La plupart des investisseurs échouent pour une raison très simple

La plupart des investisseurs échouent pour une raison très simple

Lorsque l’on demande pourquoi tant d’investisseurs obtiennent des résultats décevants, les réponses sont souvent les mêmes.

Ils auraient acheté les mauvaises actions.

Ils seraient entrés trop tard.

Ils n’auraient pas suffisamment diversifié.

Ils auraient mal anticipé les marchés.

Ces erreurs existent.

Mais je ne suis pas convaincu qu’elles expliquent l’essentiel.

À mon sens, le problème apparaît beaucoup plus tôt.

Il commence au moment où nous croyons avoir raison.

Cette phrase peut sembler paradoxale.

Après tout, investir consiste précisément à prendre des décisions. Et si l’on investit, c’est bien parce que l’on pense que notre analyse est correcte.

Oui.

Mais il existe une énorme différence entre penser avoir raison… et agir comme si l’on ne pouvait pas avoir tort.

C’est cette différence qui sépare souvent les investisseurs capables de durer de ceux qui disparaissent après quelques mauvaises décisions.

Les marchés ne demandent pas que vous ayez raison

C’est probablement l’idée qui m’a demandé le plus de temps à accepter.

Pendant longtemps, je pensais qu’un bon investisseur était quelqu’un qui prenait régulièrement les bonnes décisions.

Avec le recul, je crois que cette vision est complètement erronée.

Les meilleurs investisseurs ne sont pas ceux qui ont toujours raison : ce sont ceux qui savent survivre lorsqu’ils ont tort.

La nuance est fondamentale.

Car personne — absolument personne — ne sait avec certitude ce que feront les marchés dans les prochains mois.

Ni les économistes.

Ni les gérants les plus célèbres.

Ni les investisseurs particuliers.

Nous prenons tous des décisions dans un environnement profondément incertain.

À partir de là, une question devient beaucoup plus intéressante.

Comment construire une stratégie qui continue de fonctionner… même lorsque notre analyse est mauvaise ?

L’humilité est une compétence d’investissement

Je constate souvent que les investisseurs parlent de la Bourse comme d’un concours de connaissances.

Ils cherchent les meilleures analyses.

Les meilleurs ratios.

Les meilleures entreprises.

Tout cela est utile.

Mais il manque une qualité dont on parle finalement assez peu : l’humilité.

Je ne parle pas ici d’une qualité morale.

Je parle d’une compétence très concrète.

L’humilité consiste à accepter, dès l’achat d’un investissement, que notre scénario puisse ne jamais se réaliser.

Cette simple idée change énormément de choses.

Si vous admettez que vous pouvez vous tromper, vous construirez naturellement un portefeuille plus diversifié.

Vous éviterez probablement les paris excessifs.

Vous accorderez davantage d’importance à la gestion du risque.

Et surtout, vous vivrez beaucoup plus sereinement les périodes où les marchés vous donnent tort.

À l’inverse, lorsqu’un investisseur est convaincu d’avoir raison, chaque baisse devient une injustice.

Chaque information contraire est ignorée.

Chaque argument qui confirme son opinion est amplifié.

Notre cerveau fonctionne ainsi.

Il préfère protéger notre ego plutôt que notre patrimoine.

Nous tombons facilement amoureux de nos investissements

Je pense que c’est l’une des erreurs les plus fréquentes.

Et probablement l’une des moins reconnues.

Avant d’acheter une entreprise, beaucoup d’investisseurs passent des heures à l’étudier.

Ils lisent les rapports annuels.

Écoutent les présentations de la direction.

Analysent les concurrents.

Consultent des dizaines d’avis.

Cette démarche est saine.

Le problème apparaît ensuite.

À force d’investir du temps dans cette recherche, nous développons progressivement un attachement à notre décision.

L’action ne devient plus seulement une ligne dans un portefeuille.

Elle devient notre idée.

Et c’est précisément ce qui rend les choses compliquées.

Car vendre cette action ne signifie plus uniquement vendre un actif.

Cela revient aussi à reconnaître que notre raisonnement était peut-être incomplet.

Notre cerveau déteste cette idée.

Les psychologues parlent d’ailleurs de plusieurs biais qui se renforcent mutuellement : le biais de confirmation, le coût irrécupérable (sunk cost fallacy), l’engagement progressif…

Peu importe leur nom.

Le résultat est toujours le même.

Plus nous avons investi de temps, plus il devient difficile de reconnaître que nous nous sommes trompés.

Couper une perte est souvent plus difficile qu’acheter une action

Il existe une idée qui surprend souvent les nouveaux investisseurs.

Acheter est facile.

Vendre est beaucoup plus compliqué.

Lorsque nous achetons une entreprise, tout est encore possible.

Nous imaginons les scénarios favorables.

Nous nous projetons.

Nous avons le sentiment d’avoir identifié une opportunité.

Puis les mois passent.

Si le marché nous donne raison, tout semble naturel.

En revanche, lorsque le cours baisse durablement, une autre mécanique se met en place.

