Investir à la Warren Buffett pour la retraite

Investir à la Warren Buffett pour la retraite

Warren Buffett est probablement l’investisseur le plus cité au monde. Pourtant, il est aussi l’un des plus mal compris.

Ses phrases circulent partout : sur les réseaux sociaux, dans les livres de finance, les conférences ou les vidéos YouTube. Elles sont souvent utilisées pour justifier une méthode d’investissement, une stratégie ou un choix d’actions.

Le problème est que ces citations sont rarement replacées dans leur véritable contexte. On retient volontiers les formules qui parlent de performance, mais beaucoup moins celles qui parlent de comportement. Or, lorsque l’on prend le temps de lire Buffett dans son ensemble, un constat s’impose : il parle finalement assez peu de techniques d’investissement. Il parle surtout de décisions.

C’est sans doute ce qui explique la longévité exceptionnelle de sa carrière. Les marchés ont changé, les entreprises aussi, les outils à disposition des investisseurs encore davantage. En revanche, les erreurs humaines restent remarquablement constantes.

L’une de ses citations résume parfaitement cette idée :

« Il suffit de faire très peu de choses bien dans sa vie, tant que l’on ne fait pas trop de choses mal. »

À première vue, cette phrase paraît presque décevante. On aimerait découvrir la recette qui permet de battre les marchés pendant plusieurs décennies. Buffett répond pourtant exactement l’inverse : la réussite vient souvent davantage de ce que l’on évite que de ce que l’on réussit.

En investissement, cette distinction est fondamentale.

Beaucoup d’investisseurs passent leur temps à rechercher le prochain placement exceptionnel, le prochain ETF capable de battre le marché ou la prochaine entreprise qui doublera de valeur. Cette quête est compréhensible. Elle donne l’impression d’agir.

Pourtant, lorsqu’on observe les patrimoines qui se construisent réellement sur plusieurs décennies, on constate souvent une autre réalité :

  • ils évitent les erreurs majeures ;
  • ils restent investis suffisamment longtemps ;
  • ils changent rarement de stratégie ;
  • ils laissent les intérêts composés faire leur travail.

Autrement dit, la différence entre un investisseur performant et un investisseur décevant provient souvent moins de quelques décisions brillantes que d’une succession d’erreurs évitées.

Cette idée revient constamment dans les propos de Buffett.

L’investissement récompense davantage le tempérament que l’intelligence

Une autre citation célèbre va exactement dans le même sens :

« La qualité la plus importante pour un investisseur est le tempérament, pas l’intellect. »

Cette phrase surprend toujours un peu. Après tout, les marchés financiers semblent récompenser ceux qui disposent des meilleures analyses, des meilleurs modèles ou des informations les plus pertinentes.

Dans certains métiers, c’est vrai. Pour la grande majorité des investisseurs, beaucoup moins.

Investir ne consiste pas seulement à choisir un actif. Il faut ensuite accepter de le conserver lorsque tout semble aller contre vous. Il faut supporter les périodes où votre portefeuille sous-performe les autres. Il faut continuer à investir pendant les marchés baissiers, alors même que chaque titre de presse explique pourquoi « cette fois, c’est différent ».

La difficulté n’est donc pas intellectuelle. Elle est émotionnelle.

C’est d’ailleurs ce qui rend les marchés paradoxaux. Les connaissances financières progressent avec le temps. Les outils sont de plus en plus performants. Les frais des ETF n’ont jamais été aussi faibles. Pourtant, une grande partie des investisseurs continue d’obtenir des résultats inférieurs à ceux des marchés eux-mêmes, simplement parce qu’elle entre et sort au mauvais moment.

On pourrait croire que cette réalité concerne uniquement les débutants.

Je constate pourtant régulièrement qu’elle touche aussi des investisseurs expérimentés. Les erreurs deviennent simplement plus sophistiquées : multiplication des arbitrages, recherche permanente d’optimisation, conviction excessive dans certaines analyses ou concentration excessive sur quelques entreprises.

La psychologie ne disparaît pas avec l’expérience.

Elle change simplement de visage.

