Le plus grand market timer au monde

Le plus grand market timer au monde

Les marchés finissent toujours par offrir une nouvelle raison d’espérer. Puis, quelques mois plus tard, une nouvelle raison de s’inquiéter.

Cette alternance est permanente. Un jour, les banques centrales rassurent les investisseurs. Le lendemain, une crise géopolitique, une récession ou une remontée des taux ravivent les craintes. À chaque cycle, le scénario change. Le mécanisme psychologique, lui, reste remarquablement stable.

Lorsque les marchés montent, beaucoup sont persuadés qu’ils auraient dû investir davantage. Lorsqu’ils baissent, les mêmes se demandent s’il ne faudrait pas vendre avant que la situation n’empire.

Derrière ces réactions se cache une idée séduisante : il existerait un moment idéal pour investir et un autre pour sortir. Il suffirait de les identifier.

C’est probablement l’une des croyances les plus coûteuses en matière d’investissement.

Chez Alti Patrimoine, nous ne prétendons pas savoir où seront les marchés dans trois mois, ni même dans un an. Nous savons simplement qu’aucune méthode n’a démontré de façon durable sa capacité à anticiper les grands mouvements de marché avec suffisamment de régularité pour en faire une stratégie d’investissement fiable.

Pour cette raison, nous revenons toujours au même principe : investir en actions doit ressembler à un mariage, pas à une succession de coups de cœur. Cette idée paraît presque banale. Pourtant, elle est régulièrement remise en question dès que les marchés traversent une période difficile.

Une idée séduisante lorsque les marchés baissent

Il n’est pas rare d’entendre le raisonnement suivant :

Pourquoi rester investi pendant les baisses ? Il suffit de vendre avant le krach, puis de revenir lorsque les marchés auront touché leur point bas.

Sur le papier, le raisonnement semble irréprochable.

Si l’on pouvait effectivement vendre avant chaque correction et racheter quelques jours avant le rebond, les performances seraient extraordinaires.

Le problème est évident : personne ne sait où se trouvent ces deux moments. Et c’est précisément parce que cette stratégie paraît logique qu’elle attire autant d’investisseurs.

J’observe d’ailleurs qu’elle revient presque systématiquement lorsque les marchés corrigent fortement. Rarement au milieu d’un marché haussier.

Lorsque les émotions prennent le dessus, notre cerveau préfère l’illusion du contrôle à l’acceptation de l’incertitude. Pourtant, investir consiste justement à accepter cette incertitude.

Le plus grand market timer de l’histoire…

Essayez un exercice très simple. Demandez autour de vous quels sont les plus grands investisseurs de l’histoire. Les noms reviennent rapidement :

  • Warren Buffett
  • Benjamin Graham
  • Peter Lynch
  • Philip Fisher
  • John Templeton

Tous ont des approches différentes. Mais ils partagent un point commun.

Aucun n’a bâti sa fortune en prédisant les mouvements du marché semaine après semaine.

Ils ont acheté des entreprises de qualité, souvent à des valorisations raisonnables, puis leur ont laissé le temps de créer de la valeur.

Essayez maintenant un deuxième exercice. Pouvez-vous citer le plus grand market timer de tous les temps ? Un seul nom. La question est volontairement provocatrice.

Non pas parce qu’il n’existe aucun investisseur ayant réussi ponctuellement à anticiper certaines crises. Quelques-uns ont effectivement réalisé des prédictions spectaculaires.

Le problème est ailleurs.

Il n’existe pratiquement aucun investisseur devenu durablement célèbre pour avoir construit toute sa réussite grâce au market timing. Ce n’est probablement pas un hasard.

Le marché ne prévient jamais

Le véritable piège du market timing n’est pas de sortir trop tôt. C’est de réussir à rentrer au bon moment.

Les meilleures séances boursières surviennent souvent au milieu des périodes les plus anxiogènes.

Après les fortes baisses de 2008, de mars 2020 ou encore de 2022, certains des meilleurs rebonds sont intervenus alors que les mauvaises nouvelles continuaient de dominer l’actualité.

Attendre que « tout redevienne clair » revient souvent à revenir lorsque le marché a déjà récupéré une partie importante de sa baisse.

Or quelques journées exceptionnelles peuvent représenter une part disproportionnée de la performance obtenue sur plusieurs décennies.

Manquer ces journées ne demande pas beaucoup de malchance. Il suffit d’être absent au mauvais moment.

Voilà pourquoi les investisseurs qui cherchent à éviter toutes les baisses finissent souvent par éviter aussi une partie des hausses.

