
Les actions peuvent perdre 30 %, rebondir de 20 %, puis rechuter de 30 %. Si vous ne pouvez pas vivre avec cette idée, vous ne devriez probablement pas investir en actions.
Cette remarque de Marc Faber paraît presque provocatrice. Pourtant, elle résume assez bien ce que beaucoup d’investisseurs oublient au moment où ils en ont le plus besoin.
La plupart des gens acceptent volontiers l’idée que les marchés montent sur le long terme. En revanche, ils supportent beaucoup moins la façon dont cette performance est obtenue.
Ils imaginent une progression relativement régulière. La réalité est tout autre. Les marchés alternent en permanence entre enthousiasme excessif et pessimisme tout aussi excessif. Les corrections de 20, 30 ou parfois 50 % font partie du fonctionnement normal des actions. Elles ne sont pas une anomalie du système : elles en sont le prix d’entrée.
C’est précisément cette volatilité qui permet d’obtenir, sur plusieurs décennies, une rémunération supérieure à celle des placements les plus sûrs.
Le problème est que cette idée paraît évidente lorsque tout va bien. Elle devient beaucoup plus difficile à accepter lorsque votre portefeuille perd plusieurs dizaines de milliers d’euros en quelques semaines.
À ce moment-là, les raisonnements élaborés laissent souvent place aux émotions.
Et c’est rarement le marché qui devient votre principal adversaire.
C’est vous-même.
Pourquoi tant d’investisseurs abandonnent leur stratégie au pire moment
Chaque crise donne l’impression d’être différente.
La bulle internet. La crise financière de 2008. Le Covid. L’inflation. Les hausses de taux. Les tensions géopolitiques.
Les causes changent. Les réactions humaines, beaucoup moins.
À chaque épisode, les investisseurs cherchent des raisons de croire que « cette fois, c’est différent ». Ils finissent par oublier une évidence : les marchés financiers traversent régulièrement des périodes où l’incertitude semble totale.
Avec le recul, ces périodes apparaissent presque toujours comme des accidents temporaires dans une tendance de long terme.
Sur le moment, elles donnent pourtant l’impression que tout le système est en train de s’effondrer.
Cette différence entre la perception et la réalité explique une grande partie des mauvaises décisions d’investissement.
Lorsque les marchés montent fortement, beaucoup deviennent convaincus qu’ils continueront éternellement.
Lorsqu’ils chutent, les mêmes investisseurs imaginent parfois que la baisse ne s’arrêtera jamais.
Dans les deux cas, ils extrapolent le présent.
Pourtant, investir consiste justement à accepter que le présent soit rarement représentatif du futur.
Le problème n’est pas le manque de connaissances
Face à ces difficultés, on pourrait penser qu’il suffit d’être plus intelligent ou mieux formé.
L’histoire montre exactement l’inverse.
Dans un précédent article, nous évoquions déjà le cas du fonds LTCM. Derrière ce nom se trouvaient certains des meilleurs mathématiciens et économistes de leur génération, dont deux futurs prix Nobel. Leur maîtrise des modèles financiers était exceptionnelle.
Cela ne les a pas empêchés de provoquer l’une des plus célèbres faillites de l’histoire de la finance.
Leur erreur n’était pas un manque d’intelligence.
Ils avaient sous-estimé un élément beaucoup plus difficile à modéliser : le comportement humain lorsque les marchés cessent d’être rationnels.
L’exemple du club d’investissement de Mensa est tout aussi révélateur.
Mensa rassemble des personnes appartenant aux 2 % des QI les plus élevés de la population. On pourrait naturellement penser que leurs performances d’investissement seraient largement supérieures à celles du marché.
Or, les résultats historiques racontent une tout autre histoire.
Pendant plusieurs années, leur portefeuille a très largement sous-performé le S&P 500.
Ce constat est intéressant parce qu’il remet en question une croyance très répandue : celle selon laquelle investir serait avant tout un problème d’intelligence.
En réalité, très peu d’investisseurs échouent parce qu’ils sont incapables de comprendre le fonctionnement des marchés.
Ils échouent davantage parce qu’ils ont du mal à appliquer ce qu’ils savent lorsque les émotions prennent le dessus.
