
Lorsqu’on parle de préparation de la retraite, la plupart des conseils reviennent toujours à la même idée : il faudrait épargner davantage.
C’est évidemment vrai. Quelqu’un qui met régulièrement de côté une partie de ses revenus part avec un avantage considérable sur celui qui consomme tout ce qu’il gagne.
Mais cette idée est incomplète.
J’observe régulièrement des investisseurs qui ont accumulé un patrimoine important sans pour autant avoir construit une stratégie solide. À l’inverse, d’autres disposent d’un capital plus modeste mais prennent des décisions suffisamment rationnelles pour améliorer sensiblement leurs perspectives à long terme.
Autrement dit, la quantité d’épargne ne fait pas tout. La manière dont elle est investie compte presque autant.
Cette distinction devient d’autant plus importante que plusieurs tendances de fond rendent aujourd’hui la préparation de la retraite plus exigeante qu’elle ne l’était pour les générations précédentes.
L’allongement de l’espérance de vie augmente naturellement la durée pendant laquelle il faudra vivre de son patrimoine. Les régimes de retraite subissent une pression démographique croissante. Enfin, dans la plupart des pays développés, les ménages épargnent moins qu’auparavant tout en restant fortement exposés à une consommation toujours plus immédiate.
Il serait pourtant dangereux d’en conclure qu’il suffit d’augmenter son effort d’épargne.
Deux personnes qui mettent chacune 20 % de leurs revenus de côté peuvent obtenir, trente ans plus tard, des résultats radicalement différents. Non pas parce que les marchés leur auront réservé un sort différent, mais parce que leurs décisions auront été différentes.
Certaines erreurs détruisent silencieusement de la performance pendant plusieurs décennies. Elles semblent parfois anodines lorsqu’on les commet. Elles deviennent beaucoup plus coûteuses lorsqu’on approche de la retraite.
En voici sept.
1. Spéculer avec une partie de son portefeuille
Beaucoup d’investisseurs pensent pouvoir séparer leur patrimoine en deux.
Une partie serait investie sérieusement.
L’autre servirait à « tenter quelques coups ».
L’idée paraît raisonnable puisque les montants engagés restent limités. Pourtant, cette logique est rarement aussi anodine qu’elle en a l’air.
La spéculation nourrit souvent l’illusion que quelques bonnes opérations permettront d’accélérer la constitution du patrimoine. Les marchés regorgent pourtant d’exemples montrant que les performances exceptionnelles sont extrêmement difficiles à reproduire de manière régulière.
Le problème n’est d’ailleurs pas seulement financier.
Une approche spéculative modifie progressivement notre manière d’investir. On commence à rechercher le prochain actif à la mode plutôt qu’à construire un portefeuille cohérent. Les décisions deviennent plus émotionnelles. On accepte des risques que l’on aurait jugés excessifs quelques années plus tôt.
À long terme, ce sont rarement quelques mauvais investissements qui ruinent un patrimoine. C’est plutôt l’accumulation de décisions prises pour de mauvaises raisons.
La retraite se prépare davantage avec de la régularité qu’avec des coups d’éclat.
2. Confondre prudence et absence de risque
Cette erreur paraît presque paradoxale.
Beaucoup d’investisseurs deviennent très prudents après une crise financière. Ils réduisent fortement leur exposition aux actions et privilégient les liquidités, les fonds monétaires ou les placements garantis.
Sur le moment, cette décision procure un sentiment de sécurité.
Pourtant, cette sécurité est souvent trompeuse.
Le principal risque à la retraite n’est pas seulement de subir une baisse ponctuelle des marchés. C’est aussi de voir son pouvoir d’achat s’éroder lentement sous l’effet de l’inflation.
Une inflation moyenne de 2 ou 3 % par an paraît faible. Sur vingt ou trente ans de retraite, elle réduit pourtant fortement la valeur réelle du patrimoine.
C’est précisément ce qui rend les actions difficiles à remplacer dans une allocation de long terme.
Leur volatilité est plus importante. En contrepartie, elles restent historiquement l’une des rares classes d’actifs capables de préserver durablement le pouvoir d’achat du capital.
La véritable question n’est donc pas : « Comment éviter toute baisse ? »
Elle est plutôt : « Quel niveau de risque dois-je accepter aujourd’hui pour limiter les risques de demain ? »
Ces deux questions conduisent souvent à des réponses très différentes.
3. Concentrer votre patrimoine sur une seule entreprise
Il est fréquent que des salariés accumulent progressivement les actions de leur employeur.