Les meilleures décisions sont souvent d’arrêter les mauvaises

Une autre réflexion de Buffett mérite qu’on s’y attarde :

« Lorsque vous êtes dans un trou, la première chose à faire est d’arrêter de creuser. »

Cette phrase paraît évidente.

Elle est pourtant étonnamment difficile à appliquer lorsqu’il s’agit de son propre patrimoine.

Un investisseur qui s’est trompé sur une stratégie cherche souvent à la sauver plutôt qu’à la remettre en question. Il renforce une position perdante pour « faire baisser son prix de revient », conserve pendant des années un portefeuille devenu incohérent ou continue d’utiliser une méthode qui ne correspond plus à ses objectifs, simplement parce qu’il y a déjà consacré beaucoup de temps ou d’argent.

Ce comportement porte un nom en psychologie : le biais des coûts irrécupérables. Nous accordons trop d’importance à ce qui a déjà été investi, alors que seule la décision à prendre aujourd’hui devrait compter.

Pour un investisseur qui prépare sa retraite, cette erreur peut coûter cher.

Le temps est une ressource limitée. Plus on tarde à corriger une stratégie manifestement inadaptée, moins il reste d’années pour laisser une meilleure allocation produire ses effets.

Changer de cap est parfois désagréable. Reconnaître une erreur l’est encore davantage.

Mais persister dans une mauvaise direction est presque toujours plus coûteux que de l’admettre rapidement.

Le risque n’est pas là où on le croit

Une autre citation de Warren Buffett est probablement l’une des plus souvent reprises :

« Le risque vient du fait que vous ne savez pas ce que vous faites. »

Elle est généralement utilisée pour encourager les investisseurs à mieux se former. C’est une bonne chose. Mais je crois qu’elle invite surtout à faire preuve d’humilité.

Beaucoup d’investisseurs confondent connaissance et familiarité. Ils utilisent les produits d’une entreprise, travaillent dans son secteur ou lisent régulièrement des analyses à son sujet. Ils finissent alors par avoir le sentiment de la comprendre suffisamment pour y investir.

Cette impression est trompeuse.

Connaître une marque ne signifie pas connaître son activité. Comprendre son activité ne signifie pas savoir l’évaluer correctement. Et savoir l’évaluer ne signifie toujours pas que le marché se trompe sur son prix.

C’est précisément ce qui rend la sélection d’actions individuelles si difficile. Les informations publiques sont étudiées en permanence par des milliers d’analystes, de gérants professionnels et d’investisseurs institutionnels. Imaginer que quelques heures de lecture suffisent à déceler une opportunité durable relève souvent d’un excès de confiance plus que d’un véritable avantage concurrentiel.

Cela ne signifie pas qu’il est impossible de battre le marché.

Cela signifie simplement qu’il est prudent de reconnaître ce que l’on sait… et surtout ce que l’on ne sait pas.

Pour la plupart des investisseurs, cette réflexion conduit naturellement vers une approche plus robuste : investir dans des classes d’actifs plutôt que chercher à identifier quelques entreprises supposées gagnantes.

Un portefeuille largement diversifié d’ETF mondiaux n’offre peut-être pas le prestige d’une sélection de titres soigneusement choisie. En revanche, il évite qu’une seule erreur d’analyse compromette plusieurs années d’épargne.

Ce n’est pas la solution la plus spectaculaire. C’est souvent la plus efficace.

À l’approche de la retraite, préserver le capital devient aussi important que le faire croître

Une autre maxime de Buffett est devenue presque légendaire :

« Règle n°1 : ne jamais perdre d’argent. Règle n°2 : ne jamais oublier la règle n°1. »

Prise au pied de la lettre, cette phrase est évidemment impossible à appliquer. Tous les investisseurs connaissent un jour des baisses de marché.

Son véritable message est ailleurs.

Les pertes importantes exigent des gains encore plus importants pour être effacées. Une baisse de 50 % impose ensuite une hausse de 100 % simplement pour revenir au point de départ. Plus la perte est profonde, plus le chemin du retour devient difficile.

