
« Les investisseurs perdent 20 milliards d’euros en deux jours. »
À chaque épisode de baisse des marchés, ce type de titre refait surface. Les chiffres changent, les causes aussi — inflation, guerre, crise bancaire, élections, droits de douane ou tensions géopolitiques — mais la mécanique reste la même.
Le message est simple : quelque chose de grave est en train de se produire, et vous devriez probablement vous inquiéter.
Pourtant, ce qui m’interpelle n’est pas tant le titre lui-même que ce qu’il omet.
Lorsque le CAC 40 perd 4 % en quelques séances, cela fait naturellement la une de la presse économique. En revanche, on rappelle beaucoup plus rarement que le même indice a parfois gagné plus de 100 % au cours de la décennie précédente. Une baisse ponctuelle devient alors un événement exceptionnel, alors qu’elle n’est souvent qu’une respiration dans une tendance de long terme.
Cette manière de présenter l’information influence profondément notre perception du risque. Et c’est précisément là que réside l’un des dangers les plus sous-estimés pour un investisseur.
Le risque ne vient pas uniquement des marchés.
Il vient aussi de la manière dont nous les regardons.
Les marchés changent moins vite que les gros titres
J’observe souvent le même phénomène.
Après plusieurs mois de hausse, les investisseurs deviennent progressivement convaincus que les actions sont incontournables. Les médias mettent alors en avant les records historiques, les entreprises qui explosent leurs bénéfices ou les nouveaux secteurs d’avenir.
Quelques mois plus tard, une correction survient.
Le discours s’inverse presque instantanément. Les mêmes marchés deviennent soudain dangereux. Les articles évoquent les milliards « partis en fumée », les risques de récession ou les scénarios catastrophes.
Pourtant, les entreprises qui composent les indices n’ont pas changé de nature en quelques semaines :
- Leurs usines produisent toujours.
- Leurs salariés continuent de travailler.
- Leurs clients continuent d’acheter.
Ce qui change beaucoup plus vite que la valeur des entreprises, c’est notre perception de cette valeur.
Les marchés financiers ont toujours connu des phases d’optimisme excessif suivies de périodes de pessimisme tout aussi excessif. Ce n’est pas nouveau. Ce qui a changé, en revanche, c’est la vitesse avec laquelle ces émotions nous atteignent.
L’information est désormais permanente.
Notifications, chaînes d’information en continu, réseaux sociaux, vidéos courtes, alertes des applications boursières : il est devenu presque impossible d’ignorer les mouvements quotidiens des marchés.
Or notre cerveau n’a jamais été conçu pour absorber autant de signaux contradictoires.
Le véritable risque lié aux gros titres
On parle parfois de « headline risk » pour désigner l’impact qu’une information médiatique peut avoir sur le cours d’un actif.
Une rumeur concernant un changement de dirigeant, un procès ou une mauvaise publication peut effectivement provoquer une forte volatilité sur une entreprise donnée.
Mais ce risque me paraît aujourd’hui plus large.
Le véritable risque lié aux gros titres n’est pas seulement qu’ils fassent bouger les marchés.
C’est qu’ils vous fassent bouger, vous.
Un investisseur qui modifie son portefeuille uniquement parce qu’il a lu un titre alarmiste prend rarement une meilleure décision. Il remplace simplement une stratégie réfléchie par une réaction émotionnelle.
C’est beaucoup plus fréquent qu’on ne l’imagine.
Je rencontre régulièrement des investisseurs qui avaient construit un portefeuille cohérent… jusqu’au jour où une crise est arrivée.
Ils n’ont pas vendu parce que leurs objectifs avaient changé.
Ils n’ont pas vendu parce que les entreprises détenues étaient devenues mauvaises.
Ils ont vendu parce qu’ils avaient fini par croire que cette fois-ci, c’était différent.
Cette conviction est presque toujours alimentée par un flot continu d’informations anxiogènes.
Les médias ne poursuivent pas le même objectif que vous
Il est important de rappeler une évidence que l’on oublie facilement.
Le modèle économique des médias n’est pas de faire prospérer votre patrimoine.
Il est de capter votre attention.
