Est-ce le bon moment pour investir en bourse ?

le bon moment pour investir en bourse

À chaque période de baisse des marchés, la même question revient.

Le CAC 40 recule de 10 %, 15 % ou 20 %. Les médias parlent de krach, les réseaux sociaux se remplissent de graphiques alarmants… et beaucoup d’investisseurs se demandent s’il ne faudrait pas enfin profiter de cette « bonne affaire ».

À l’inverse, lorsque les marchés enchaînent les records, la question change légèrement :

« N’est-il pas déjà trop tard pour investir ? »

Ces deux interrogations paraissent opposées. Elles traduisent pourtant exactement le même raisonnement : nous cherchons le moment idéal pour commencer.

C’est compréhensible. Personne n’a envie d’investir juste avant une baisse. Si l’on pouvait acheter systématiquement au plus bas, il serait absurde de s’en priver.

Le problème est ailleurs : cette stratégie n’existe que dans les graphiques que l’on regarde après coup.

La vraie question n’est donc probablement pas : est-ce le bon moment d’investir ?

Elle est plutôt : combien coûte l’attente du moment parfait ?

Pour répondre à cette question, prenons un exemple très simple.

Quatre investisseurs face au marché

Imaginons quatre investisseurs.

Tous investissent exactement 1 000 € par mois pendant près de dix ans, de décembre 2001 à septembre 2011. Ils investissent donc chacun 118 000 € au total.

La seule différence entre eux est leur manière de choisir leur point d’entrée.

  • M. Brillant investit chaque mois exactement au point le plus bas du CAC 40. Il réalise un market timing absolument parfait.
  • M. Stupide fait exactement l’inverse. Chaque mois, il investit au point le plus haut.
  • M. Judicieux investit simplement le premier jour de chaque mois, sans chercher à prévoir quoi que ce soit.
  • M. Peureux préfère attendre un meilleur moment et laisse finalement son argent sur des placements sans actions.

L’expérience est volontairement caricaturale.

Personne n’investit toujours au plus bas. Personne n’investit non plus systématiquement au plus haut. Mais cette opposition permet de mesurer l’importance réelle du timing dans un investissement de long terme.

Les résultats sont beaucoup moins intuitifs qu’on pourrait le croire.

M. Brillant obtient logiquement la meilleure performance : son capital atteint environ 272 000 €.

Jusque-là, rien de surprenant.

Ce qui l’est davantage, c’est que M. Judicieux, qui n’a absolument jamais cherché à anticiper les marchés, termine avec près de 262 000 €. L’écart avec le market timer parfait n’est que d’environ 4 %.

Autrement dit, investir régulièrement sans réfléchir au niveau des marchés produit un résultat très proche de celui d’un investisseur doté… d’une capacité de prévision irréaliste.

Encore plus étonnant : même M. Stupide, qui investit pourtant chaque mois au pire moment possible, obtient un résultat inférieur d’à peine une dizaine de pourcents à celui de M. Brillant.

Bien sûr, il aurait préféré acheter moins cher.

Mais le fait d’avoir investi régulièrement pendant toute la période a largement compensé la médiocrité de son timing.

Le plus mauvais investisseur n’est pas celui que l’on croit

Le véritable perdant de cette histoire n’est ni M. Stupide ni M. Judicieux.

C’est M. Peureux.

Celui qui attend.

Celui qui estime que les marchés sont trop hauts aujourd’hui, mais qui trouvera probablement demain une autre raison de repousser sa décision.

Dans l’étude d’origine, il termine très loin derrière les trois autres investisseurs.

L’enseignement est intéressant, parce qu’il inverse notre intuition.

Nous passons beaucoup de temps à nous demander si nous investissons au bon prix.

Nous passons beaucoup moins de temps à mesurer le coût de l’inaction.

Or ce coût est souvent considérable.

L’argent qui reste sur le compte bancaire ne bénéficie ni de la croissance des entreprises, ni des dividendes, ni des intérêts composés.

Pendant que l’investisseur attend le point bas, le temps continue de travailler… mais contre lui.

Pourquoi le market timing séduit autant

Si cette stratégie fonctionne si mal dans la pratique, pourquoi est-elle aussi populaire ?

Parce qu’elle est intellectuellement séduisante.

Lorsqu’on regarde un graphique plusieurs années plus tard, les points bas semblent évidents. On a presque l’impression qu’il suffisait d’attendre quelques semaines avant d’investir.

Mais cette lecture est trompeuse.

Sur le moment, personne ne sait si une baisse de 15 % sera suivie d’un rebond… ou d’une nouvelle baisse de 20 %.

De la même manière, personne ne sait si un plus haut historique marque la fin d’un cycle ou simplement une nouvelle étape dans une tendance haussière qui durera encore plusieurs années.

L’investisseur cherche donc une certitude qui n’existe pas.

En pratique, attendre le meilleur moment revient souvent à prendre deux décisions extrêmement difficiles :

  • décider quand entrer ;
  • décider quand arrêter d’attendre.