Cette réalité prend une importance particulière lorsqu’on approche de la retraite.

Pendant la phase d’accumulation, le temps joue généralement en faveur de l’investisseur. Les versements réguliers permettent d’acheter davantage de parts lorsque les marchés baissent et plusieurs décennies restent disponibles pour attendre un rebond.

La logique change complètement lorsque les retraits commencent.

À partir de ce moment-là, le portefeuille doit remplir deux fonctions simultanément :

  • continuer à produire de la performance sur le long terme ;
  • fournir des revenus réguliers sans fragiliser durablement le capital.

Une forte baisse au mauvais moment peut alors avoir des conséquences bien plus importantes que pendant la vie active. Les retraits effectués après une chute de marché réduisent le capital restant investi, qui dispose ensuite de moins de ressources pour bénéficier du rebond. C’est ce que l’on appelle le risque de séquence des rendements.

Cette problématique explique pourquoi la préparation de la retraite ne consiste pas seulement à accumuler un patrimoine. Il faut également réfléchir à la manière dont ce patrimoine sera utilisé pendant plusieurs décennies.

L’allocation qui vous a permis de constituer votre capital n’est pas forcément celle qui permettra de le faire durer.

Le plus difficile n’est pas d’épargner mais d’accepter d’utiliser son patrimoine

Buffett résumait cette idée avec son humour habituel :

« Je préfère acheter des choses. Sinon, c’est un peu comme économiser du sexe pour ses vieux jours. »

La formule fait sourire, mais elle met en évidence un changement que beaucoup d’investisseurs sous-estiment.

Pendant vingt, trente ou quarante ans, tout est organisé autour de l’accumulation. Chaque euro économisé est perçu comme une victoire. Les revenus progressent, le patrimoine grandit et les intérêts composés deviennent progressivement le principal moteur de l’enrichissement.

Puis arrive la retraite.

Du jour au lendemain, ce qui constituait une bonne habitude peut devenir un frein. Certaines personnes continuent d’épargner mentalement alors même qu’elles disposent du patrimoine qu’elles ont précisément construit pour être utilisé.

À l’inverse, d’autres augmentent brutalement leur niveau de dépenses sans mesurer les conséquences qu’une espérance de vie de vingt-cinq ou trente ans peut avoir sur leur portefeuille.

Trouver le bon équilibre est souvent beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

Il faut réussir à concilier plusieurs objectifs qui semblent parfois contradictoires :

  • préserver une sécurité financière durable ;
  • maintenir un niveau de vie satisfaisant ;
  • conserver une marge face aux imprévus ;
  • accepter de profiter du patrimoine sans craindre constamment de manquer plus tard.

Cette transition est autant financière que psychologique.

Elle demande souvent davantage de réflexion que la phase d’accumulation elle-même, parce qu’il n’existe plus de seconde chance pour reconstituer facilement le capital en cas d’erreur.

Les meilleurs conseils viennent rarement de ceux qui ont quelque chose à vendre

Parmi les nombreuses formules de Buffett, il y en a une qui dépasse largement le monde de l’investissement :

« Ne demandez jamais à un coiffeur si vous avez besoin d’une coupe de cheveux. »

Derrière l’humour se cache une réalité dont les investisseurs devraient se souvenir plus souvent.

L’industrie financière est construite autour de produits. C’est parfaitement normal : banques, assureurs, sociétés de gestion ou plateformes d’investissement vivent de leur capacité à distribuer des solutions.

Le problème apparaît lorsque la vente prend progressivement la place du conseil.

Un nouvel investissement est présenté comme indispensable. Une innovation devient soudain incontournable. Un produit plus sophistiqué est censé remplacer celui qui fonctionnait pourtant très bien la veille.

La question n’est donc pas de savoir si ces produits sont bons ou mauvais.

La vraie question est beaucoup plus simple : à qui profite réellement la décision que l’on s’apprête à prendre ?

Avant de modifier un portefeuille, il est utile de se demander :

  • cette décision répond-elle à un objectif patrimonial clairement identifié ;
  • améliore-t-elle réellement mon allocation ;
  • ou suis-je simplement en train de réagir à un discours commercial particulièrement convaincant ?