Cette distinction change beaucoup de choses.
Une information nuancée attire rarement autant de clics qu’un scénario catastrophique.
« Les marchés connaissent une correction statistiquement normale après plusieurs années de hausse » est un titre exact.
Mais il suscite peu d’émotions.
À l’inverse, annoncer que « des dizaines de milliards se sont évaporés » provoque une réaction immédiate. Même lorsque le chiffre est exact, la manière de le présenter modifie profondément la perception du lecteur.
Ce n’est pas nécessairement de la mauvaise foi.
C’est simplement le fonctionnement naturel d’un secteur dont la concurrence repose sur l’attention.
Le problème apparaît lorsque l’investisseur confond information et aide à la décision.
Les médias répondent à une logique d’audience.
Vous devriez répondre à une logique patrimoniale.
Ce ne sont pas les mêmes intérêts.
Les émotions coûtent souvent plus cher que les crises
Les plus fortes destructions de patrimoine ne proviennent pas toujours des crises elles-mêmes.
Elles proviennent des décisions prises pendant ces crises.
L’histoire des marchés est remplie d’investisseurs qui ont vendu en pleine panique avant de regarder les marchés repartir sans eux :
- La crise financière de 2008.
- Le krach du Covid en 2020.
- Les fortes corrections de 2022.
À chaque fois, beaucoup étaient persuadés que la situation était exceptionnelle.
À chaque fois, les marchés ont fini par retrouver leurs plus hauts.
Évidemment, cela ne signifie pas que toutes les baisses doivent être ignorées ni que les marchés remontent toujours rapidement.
L’avenir reste incertain. En revanche, une chose est remarquablement constante : les investisseurs qui prennent leurs décisions sous l’effet de la peur obtiennent rarement de meilleurs résultats que ceux qui restent disciplinés.
Cette distinction est fondamentale.
Le risque n’est pas de voir son portefeuille perdre temporairement 15 ou 20 %.
Le risque est de transformer cette baisse temporaire en perte définitive en vendant au mauvais moment.
Le vrai danger n’est probablement pas celui auquel vous pensez
Lorsque les marchés corrigent fortement, beaucoup d’investisseurs ont le sentiment de protéger leur patrimoine en réduisant leur exposition aux actions.
Cette réaction paraît logique.
Pourquoi rester investi dans un actif qui vient de perdre 20 % ?
La question mérite pourtant d’être retournée.
Si vous renoncez aux actions, où allez-vous investir ?
Sur un compte courant qui perd chaque année un peu de pouvoir d’achat ?
Sur un fonds garanti qui protège votre capital nominal mais pas nécessairement votre patrimoine réel ?
Sur l’or, dont la valeur dépend essentiellement de ce que le marché est prêt à payer demain ? Sur l’immobilier lorsque les prix sont déjà très élevés ? Ou sur une classe d’actifs devenue populaire simplement parce qu’elle a bien performé récemment ?
Il ne s’agit pas de dire que les actions sont toujours le meilleur choix, quelles que soient les circonstances.
Il s’agit de rappeler qu’un investissement ne se juge jamais dans l’absolu, mais relativement aux autres solutions disponibles.
C’est une nuance importante.
Beaucoup d’investisseurs considèrent les actions comme un actif risqué. Ils oublient souvent que ne pas investir comporte également un risque.
Et celui-ci est beaucoup moins spectaculaire.
Il ne fait jamais la une des journaux.
Il agit lentement, année après année : c’est l’érosion du pouvoir d’achat.
L’inflation ne provoque pas de krach visible. Elle ne fait pas perdre 20 % en quelques semaines. Elle retire quelques points de pouvoir d’achat chaque année, suffisamment discrètement pour passer presque inaperçue.
Pourtant, sur vingt ou trente ans, son impact peut être considérable.
Vu sous cet angle, la question change complètement.
Le véritable risque n’est plus seulement de subir une baisse temporaire des marchés.
C’est de construire un patrimoine incapable de préserver votre niveau de vie à long terme.
La volatilité est le prix de la performance
On aimerait tous obtenir les rendements des actions avec la stabilité d’un livret réglementé.
