Faut-il investir 100 % en actions à plus de 10 ans de la retraite ?

Faut-il investir 100 % en actions à plus de 10 ans de la retraite ?

Chaque baisse de marché donne l’impression que cette fois est différente.

Les raisons changent. Une année, ce sera l’inflation. Une autre, la remontée des taux d’intérêt. Puis viendront une guerre, une crise bancaire, une récession, une élection ou une révolution technologique. Les explications évoluent, mais le sentiment reste le même : « Cette fois, les risques sont exceptionnels. »

Lorsque les marchés chutent fortement, beaucoup d’investisseurs ont alors le réflexe de remettre en question toute leur stratégie. Ils ne cherchent plus à construire un patrimoine sur vingt ou trente ans. Ils cherchent avant tout à ne plus perdre d’argent.

C’est compréhensible. Mais c’est précisément dans ces périodes qu’il devient dangereux de prendre des décisions.

Au fond, un investisseur dispose de deux approches.

La première consiste à adapter son portefeuille en permanence à l’actualité. Les informations économiques, les prévisions des banques, les analyses des médias ou les discussions entre amis deviennent autant de signaux qui poussent à acheter, vendre ou attendre.

Cette approche procure un sentiment de contrôle. Elle donne l’impression d’agir.

Le problème est qu’elle oblige aussi à avoir raison deux fois : savoir quand sortir… puis savoir quand revenir. Et l’histoire montre que cet exercice est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît.

La seconde approche est beaucoup moins spectaculaire.

Elle consiste à accepter que les crises font partie intégrante du fonctionnement des marchés, puis à construire un portefeuille capable de les traverser sans avoir besoin d’être modifié à chaque nouvelle inquiétante.

Ce n’est pas une stratégie qui cherche à éviter les baisses.

C’est une stratégie qui accepte qu’elles sont le prix à payer pour obtenir, sur plusieurs décennies, le rendement des actions.

La différence entre ces deux approches est fondamentale. La première repose sur votre capacité à prévoir l’avenir. La seconde repose sur l’idée que personne ne le peut réellement.

Les marchés ne progressent jamais en ligne droite

Lorsqu’un marché baisse de 15 ou 20 %, on a facilement l’impression d’assister à un événement exceptionnel.

En réalité, ces mouvements sont relativement fréquents.

Depuis un siècle, les marchés actions ont connu des guerres mondiales, plusieurs crises pétrolières, des périodes de forte inflation, des faillites bancaires majeures, l’éclatement de bulles spéculatives, une pandémie mondiale ou encore la crise financière de 2008.

Certaines baisses ont dépassé 50 %.

À chaque fois, les explications semblaient suffisamment graves pour imaginer que le marché ne retrouverait jamais ses niveaux précédents.

Et pourtant, à long terme, il les a toujours dépassés.

Ce constat ne signifie pas que les actions montent systématiquement, ni que chaque crise est sans conséquence. Certaines périodes ont demandé beaucoup de patience. Les investisseurs japonais, par exemple, savent qu’un marché peut mettre plusieurs décennies à retrouver son sommet précédent.

Mais à l’échelle d’un portefeuille mondial largement diversifié, la dynamique est différente.

L’économie mondiale continue d’innover, de créer de nouvelles entreprises, de gagner en productivité et de remplacer progressivement les activités qui disparaissent par d’autres plus efficaces.

Les marchés financiers ne font finalement que refléter ce processus.

Investir en actions revient donc moins à parier sur l’absence de crises qu’à parier sur la capacité de l’économie mondiale à continuer de créer de la valeur malgré elles.

C’est une nuance importante.

Car si votre conviction repose uniquement sur le fait que « les marchés finissent toujours par remonter », votre confiance disparaîtra probablement lors de la prochaine grande crise.

En revanche, si vous comprenez pourquoi ils remontent historiquement, il devient beaucoup plus facile de supporter les périodes où ils semblent faire exactement l’inverse.

Le véritable risque

Lorsque je discute avec des investisseurs, la plupart associent spontanément le risque aux fortes baisses des marchés.

Pourtant, ce n’est pas forcément le risque le plus important.

Si vous avez encore vingt ou trente ans avant d’utiliser votre portefeuille, le principal danger n’est peut-être pas une baisse temporaire de 30 %.

Le véritable risque serait plutôt de construire un portefeuille tellement prudent qu’il ne produira pas une croissance suffisante pour financer vos objectifs futurs.

Cette distinction change profondément la manière de raisonner.

À court terme, les actions sont les actifs les plus volatils.

À très long terme, elles deviennent aussi les actifs qui offrent historiquement la meilleure probabilité de préserver puis d’accroître le pouvoir d’achat d’un patrimoine.

C’est précisément pour cette raison que la composition d’un portefeuille ne devrait jamais dépendre uniquement de votre tolérance émotionnelle aux fluctuations.

Elle doit surtout dépendre de votre horizon d’investissement.

Un investisseur qui prévoit d’utiliser son capital dans deux ans n’a évidemment pas les mêmes contraintes qu’une personne qui prépare sa retraite dans vingt-cinq ans.