Les raisons sont nombreuses.
- Des plans d’actionnariat salarié attractifs.
- Des décotes intéressantes.
- Une bonne connaissance de l’entreprise.
- Une confiance naturelle envers son employeur.
Le problème est que cette confiance crée une double dépendance.
Votre salaire dépend déjà de cette entreprise.
Si votre patrimoine dépend lui aussi de sa réussite, un même événement peut fragiliser simultanément vos revenus, votre emploi et votre épargne.
La diversification existe précisément pour éviter ce type de concentration.
Lorsqu’un portefeuille est réparti entre plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’entreprises, la faillite ou les difficultés d’une société deviennent presque anecdotiques.
À l’inverse, lorsqu’une seule entreprise représente une part importante du patrimoine, chaque mauvaise nouvelle prend une ampleur disproportionnée.
Les investisseurs ont souvent tendance à surestimer leur capacité à identifier les entreprises qui surperformeront durablement.
Pourtant, même les plus grandes réussites boursières connaissent parfois des périodes très longues de stagnation, voire de fortes corrections.
Construire sa retraite revient moins à trouver la prochaine entreprise exceptionnelle qu’à éviter qu’une seule entreprise puisse remettre en cause l’ensemble du projet.
4. Sous-estimer l’impact des frais
Les frais sont rarement le premier critère auquel pense un investisseur.
Ils sont souvent faibles, exprimés en pourcentage, parfois même difficiles à identifier. Quelques dixièmes de point paraissent anecdotiques lorsqu’on regarde une année de performance.
Sur trente ans, ils ne le sont plus du tout.
Les intérêts composés fonctionnent dans les deux sens. Ils permettent au capital de croître, mais ils amplifient également le coût des frais.
Prenons un exemple simple. Deux portefeuilles investissent exactement sur les mêmes marchés. Le premier obtient un rendement annuel net de 8 %, le second de 6 %, uniquement parce que ses frais sont plus élevés.
Deux points de différence semblent modestes.
Pourtant, après plusieurs décennies, l’écart de patrimoine devient considérable.
Cette réalité est souvent sous-estimée parce que les frais sont invisibles. Ils ne quittent pas directement votre compte bancaire. Ils réduisent simplement la performance année après année.
À cela s’ajoutent parfois des coûts moins visibles encore : rotation excessive du portefeuille, fiscalité inutilement déclenchée, frais d’entrée ou de sortie, produits complexes dont les différentes couches de frais s’additionnent.
Le plus intéressant est que cette performance supplémentaire ne provient pas d’une meilleure anticipation des marchés.
Elle provient simplement d’un meilleur contrôle des coûts.
Autrement dit, c’est probablement l’un des rares leviers dont un investisseur maîtrise réellement le résultat.
5. Croire que vous saurez entrer et sortir au bon moment
Il existe une tentation permanente chez les investisseurs : attendre le « bon moment ».
Le raisonnement paraît logique. Pourquoi investir juste avant une baisse ? Pourquoi rester investi lorsque les marchés semblent clairement surévalués ?
Le problème est que cette logique suppose une capacité de prévision que personne ne possède de façon régulière.
Dans la pratique, le market timing est rarement guidé par une analyse parfaitement rationnelle.
Il est surtout dicté par les émotions.
Lorsque les marchés chutent fortement, beaucoup d’investisseurs finissent par vendre parce qu’ils ne supportent plus les pertes.
À l’inverse, lorsque les marchés montent depuis plusieurs années, il devient difficile de rester spectateur. La peur de manquer une hausse pousse alors à investir… souvent après une grande partie de celle-ci.
Cette succession de décisions émotionnelles explique pourquoi de nombreux investisseurs obtiennent des performances nettement inférieures à celles des fonds dans lesquels ils investissent.
Ce n’est pas le marché qui produit cette sous-performance.
C’est leur comportement.
Préparer sa retraite suppose donc d’accepter une idée peu intuitive : les marchés connaîtront encore des crises.
Ils connaîtront également de nouvelles périodes d’euphorie.
L’objectif n’est pas d’éviter chacune de ces phases.
Il consiste à construire un portefeuille suffisamment robuste pour ne pas avoir envie de le remettre entièrement en cause à chaque cycle.
6. Oublier de vraiment diversifier
La diversification fait partie des principes les plus connus en investissement.
Elle est pourtant souvent mal comprise.