Warren Buffett ne parle presque jamais de QI
Lorsque Warren Buffett évoque les qualités nécessaires pour investir, il parle rarement de connaissances techniques.
Il résume souvent la réussite à deux éléments.
Le premier consiste à disposer d’un cadre de réflexion solide.
Le second est beaucoup plus difficile : être capable de continuer à appliquer ce cadre lorsque tout pousse à faire exactement l’inverse.
Cette nuance est essentielle.
Construire une bonne allocation d’actifs est relativement simple.
La conserver pendant une crise majeure est une tout autre histoire.
Les investisseurs pensent souvent que leur stratégie sera mise à l’épreuve lorsqu’ils devront choisir les meilleurs ETF, sélectionner les bonnes entreprises ou anticiper les prochaines évolutions économiques.
En pratique, le véritable test arrive le jour où leur portefeuille affiche -30 %.
À cet instant, la question n’est plus de savoir ce qu’il faudrait faire.
La question est de savoir si vous serez capable de le faire.
L’intelligence émotionnelle est une compétence d’investisseur
Daniel Goleman a largement contribué à populariser la notion d’intelligence émotionnelle dans les années 1990. Son idée est simple : la réussite ne dépend pas uniquement de nos connaissances ou de nos capacités intellectuelles. Elle dépend aussi de notre aptitude à reconnaître nos émotions, à les comprendre et à éviter qu’elles ne dictent nos décisions.
L’investissement est probablement l’un des domaines où cette idée s’applique le mieux.
Prenons deux investisseurs qui disposent exactement des mêmes connaissances. Ils connaissent les ETF, comprennent la diversification, savent qu’il faut investir sur le long terme et sont convaincus que les marchés ont historiquement créé de la richesse.
Puis survient une crise.
Le premier vend tout après une baisse de 30 %, persuadé que la situation est exceptionnelle.
Le second conserve son portefeuille, voire continue d’investir régulièrement malgré l’inconfort.
Dix ans plus tard, leurs performances n’ont plus rien à voir.
Pourtant, leurs connaissances étaient identiques.
La différence ne vient pas de leur intelligence. Elle vient de leur comportement.
C’est d’ailleurs ce que montrent depuis longtemps les travaux en finance comportementale. Les investisseurs ne prennent pas leurs décisions uniquement sur la base d’informations rationnelles. Ils sont influencés par la peur de perdre, par le besoin d’agir, par le regard des autres ou encore par l’illusion de pouvoir anticiper les marchés.
Ces biais ne concernent pas uniquement les débutants.
Ils touchent tout le monde.
La seule différence est que certains mettent en place des garde-fous pour limiter leur influence.
Les marchés savent exploiter nos émotions
Il existe une idée que je retrouve souvent chez les investisseurs : « Si je suis suffisamment informé, je prendrai de meilleures décisions. »
C’est vrai… jusqu’à un certain point.
Le problème est que les marchés ne récompensent pas uniquement celui qui possède l’information. Ils récompensent surtout celui qui reste discipliné lorsque cette information devient contradictoire.
Lors d’une forte baisse, les chaînes d’information tournent en boucle, les réseaux sociaux annoncent la catastrophe, les experts révisent leurs prévisions et chacun trouve de bonnes raisons d’attendre encore avant de revenir sur les marchés.
L’investisseur finit par croire qu’il agit de façon rationnelle.
En réalité, il réagit souvent à son environnement émotionnel.
À l’inverse, pendant les phases d’euphorie, tout paraît évident. Les performances passées semblent garantir les performances futures. Les actifs qui montent deviennent soudainement « incontournables ». Les investisseurs augmentent progressivement leur prise de risque… souvent juste avant un retournement.
La difficulté est là.
Nos émotions nous poussent naturellement à acheter lorsque les prix sont élevés et à vendre lorsqu’ils sont faibles.
Autrement dit, elles nous conduisent exactement à l’inverse de ce qu’il faudrait faire.
Le plus difficile n’est pas d’investir. C’est de ne rien faire.
Cette conclusion surprend souvent.
Lorsqu’une crise éclate, beaucoup d’investisseurs ressentent le besoin de reprendre le contrôle. Ils veulent modifier leur portefeuille, vendre une partie de leurs positions, attendre des jours meilleurs ou, au contraire, saisir ce qu’ils pensent être une opportunité exceptionnelle.