Une mauvaise méthode peut parfaitement fonctionner… pendant un temps. Un investisseur qui vend juste avant un krach peut conclure qu’il maîtrise parfaitement le marché.

Il oublie simplement que le hasard produit parfois des résultats très convaincants.

À l’inverse, un investisseur discipliné peut investir quelques semaines avant une forte correction.

Sa décision était pourtant rationnelle. Le résultat immédiat ne dit rien de la qualité du processus.

En investissement, il faut apprendre à distinguer une bonne décision d’un bon résultat. Les deux ne coïncident pas toujours. Cette nuance est essentielle. Sinon, chaque période de marché nous pousse à changer de méthode, exactement au moment où il faudrait conserver la précédente.

La discipline est un avantage concurrentiel

Beaucoup cherchent une méthode capable de battre le marché.

Ils sous-estiment souvent un avantage beaucoup plus accessible : réussir simplement à rester investi.

Cela paraît presque décevant.

Pourtant, la majorité des investisseurs ne sous-performent pas les marchés parce qu’ils choisissent de mauvais actifs.

Ils sous-performent parce qu’ils modifient sans cesse leur comportement. Ils :

  • achètent lorsque tout monte ;
  • vendent lorsque tout baisse ;
  • remplacent une stratégie par une autre après quelques années décevantes ;
  • cherchent le prochain produit miracle.

Autrement dit, ils confondent activité et efficacité.

Construire un patrimoine demande souvent moins d’intelligence que de stabilité émotionnelle.

Cette stabilité est beaucoup plus difficile à maintenir qu’elle n’en a l’air lorsque les marchés perdent 20 %, 30 % ou davantage.

Le vrai risque n’est pas l’incertitude

L’incertitude n’est pas un défaut des marchés. Elle est leur fonctionnement normal.

Si l’avenir était parfaitement prévisible, les prix intégreraient immédiatement cette information. Les opportunités disparaîtraient avec elle.

Chercher à supprimer totalement l’incertitude conduit souvent à prendre davantage de mauvaises décisions que le fait de l’accepter.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille acheter n’importe quoi et conserver aveuglément. Un portefeuille doit évoluer. L’allocation peut être ajustée au fil de la vie. Les besoins changent. Les objectifs aussi.

Mais ces décisions doivent découler de votre situation patrimoniale, pas des émotions provoquées par la dernière variation des marchés. C’est une différence fondamentale.

Investir comme un propriétaire

Lorsque vous achetez un appartement destiné à être conservé pendant vingt ans, vous ne demandez pas sa valeur tous les matins.

Pourquoi agissons-nous différemment avec les actions ?

Sans doute parce que leur prix est affiché en permanence.

Cette transparence est un immense avantage. Elle devient aussi une faiblesse lorsque nous lui accordons trop d’importance.

Être actionnaire revient à devenir copropriétaire de milliers d’entreprises lorsqu’on investit via des ETF mondiaux.

Ces entreprises continuent de vendre, d’innover, d’embaucher et de créer de la valeur, que les marchés soient optimistes ou pessimistes pendant quelques semaines.

Leur valeur économique évolue beaucoup plus lentement que les émotions des investisseurs.

C’est précisément cette différence qui explique pourquoi la patience est rémunérée.

Moins spectaculaire, plus réaliste

La plupart des investisseurs n’ont pas besoin d’apprendre à prévoir les marchés.

Ils ont besoin de construire un portefeuille suffisamment robuste pour ne pas ressentir le besoin d’essayer.

Cela passe par une allocation adaptée à leur horizon, leur capacité à supporter les baisses et leurs objectifs patrimoniaux.

À partir de là, la discipline devient beaucoup plus facile.

Vous n’avez plus besoin de savoir ce que feront les marchés le mois prochain.

Vous avez seulement besoin que votre stratégie reste pertinente dans différents scénarios.

C’est beaucoup moins spectaculaire. Mais c’est aussi beaucoup plus réaliste.

Au fond, la meilleure stratégie d’investissement consiste rarement à deviner le prochain mouvement des marchés. Elle consiste surtout à éviter que nos propres émotions ne prennent les commandes lorsque personne ne sait réellement ce qui va se passer.

Et c’est souvent cette capacité à garder le cap, lorsque tout pousse à faire l’inverse, qui donne sa véritable valeur à un accompagnement patrimonial.

Chez Alti Patrimoine, nous cherchons moins à prévoir les marchés qu’à construire des décisions auxquelles il sera encore possible de rester fidèle dans dix ou vingt ans.