Beaucoup de portefeuilles semblent diversifiés parce qu’ils contiennent plusieurs fonds ou plusieurs dizaines d’actions.
En réalité, ces investissements restent parfois fortement concentrés sur les mêmes entreprises, les mêmes secteurs ou les mêmes zones géographiques.
À l’inverse, une véritable diversification cherche à combiner des actifs dont les comportements diffèrent réellement.
Selon les objectifs poursuivis, cela peut conduire à intégrer différentes expositions :
- des actions de grandes entreprises ;
- des petites capitalisations ;
- des sociétés décotées (« value ») ;
- des marchés internationaux ;
- des obligations ;
- de l’immobilier coté ou non coté ;
- éventuellement d’autres classes d’actifs selon la situation patrimoniale.
L’objectif n’est pas d’ajouter des lignes au portefeuille.
Il est de réduire la dépendance à un scénario unique.
Prenons un exemple.
La dernière décennie a largement favorisé les grandes valeurs technologiques américaines. Beaucoup d’investisseurs en ont conclu qu’il suffisait de s’y concentrer.
L’histoire des marchés montre pourtant que les leaderships changent régulièrement. Les actifs qui semblent incontournables aujourd’hui ne le resteront pas nécessairement demain.
Construire un portefeuille revient donc moins à chercher ce qui performera le mieux l’année prochaine qu’à accepter de ne pas savoir quel segment dominera durant la prochaine décennie.
La diversification est finalement une manière d’intégrer cette incertitude dans son allocation.
7. Croire aux promesses de surperformance
Le secteur financier produit continuellement de nouveaux produits présentés comme capables de battre durablement les marchés.
Les arguments changent.
La promesse reste souvent la même.
Obtenir davantage de performance avec moins de risque.
Il faut reconnaître que certains gérants réussissent effectivement à surperformer pendant plusieurs années.
La difficulté est ailleurs :
- Comment les identifier avant qu’ils n’aient réalisé cette performance ?
- Comment distinguer le talent de la chance ?
- Comment savoir si cette surperformance sera reproductible ?
Ces questions sont beaucoup plus difficiles qu’elles n’en ont l’air.
Les produits les plus séduisants sont souvent aussi les plus coûteux, les moins liquides ou les plus complexes.
Leur présentation commerciale met naturellement en avant leurs succès passés.
Elle insiste beaucoup moins sur les risques, les périodes de sous-performance ou les scénarios moins favorables.
Plus un investissement paraît exceptionnel, plus il mérite d’être analysé avec prudence.
L’expérience montre d’ailleurs qu’une stratégie simple, peu coûteuse, bien diversifiée et maintenue avec discipline produit souvent de meilleurs résultats qu’une succession de solutions sophistiquées adoptées au gré des modes.
Préparer sa retraite consiste surtout à éviter les erreurs irréversibles
On présente souvent l’investissement comme une quête permanente de performance.
Je crois que cette vision est trompeuse.
Les patrimoines les plus solides ne sont pas forcément ceux qui ont connu les meilleures années. Ce sont souvent ceux qui ont évité les erreurs les plus coûteuses.
Épargner régulièrement, maîtriser les frais, rester investi malgré les périodes difficiles, accepter de ne pas pouvoir prévoir les marchés et construire une allocation réellement diversifiée n’ont rien de spectaculaire.
Pourtant, c’est précisément cette accumulation de décisions ordinaires qui produit des résultats extraordinaires sur plusieurs décennies.
À l’inverse, vouloir systématiquement faire mieux que le marché, rechercher la prochaine opportunité exceptionnelle ou modifier constamment son portefeuille conduit souvent à l’effet inverse de celui recherché.
La retraite se prépare bien avant les dernières années de carrière.
Elle se construit progressivement, au fil de centaines de décisions qui paraissent anodines lorsqu’on les prend, mais dont les conséquences deviennent immenses avec le temps.
Le véritable défi n’est donc pas de trouver le placement parfait. Il consiste à bâtir une stratégie suffisamment cohérente pour pouvoir être appliquée pendant vingt ou trente ans, sans que les émotions ou les circonstances ne vous poussent à l’abandonner.
C’est précisément dans cette mise en œuvre que beaucoup d’investisseurs se rendent compte qu’une bonne stratégie sur le papier ne suffit pas toujours. Chez Alti Patrimoine, notre valeur ajoutée consiste justement à faire en sorte qu’une stratégie reste applicable lorsque les marchés mettent votre discipline à l’épreuve.