Agir procure un sentiment rassurant.
L’inaction, elle, donne l’impression de subir.
Pourtant, dans la majorité des cas, les décisions prises sous le coup de l’émotion détériorent davantage les performances qu’elles ne les améliorent.
Je constate régulièrement que les investisseurs surestiment l’impact d’une mauvaise allocation initiale et sous-estiment celui d’un changement de stratégie en pleine tempête.
Changer plusieurs fois de cap coûte souvent beaucoup plus cher que d’avoir construit un portefeuille imparfait au départ.
Cela ne signifie pas qu’il ne faut jamais rien faire.
Rééquilibrer un portefeuille, adapter son allocation lorsque sa situation personnelle évolue ou revoir un objectif patrimonial sont des décisions parfaitement légitimes.
En revanche, modifier sa stratégie uniquement parce que les marchés deviennent anxiogènes est rarement une bonne idée.
Il existe une différence importante entre investir avec méthode et réagir à l’actualité.
Les deux peuvent parfois conduire aux mêmes décisions.
Mais les motivations sont très différentes.
La volatilité est le prix de la performance
Beaucoup d’investisseurs cherchent inconsciemment un placement qui offrirait le rendement des actions avec la stabilité d’un fonds en euros.
Ce placement n’existe pas.
Chaque source de performance possède sa contrepartie.
Pour les actions, cette contrepartie s’appelle la volatilité.
Autrement dit, les baisses ne sont pas le dysfonctionnement des marchés.
Elles constituent le prix à payer pour bénéficier, à long terme, d’une espérance de rendement plus élevée.
Accepter cette réalité change profondément la manière d’investir.
On ne cherche plus à éviter toutes les corrections.
On construit plutôt un portefeuille capable de les traverser.
Cette nuance paraît subtile.
En pratique, elle change presque tout.
Car un portefeuille parfaitement optimisé sur le papier ne sert à rien si son propriétaire l’abandonne lors de la première crise sérieuse.
La meilleure stratégie reste toujours celle que vous serez réellement capable d’appliquer pendant dix, vingt ou trente ans.
À ce stade, une question se pose naturellement.
Si l’intelligence émotionnelle joue un rôle aussi important, comment la développer concrètement ? Peut-on vraiment apprendre à mieux gérer ses émotions lorsqu’on investit ?
Je ne crois pas que l’on puisse empêcher la peur ou l’euphorie d’apparaître. Nous restons des êtres humains. Même les investisseurs les plus expérimentés ressentent de l’inquiétude lorsqu’un portefeuille perd 20 ou 30 % de sa valeur.
La différence est ailleurs.
Ils construisent leur manière d’investir de façon à ne pas dépendre de leurs émotions du moment.
Autrement dit, ils n’essaient pas d’être plus courageux. Ils essaient d’avoir moins souvent à prendre des décisions émotionnelles.
Commencez par accepter que vous vous tromperez
La première erreur consiste souvent à croire qu’il est possible de prévoir correctement les marchés.
Nous cherchons naturellement des certitudes. Nous voulons savoir si les actions vont monter, si une récession approche ou si les banques centrales prendront la bonne décision.
La réalité est beaucoup plus inconfortable.
Personne ne sait.
Bien sûr, certains scénarios sont plus probables que d’autres. Certains indicateurs peuvent attirer notre attention. Mais transformer cette analyse en certitude est souvent le début des difficultés.
Je constate régulièrement que les investisseurs les plus sereins ne sont pas ceux qui pensent avoir raison.
Ce sont ceux qui acceptent de pouvoir avoir tort.
Cette nuance paraît anodine, mais elle change complètement la façon de construire un portefeuille.
Si vous êtes persuadé d’avoir raison, vous aurez tendance à concentrer vos investissements, à vouloir anticiper les marchés et à modifier régulièrement votre stratégie.
Si vous acceptez l’incertitude, vous chercherez plutôt à bâtir un portefeuille capable de fonctionner dans plusieurs scénarios différents.
La diversification n’est pas seulement une technique de gestion du risque.
C’est aussi une manière de reconnaître que l’avenir nous échappera toujours en partie.