Poser ces questions évite déjà un grand nombre d’erreurs.

Les modes passent, les principes restent

Buffett disait également :

« Ce que les sages font au début, les fous le font à la fin. »

Chaque génération connaît ses investissements incontournables.

Hier, il s’agissait des valeurs Internet.

Puis sont venues les matières premières, certaines thématiques sectorielles, les SPAC, les NFT, l’intelligence artificielle ou d’autres tendances qui, selon les périodes, semblaient ne pouvoir que monter.

Certaines finissent effectivement par transformer durablement l’économie.

Cela ne signifie pas que les investissements réalisés autour de ces thèmes produiront automatiquement des rendements exceptionnels.

L’histoire des marchés montre d’ailleurs un phénomène récurrent : les excellentes entreprises ne sont pas toujours d’excellents investissements lorsque leur prix intègre déjà des attentes irréalistes.

À l’inverse, les stratégies les plus efficaces paraissent souvent ennuyeuses.

Elles consistent à investir régulièrement, diversifier largement, maîtriser les coûts et laisser le temps produire son effet.

Elles ne feront probablement jamais la une des journaux. En revanche, elles ont pour elles quelque chose de précieux : elles traversent les décennies sans avoir besoin d’être réinventées tous les trois ans.

Une bonne décision est celle que l’on pourra encore défendre dans vingt ans

Buffett aimait dire qu’un investisseur devrait se comporter comme s’il ne disposait que d’une vingtaine de décisions importantes au cours de toute sa vie.

L’image est volontairement exagérée, mais elle change complètement la manière d’aborder un portefeuille.

Au lieu de multiplier les arbitrages permanents, elle pousse à ralentir avant chaque décision importante.

Avant d’investir, il est alors utile de se poser quelques questions simples :

  • serais-je satisfait de conserver cet investissement pendant dix ou vingt ans ;
  • est-ce une décision fondée sur une conviction durable ou sur l’actualité du moment ;
  • si je ne pouvais plus vendre demain, serais-je encore serein aujourd’hui ?

Ces questions conduisent rarement aux choix les plus spectaculaires.

En revanche, elles conduisent souvent aux décisions que l’on regrette le moins.

Ce n’est probablement pas un hasard si Buffett répète depuis des décennies que sa durée de détention préférée est « pour toujours ».

Naturellement, aucun actif ne mérite d’être conservé quoi qu’il arrive. Les entreprises évoluent, les situations personnelles également. Mais raisonner avec un horizon très long oblige à sélectionner des investissements suffisamment robustes pour traverser plusieurs cycles économiques, plutôt que plusieurs semaines de volatilité.

Cette façon de réfléchir modifie profondément la manière d’investir. On passe progressivement de la recherche du prochain gagnant à la construction d’un patrimoine capable de résister au temps.

Les investisseurs qui réussissent évitent les mauvaises décisions

En relisant les principales citations de Warren Buffett, on pourrait croire qu’elles parlent de sélection d’actions, de valorisation ou de marchés financiers.

En réalité, elles parlent presque toujours de comportement.

Ne pas s’entêter lorsqu’une stratégie ne fonctionne plus. Reconnaître les limites de ses connaissances. Adapter son portefeuille lorsque ses objectifs changent. Se méfier des conflits d’intérêts. Refuser les effets de mode. Réfléchir sur plusieurs décennies plutôt que sur plusieurs mois.

Aucune de ces idées ne garantit une performance exceptionnelle.

En revanche, leur accumulation réduit progressivement le nombre d’erreurs susceptibles de détruire plusieurs années d’efforts.

C’est peut-être cela, finalement, la véritable leçon de Buffett.

Non pas apprendre à prévoir l’avenir mieux que les autres, mais construire un processus de décision suffisamment solide pour ne pas dépendre de cette capacité illusoire.

Chez Alti Patrimoine, nous pensons qu’un accompagnement sert autant à proposer des recommandations qu’à éviter les erreurs coûteuses découlant des mauvaises décisions.