Malheureusement, cette combinaison n’existe pas.
La volatilité n’est pas un défaut des marchés. Elle est, en grande partie, le prix à payer pour bénéficier de leur capacité à créer de la richesse sur plusieurs décennies.
Prenons un investisseur qui détient un portefeuille mondial diversifié. Il connaîtra des années très agréables. Il connaîtra aussi des corrections de 20 %, parfois davantage.
S’il considère chacune de ces baisses comme une anomalie nécessitant une intervention, il passera probablement une bonne partie de sa vie à vendre au mauvais moment puis à racheter plus haut.
À l’inverse, celui qui accepte cette volatilité comme une caractéristique normale des actions aura davantage de chances de profiter de leur rendement de long terme.
Cette différence paraît théorique. Elle ne l’est pas. Elle explique une grande partie de l’écart observé entre la performance des marchés et celle obtenue par de nombreux investisseurs, qui entrent et sortent sans cesse au gré des émotions.
Ce que les gros titres ne racontent jamais
Les médias parlent volontiers des journées où les marchés perdent 3 %.
Ils parlent beaucoup moins des milliers de journées ordinaires qui construisent la performance de long terme. Ils racontent les crises. Beaucoup plus rarement la patience.
Pourtant, ce sont ces longues périodes de croissance discrète qui expliquent l’essentiel de la création de richesse.
Un portefeuille ne se construit généralement pas grâce à une décision brillante prise un mardi matin après avoir lu un article.
Il se construit grâce à une succession de décisions ordinaires : continuer d’investir, rééquilibrer lorsque c’est nécessaire, respecter son allocation et laisser le temps faire son travail.
Rien de tout cela ne fait un bon titre.
Parce que la discipline est peu spectaculaire.
Comment se protéger du risque médiatique ?
Il serait illusoire de penser que l’on peut complètement ignorer l’actualité économique.
Certaines informations sont importantes.
Certaines conduisent effectivement à revoir des hypothèses ou à adapter une allocation patrimoniale.
La difficulté consiste à distinguer les informations qui changent réellement la valeur d’un investissement de celles qui ne modifient que notre état émotionnel.
Avant de prendre une décision importante, j’aime revenir à quelques questions très simples :
- Mon objectif patrimonial a-t-il changé ?
- La qualité des actifs que je détiens a-t-elle réellement changé ?
- Ou suis-je simplement plus inquiet qu’il y a une semaine ?
Cette dernière situation est de loin la plus fréquente. Or une émotion, même intense, ne constitue pas une stratégie d’investissement.
Il peut aussi être utile de ralentir volontairement le processus de décision.
Une allocation construite pendant plusieurs semaines ne devrait jamais être remise en cause quelques minutes après la lecture d’un article alarmiste.
Le temps est souvent un excellent filtre. Les marchés réagissent immédiatement. Les investisseurs n’y sont pas obligés.
Investir, c’est davantage résister que prévoir
On présente souvent l’investissement comme un exercice de prévision.
Il faudrait anticiper la prochaine crise, la prochaine baisse, le prochain secteur gagnant ou le prochain retournement économique.
En pratique, je constate que les meilleurs investisseurs ne sont pas forcément ceux qui prévoient le mieux.
Ce sont souvent ceux qui résistent le mieux :
- Ils acceptent de ne pas savoir ce qui se passera dans six mois.
- Ils construisent des portefeuilles suffisamment robustes pour supporter plusieurs scénarios.
- Ils savent que les mauvaises nouvelles reviendront régulièrement.
Et surtout, ils comprennent qu’une information très médiatisée n’est pas nécessairement une information importante.
Cette distinction paraît anodine.
Elle fait pourtant toute la différence entre une gestion dictée par l’actualité et une stratégie construite pour plusieurs décennies.
À long terme, les marchés ne récompensent pas les investisseurs qui lisent le plus de gros titres.
Ils récompensent davantage ceux qui restent capables de prendre du recul lorsque tout le monde perd le sens commun
Et c’est précisément ce recul que nous cherchons à apporter chez Alti Patrimoine, bien au-delà des mouvements quotidiens des marchés.