Dans le premier cas, une baisse importante peut remettre en cause un projet.

Dans le second, cette même baisse constitue souvent un épisode parmi beaucoup d’autres dans un horizon d’investissement suffisamment long pour laisser le temps aux marchés de se reconstruire.

C’est cette différence d’horizon qui explique pourquoi un portefeuille composé exclusivement d’actions peut avoir du sens… mais seulement dans certaines situations.

La question n’est donc pas de savoir si les actions sont risquées.

La véritable question est de savoir pour qui, pour quel objectif et sur quelle durée elles le sont.

Un portefeuille 100 % actions n’est pas synonyme de concentration

Beaucoup d’investisseurs associent encore un portefeuille entièrement investi en actions à une prise de risque excessive.

Cette idée vient souvent d’une confusion entre deux notions pourtant très différentes : être investi à 100 % en actions et être concentré sur quelques actions.

Pendant longtemps, investir en Bourse signifiait justement acheter une poignée d’entreprises que l’on conservait pendant des années. Un portefeuille composé d’une dizaine de grandes sociétés nationales était considéré comme suffisamment diversifié.

Aujourd’hui, cette approche paraît difficile à défendre.

Le risque principal n’est plus seulement celui du marché. Il existe aussi un risque propre à chaque entreprise. Une société peut perdre son avantage concurrentiel, prendre de mauvaises décisions stratégiques, subir une rupture technologique ou tout simplement disparaître.

L’histoire économique est remplie d’entreprises que tout le monde croyait indétrônables :

  • IBM dominait l’informatique.
  • Nokia semblait impossible à concurrencer sur le marché des téléphones mobiles.
  • General Electric représentait longtemps l’une des entreprises les plus admirées au monde.
  • Kodak régnait sur la photographie.

Aucune n’a disparu du jour au lendemain. Mais toutes ont rappelé la même réalité : une entreprise exceptionnelle à une époque ne le reste pas nécessairement plusieurs décennies.

C’est précisément pour cette raison que la diversification est devenue progressivement la norme.

Aujourd’hui, quelques ETF suffisent pour détenir plusieurs milliers d’entreprises réparties dans de nombreux secteurs et sur plusieurs continents.

Cette évolution change profondément la nature du risque.

Vous ne supprimez pas le risque de marché. Lorsque les actions mondiales baissent, votre portefeuille baisse lui aussi.

En revanche, vous réduisez fortement le risque qu’une mauvaise décision prise par une seule entreprise compromette durablement votre patrimoine.

Autrement dit, vous choisissez d’assumer uniquement le risque pour lequel les marchés rémunèrent réellement les investisseurs : le risque d’être exposé à l’économie mondiale.

Diversifier ne consiste pas seulement à acheter davantage d’actions

Pendant de nombreuses années, la diversification consistait surtout à multiplier les lignes d’un portefeuille.

Puis les recherches académiques ont progressivement montré que toutes les actions ne réagissent pas de la même manière aux différents cycles économiques.

Une petite entreprise n’évolue pas forcément comme une multinationale.

Une entreprise décotée ne suit pas toujours la même trajectoire qu’une valeur de croissance.

Les marchés américains peuvent connaître plusieurs années de surperformance pendant que d’autres régions stagnent, avant que la situation ne s’inverse.

Autrement dit, posséder cinq cents grandes entreprises américaines est déjà très diversifié… mais ce n’est pas nécessairement la diversification la plus complète possible.

C’est ce qui explique pourquoi de nombreux investisseurs privilégient aujourd’hui une exposition plus large, comprenant notamment :

  • des grandes et des petites capitalisations ;
  • des entreprises de croissance et de valeur ;
  • plusieurs zones géographiques ;
  • des pays développés comme des pays émergents.

L’objectif n’est pas de chercher la combinaison parfaite.

Personne ne sait quelle catégorie dominera les dix prochaines années.

L’objectif est beaucoup plus modeste : éviter qu’une seule partie du marché conditionne à elle seule la réussite de votre stratégie patrimoniale.

Cette nuance est importante.

Construire un portefeuille robuste consiste rarement à identifier les futurs gagnants. Il s’agit plutôt d’accepter que personne ne les connaît à l’avance.

Alors, faut-il réellement investir 100 % en actions ?

À ce stade, beaucoup de lecteurs attendent probablement une réponse simple.

Oui ou non. En réalité, la question est mal posée.

La bonne question n’est pas : « Un portefeuille 100 % actions est-il une bonne idée ? ». Mais plutôt :

  • Ai-je réellement besoin de ce capital dans les dix prochaines années ?
  • Suis-je capable de supporter une baisse de 40 ou 50 % sans remettre en cause toute ma stratégie ?
  • Mon portefeuille est-il suffisamment diversifié pour que le risque provienne essentiellement des marchés, et non de quelques entreprises ou secteurs particuliers ?

Si la réponse est non à l’une de ces questions, un portefeuille intégralement investi en actions n’est probablement pas adapté.