Nous cherchons des explications.

Puis des excuses.

Ensuite, nous attendons un rebond.

Puis un deuxième.

Et, presque sans nous en rendre compte, notre décision n’est plus dictée par une analyse de l’entreprise, mais par notre refus d’accepter une erreur.

Je retrouve très souvent ce comportement.

L’investisseur ne conserve plus son action parce qu’il pense qu’elle représente encore une bonne opportunité.

Il la conserve parce qu’il ne veut pas matérialiser sa perte.

Pourtant, le marché ne sait pas à quel prix vous avez acheté.

Il n’a aucune raison de revenir sur votre prix d’achat simplement pour vous permettre de sortir « à l’équilibre ».

Le coût d’une erreur n’est pas d’avoir eu tort

Nous avons une relation étrange avec l’erreur.

À l’école, se tromper était sanctionné.

Dans la vie professionnelle, reconnaître une erreur peut parfois être perçu comme un aveu de faiblesse.

Il n’est donc pas étonnant que beaucoup d’investisseurs aient autant de mal à vendre une position perdante.

Pourtant, les marchés fonctionnent différemment.

Le coût d’une erreur n’est pas de s’être trompé.

Le véritable coût apparaît lorsque l’on refuse de reconnaître cette erreur.

Une perte de 15 % reste une perte.

Elle peut être désagréable.

Mais elle reste maîtrisable.

En revanche, une perte que l’on refuse d’accepter peut progressivement devenir une baisse de 40 %, 60 % ou davantage.

Non pas parce que l’entreprise était condamnée.

Mais parce que notre ego nous empêchait de prendre une décision devenue inconfortable.

Je pense d’ailleurs que beaucoup d’investisseurs perdent davantage à cause de leur comportement qu’à cause de leurs analyses.

Accepter l’incertitude change complètement la manière d’investir

À mesure que les années passent, je remarque que les investisseurs les plus sereins ne sont pas ceux qui prédisent le mieux l’avenir.

Ce sont ceux qui cherchent le moins à le contrôler.

Ils construisent un portefeuille diversifié.

Ils évitent les paris démesurés.

Ils savent qu’une partie de leurs décisions sera mauvaise.

Et cela ne les inquiète pas particulièrement.

Parce qu’ils n’attendent pas d’eux-mêmes d’être infaillibles.

Ils attendent simplement que leur stratégie fonctionne malgré leurs erreurs.

Cette différence est immense.

Elle transforme complètement le rapport que l’on entretient avec les marchés.

Chaque baisse ne devient plus une remise en question personnelle.

Chaque erreur ne devient plus une preuve d’incompétence.

Elle fait simplement partie du processus.

Au fond, investir ressemble davantage à une succession de probabilités qu’à une série de certitudes.

Une bonne stratégie vaut mieux qu’une bonne prédiction

Lorsque je discute avec des investisseurs particuliers, je remarque que beaucoup cherchent encore la prochaine grande idée.

La prochaine entreprise exceptionnelle.

Le prochain secteur qui explosera.

Je comprends cette recherche.

Elle est stimulante.

Elle donne l’impression que la réussite dépend d’une découverte brillante.

Avec le temps, je suis arrivé à une conclusion presque inverse.

La réussite repose rarement sur une idée extraordinaire.

Elle repose beaucoup plus souvent sur une succession de décisions raisonnables.

Accepter de diversifier.

Refuser de surpondérer une seule conviction.

Rééquilibrer son portefeuille lorsque c’est nécessaire.

Reconnaître rapidement lorsqu’une hypothèse ne tient plus.

Continuer d’investir même lorsque les marchés deviennent inconfortables.

Aucune de ces décisions ne fait rêver.

Elles sont pourtant au cœur de la plupart des réussites de long terme.

Le véritable objectif n’est pas d’avoir raison

Si je devais résumer l’une des plus grandes leçons que les marchés m’ont apprises, ce serait probablement celle-ci.

Vous pouvez avoir souvent tort… et construire malgré tout un patrimoine conséquent.

À condition que vos erreurs restent limitées.

À condition qu’aucune conviction ne mette en danger l’ensemble de votre portefeuille.

À condition surtout d’accepter que l’investissement n’est pas un concours où l’on cherche à démontrer son intelligence.

Les marchés ne distribuent pas de récompense aux investisseurs qui avaient raison avant tout le monde.

Ils récompensent davantage ceux qui restent suffisamment disciplinés pour continuer à investir pendant des décennies.

Au fond, la plupart des investisseurs ne rencontrent pas de difficultés parce qu’ils manquent d’informations.

Ils échouent parce qu’ils confondent leur portefeuille avec leur identité.

Reconnaître qu’un investissement était une mauvaise idée n’est pas reconnaître que l’on est un mauvais investisseur.

C’est souvent le signe inverse.

Celui d’une personne capable de faire passer son patrimoine avant son ego.

Et sur les marchés financiers, cette qualité est probablement beaucoup plus rare qu’une bonne capacité d’analyse.