendance à attribuer nos gains à nos compétences.

Lorsque les marchés corrigent brutalement, nous découvrons que la hausse générale nous aidait beaucoup plus que nous ne l’imaginions.

Le marché haussier distribue facilement de la confiance.

Le marché baissier demande de la mériter.

C’est souvent à ce moment-là que les investisseurs changent totalement de stratégie, vendent leurs positions ou cherchent désespérément le prochain actif miracle.

Malheureusement, ces décisions sont rarement prises dans les meilleures conditions.

Tout le monde sait qu’un krach arrivera… jusqu’au jour où il arrive

C’est probablement le plus grand paradoxe des marchés financiers.

Demandez à n’importe quel investisseur expérimenté si un krach surviendra un jour.

La réponse sera presque toujours oui.

Demandez-lui quand.

Personne ne le sait.

Et lorsque la baisse commence réellement, beaucoup réagissent comme si personne ne l’avait envisagée.

Pourquoi ?

Parce qu’il existe une immense différence entre savoir qu’un risque existe et le vivre.

Une baisse de 40 % paraît abstraite lorsqu’on la lit dans un livre.

Elle devient beaucoup plus concrète lorsqu’elle représente plusieurs années d’épargne.

C’est précisément pour cette raison que tant d’investisseurs découvrent leur véritable tolérance au risque… pendant les crises, et non avant.

Les arbres ne poussent jamais jusqu’au ciel

L’histoire financière regorge de périodes où les investisseurs pensaient que certaines règles avaient cessé d’exister.

La bulle Internet.

La crise immobilière de 2008.

Les valeurs technologiques les plus spéculatives après la pandémie.

À chaque fois, les arguments semblaient différents.

À chaque fois, le raisonnement paraissait convaincant.

À chaque fois, les investisseurs expliquaient pourquoi cette période ne ressemblait pas aux précédentes.

Pourtant, le mécanisme restait identique.

Une hausse prolongée finit par convaincre les investisseurs que le risque diminue, alors qu’il augmente souvent.

Les arbres semblent continuer à pousser.

Puis les marchés rappellent simplement qu’ils ne peuvent pas atteindre le ciel.

Ce que cela change pour votre portefeuille

La leçon n’est certainement pas qu’il faudrait éviter les actions.

Les actions restent probablement la meilleure classe d’actifs pour créer du patrimoine sur plusieurs décennies.

En revanche, elles exigent une contrepartie.

Cette contrepartie s’appelle la volatilité.

Autrement dit, les excellents rendements historiques des marchés actions existent précisément parce que les investisseurs doivent accepter de traverser, de temps en temps, des périodes extrêmement désagréables.

Vouloir obtenir les performances des actions sans supporter leurs corrections revient à vouloir les intérêts d’un prêt sans accepter d’en rembourser le capital.

Le marché ne fonctionne pas ainsi.

Un bon portefeuille est avant tout un portefeuille que l’on conserve

Je constate souvent que les investisseurs cherchent avant tout à construire le portefeuille le plus performant.

C’est une erreur de perspective.

Le meilleur portefeuille n’est pas celui qui affiche le rendement théorique le plus élevé.

C’est celui que vous serez capable de conserver lorsque les marchés perdront 30 %, voire 50 %.

Car un portefeuille abandonné en pleine crise ne produira jamais les performances qu’il promettait sur le papier.

À l’inverse, un portefeuille légèrement moins ambitieux, mais compatible avec votre tempérament, a beaucoup plus de chances d’atteindre son objectif.

L’investissement est moins une compétition contre les marchés qu’une compétition contre nos propres émotions.

La véritable protection n’est pas de prévoir les crises

À chaque krach, certains affirment qu’il fallait vendre avant.

Avec le recul, ils ont toujours raison.

Le problème est qu’il faut aussi savoir quand revenir.

Et cette deuxième décision est souvent encore plus difficile que la première.

Les études montrent d’ailleurs qu’une grande partie de la performance des investisseurs dépend de leur capacité à rester investis. Manquer seulement quelques-unes des meilleures séances de rebond peut réduire fortement le rendement obtenu sur plusieurs décennies.

Chercher à prévoir précisément les crises est donc rarement la stratégie la plus efficace.

Construire un portefeuille capable de leur résister l’est beaucoup plus.

Cela passe par une diversification cohérente, un horizon d’investissement suffisamment long et une allocation adaptée à votre capacité réelle à supporter les baisses.

Ces principes paraissent presque trop simples.

Ils sont pourtant beaucoup plus utiles que la plupart des prévisions économiques.

La prochaine euphorie viendra aussi

Les marchés finiront par repartir : ils l’ont toujours fait.

Puis, quelques années plus tard, les valorisations redeviendront exigeantes, les investisseurs retrouveront leur optimisme et certains expliqueront de nouveau que les règles ont changé.

C’est probablement inévitable.

L’objectif d’un investisseur n’est donc pas d’échapper définitivement aux krachs. Il consiste plutôt à construire une stratégie suffisamment robuste pour continuer à investir malgré eux.

Car les grandes performances ne récompensent pas ceux qui prévoient parfaitement les marchés. Elles récompensent le plus souvent ceux qui restent disciplinés lorsque les autres cessent de l’être.

Et si cette discipline vous paraît plus difficile à appliquer qu’à comprendre, c’est précisément là que l’accompagnement d’Alti Patrimoine prend tout son sens.