Méfiez-vous du besoin permanent d’agir
L’un des biais les plus puissants en investissement est ce que les psychologues appellent le biais d’action.
Face à un problème, nous avons le sentiment qu’il faut faire quelque chose.
Vendre.
Acheter.
Modifier son allocation.
Changer de stratégie.
Pourtant, les marchés ne récompensent pas l’activité.
Ils récompensent les bonnes décisions.
Et il arrive très souvent que la meilleure décision soit… de ne rien faire.
Ce n’est pas une invitation à l’immobilisme. Un portefeuille mérite d’être suivi, rééquilibré et adapté lorsque votre situation évolue.
En revanche, réagir à chaque baisse de marché ou à chaque actualité économique conduit rarement à de meilleurs résultats.
Les études sont d’ailleurs assez constantes sur ce sujet : les investisseurs qui multiplient les arbitrages obtiennent, en moyenne, des performances inférieures à ceux qui restent disciplinés.
Non pas parce qu’ils choisissent de mauvais actifs.
Mais parce qu’ils choisissent souvent le mauvais moment.
Automatisez ce qui peut l’être
Il existe une manière très simple de limiter l’influence des émotions : prendre le moins de décisions possible.
C’est tout l’intérêt des investissements programmés.
Investir chaque mois une somme fixe dans un portefeuille cohérent présente plusieurs avantages.
D’abord, cela vous évite de chercher le « bon moment » pour investir. Ce moment parfait n’existe pratiquement jamais.
Ensuite, vous continuez naturellement à investir lorsque les marchés baissent, précisément au moment où beaucoup d’investisseurs interrompent leurs versements.
Enfin, vous transformez une décision exceptionnelle en habitude.
Cette différence est considérable.
L’investissement devient un processus, non une succession de paris.
Cela ne garantit évidemment pas de meilleurs rendements chaque année.
En revanche, cela augmente fortement vos chances de rester fidèle à votre stratégie pendant plusieurs décennies. Et c’est souvent là que se crée la différence.
La meilleure stratégie est celle que vous supporterez dans les mauvais moments
On parle souvent de portefeuille optimal.
Je suis de plus en plus convaincu que cette notion est largement surestimée.
Le meilleur portefeuille n’est pas celui qui aurait produit la performance maximale dans le passé.
C’est celui que vous serez capable de conserver lorsque les marchés traverseront une nouvelle crise.
Cette réflexion conduit parfois à accepter un peu moins de rendement potentiel en échange d’une plus grande sérénité.
Pour certains investisseurs, cela passera par une part plus importante d’obligations.
Pour d’autres, par une poche de liquidités plus confortable ou une diversification plus large.
L’objectif n’est pas d’éliminer toute volatilité. C’est impossible.
L’objectif est de construire un portefeuille compatible avec votre propre psychologie.
Car un excellent portefeuille abandonné au milieu d’un marché baissier devient instantanément un mauvais portefeuille.
Investir est souvent un exercice de caractère plus que d’intelligence
Avec le temps, on finit par réaliser que les plus grandes erreurs d’investissement ne proviennent pas d’une mauvaise compréhension de la finance.
Elles proviennent de réactions profondément humaines.
La peur nous pousse à vendre lorsque les prix sont déjà bas.
L’euphorie nous pousse à acheter lorsque tout semble facile.
L’excès de confiance nous persuade que nous saurons sortir avant les autres.
La patience, elle, paraît toujours trop simple pour être efficace.
Pourtant, c’est souvent elle qui produit les meilleurs résultats.
Les investisseurs qui réussissent durablement ne sont pas ceux qui anticipent chaque crise. Ils sont ceux qui construisent une stratégie suffisamment robuste pour ne pas avoir besoin de les anticiper.
Au fond, garder la tête froide ne consiste pas à ignorer ses émotions. Cela consiste à bâtir un cadre qui les empêche de prendre les commandes lorsque les marchés deviennent les plus irrationnels.
C’est précisément dans ces moments-là que l’accompagnement prend tout son sens : non pas pour prédire l’avenir, mais pour vous aider à rester fidèle aux décisions que vous aviez prises lorsque vous réfléchissiez encore sereinement. Chez Alti Patrimoine, c’est cette gestion conseillée disciplinée qui crée le plus de valeur.