En revanche, si votre horizon est très long, que votre patrimoine est construit pour plusieurs décennies et que vous acceptez les fluctuations comme une composante normale de l’investissement, alors un portefeuille composé uniquement d’actions peut parfaitement être cohérent.

Il ne s’agit pas de rechercher davantage de risque.

Il s’agit d’accepter une volatilité temporaire dans l’espoir d’obtenir une croissance supérieure sur un horizon où cette volatilité finit, historiquement, par perdre une grande partie de son importance.

Le plus difficile n’est d’ailleurs pas de construire un tel portefeuille.

Le plus difficile sera de continuer à le conserver lorsque tout semblera vous inciter à faire exactement l’inverse.

Le véritable défi n’est pas de choisir son portefeuille, mais de le conserver

Il existe une idée rassurante selon laquelle un bon portefeuille suffirait à produire de bons résultats.

Dans la pratique, les choses se passent rarement ainsi.

La plupart des investisseurs ne sous-performent pas parce qu’ils ont choisi de mauvais actifs. Ils sous-performent parce qu’ils changent régulièrement de stratégie. Ils achètent après plusieurs années de hausse, réduisent leur exposition après une crise, reviennent lorsque les marchés ont déjà rebondi, puis recommencent au cycle suivant.

Le coût de ces décisions est souvent bien supérieur à celui d’une allocation imparfaite.

C’est d’ailleurs le paradoxe des portefeuilles investis à 100 % en actions.

Sur le papier, ils sont relativement simples. Quelques ETF largement diversifiés suffisent aujourd’hui à construire un portefeuille mondial robuste.

En réalité, leur simplicité technique masque une difficulté beaucoup plus importante : leur difficulté psychologique.

Un portefeuille composé uniquement d’actions n’est pas difficile à mettre en place.

Il est difficile à conserver pendant les périodes où plus personne ne veut posséder d’actions.

Lorsqu’un portefeuille perd 30 ou 40 % de sa valeur, le problème n’est plus financier. Il devient émotionnel.

Vous commencez à douter.

Vous vous demandez si cette crise n’est pas différente des précédentes.

Vous cherchez des arguments qui justifieraient de vendre « cette fois-ci », quitte à revenir plus tard.

C’est précisément à ce moment-là que le plan d’investissement prend toute son importance.

Sans règles définies à l’avance, les décisions finissent presque toujours par être dictées par les émotions du moment.

Un portefeuille doit être adapté à votre comportement

C’est probablement le point le plus souvent négligé lorsque l’on parle d’allocation d’actifs.

Deux investisseurs ayant le même âge, le même patrimoine et le même horizon d’investissement ne devraient pas forcément posséder le même portefeuille.

Pourquoi ? Parce qu’ils ne réagiront pas de la même façon face à une baisse importante.

Si une chute de 50 % vous empêchera de dormir pendant plusieurs semaines, il est inutile de vous convaincre qu’un portefeuille 100 % actions est théoriquement optimal.

Le meilleur portefeuille n’est pas celui qui maximise le rendement attendu.

C’est celui que vous serez capable de conserver pendant les périodes les plus difficiles.

Dans certains cas, cela conduira effectivement à investir exclusivement en actions.

Dans d’autres, une poche d’obligations ou de supports monétaires permettra de réduire suffisamment la volatilité pour éviter une décision irréversible au pire moment.

Renoncer à une petite partie de la performance espérée peut parfois être le prix à payer pour préserver la stratégie dans son ensemble.

Et ce prix est souvent bien inférieur à celui d’une sortie définitive des marchés après une crise.

Investir à long terme demande de l’humilité

L’idée d’un portefeuille largement investi en actions repose finalement sur une conviction assez simple.

Non pas que les marchés monteront chaque année.

Ni même que les prochaines décennies ressembleront aux précédentes.

Elle repose sur le fait que personne ne sait quelles entreprises domineront demain, quels pays connaîtront la plus forte croissance ou quelles crises surviendront dans les vingt prochaines années.

Face à cette incertitude, beaucoup d’investisseurs cherchent à prévoir.

D’autres préfèrent construire un portefeuille capable de fonctionner sans avoir besoin d’avoir raison sur ces prévisions.

Cette deuxième approche paraît moins spectaculaire. Elle est aussi beaucoup plus exigeante.

Car elle demande de renoncer à l’idée que chaque décision peut être optimisée.

Elle demande d’accepter que certaines années seront décevantes, que certaines zones géographiques sous-performeront durablement, que des périodes de fortes baisses reviendront inévitablement et qu’il sera impossible d’en connaître précisément le début comme la fin.

C’est précisément cette humilité qui rend une stratégie d’investissement durable.

Non parce qu’elle élimine les erreurs, mais parce qu’elle évite de prendre des décisions qui reposent sur une certitude que personne ne possède réellement.

Chez Alti Patrimoine, la valeur d’un accompagnement consiste justement à vous aider à préserver cette exigeance en évitant de faire des prévisions sur les marchés.