Ces deux décisions reposent sur des informations que personne ne possède.

Ce qui fait réellement la différence

Cela ne signifie pas que le prix d’achat est sans importance.

Acheter une entreprise très surévaluée ou un actif manifestement spéculatif reste une mauvaise idée.

La qualité de ce que vous achetez compte.

Mais une fois cette sélection réalisée, la régularité devient généralement beaucoup plus importante que la recherche obsessionnelle du point d’entrée parfait.

Les investisseurs expérimentés savent d’ailleurs qu’il est plus simple d’améliorer une stratégie en agissant sur les variables qu’ils contrôlent réellement :

  • leur taux d’épargne ;
  • leurs frais d’investissement ;
  • leur allocation d’actifs ;
  • leur discipline ;
  • leur horizon d’investissement.

À l’inverse, ils ne contrôlent pas les fluctuations des marchés.

Chercher à optimiser une variable incontrôlable revient souvent à négliger celles qui ont réellement un impact sur le résultat final.

Le temps est souvent plus important que le timing

Il existe une phrase souvent attribuée à Ken Fisher :

Time in the market beats timing the market.

Ken Fisher

Autrement dit, le temps passé investi est généralement plus important que la capacité à entrer au meilleur moment.

Cette idée paraît presque trop simple.

Pourtant, elle explique pourquoi les investissements programmés fonctionnent aussi bien sur plusieurs décennies.

Lorsque les marchés montent, les versements précédents profitent de cette hausse.

Lorsqu’ils baissent, les nouveaux versements achètent davantage de parts.

L’investisseur transforme progressivement la volatilité en alliée plutôt qu’en obstacle.

Cela ne rend évidemment pas les baisses agréables.

Mais cela évite qu’elles deviennent paralysantes.

La bonne question à vous poser

Lorsque quelqu’un me demande aujourd’hui s’il faut investir maintenant, je réponds rarement par oui ou par non.

Je cherche plutôt à comprendre ce qui se cache derrière cette question.

Souvent, elle signifie en réalité :

« Ai-je un risque important de regretter ma décision ? »

C’est une préoccupation parfaitement légitime.

Mais ce risque ne disparaît jamais complètement.

Si vous investissez aujourd’hui, les marchés peuvent baisser demain.

Si vous attendez six mois, ils peuvent monter de 15 %.

Dans les deux cas, vous pourrez toujours imaginer qu’une autre décision aurait été meilleure.

L’objectif n’est donc pas de supprimer tout risque de regret.

Il consiste à adopter une méthode suffisamment robuste pour ne plus dépendre d’un seul instant d’investissement.

C’est précisément ce que permet un investissement progressif, régulier et discipliné.

Sur plusieurs décennies, il est rarement parfait.

Mais il est étonnamment difficile à battre de manière constante.

Le véritable avantage d’une bonne stratégie d’investissement n’est donc pas de prédire les marchés. C’est de vous éviter d’avoir constamment besoin de les prédire.

Et c’est souvent là que le regard d’un conseiller apporte le plus de valeur : non pas en trouvant le point bas que personne ne connaît, mais en construisant une stratégie suffisamment solide pour que ce point bas cesse d’être une obsession.

Faut-il alors investir immédiatement ?

À ce stade, certains lecteurs pourraient conclure qu’il suffit d’investir tout son capital dès aujourd’hui, puisque chercher le meilleur point d’entrée est une perte de temps.

Ce serait aller un peu vite.

L’étude montre surtout que l’attente permanente est coûteuse. Elle ne dit pas que toutes les situations justifient d’investir de la même manière.

Si vous disposez d’un capital important, la question du rythme d’investissement mérite d’être posée. Investir progressivement sur plusieurs mois peut avoir un intérêt psychologique : vous réduisez le risque de regret si les marchés corrigent fortement juste après votre premier versement.

En revanche, si vous investissez chaque mois une partie de vos revenus, vous appliquez déjà cette logique sans même vous en rendre compte. Vous pratiquez ce que les Anglo-Saxons appellent le Dollar Cost Averaging : un investissement programmé qui lisse naturellement les points d’entrée.

Cette méthode présente un avantage souvent sous-estimé. Elle vous évite de transformer chaque baisse de marché en dilemme :

  • Lorsque les marchés reculent, vous continuez d’investir.
  • Lorsqu’ils montent, vous continuez également.

La décision n’est plus dictée par l’actualité, mais par votre stratégie.

Cette différence paraît anodine. En réalité, elle change profondément la manière dont un investisseur traverse les cycles boursiers.

La discipline, plus difficile qu’elle n’en a l’air

Beaucoup d’investisseurs sont convaincus d’être disciplinés… jusqu’à la première vraie crise.

Lorsque les marchés chutent de 30 %, les certitudes disparaissent rapidement :

  • Les informations deviennent anxiogènes.
  • Les prévisions économiques se dégradent.
  • Les scénarios catastrophes se multiplient.

À cet instant, continuer à investir paraît contre-intuitif.

Pourtant, c’est précisément dans ces périodes que les investissements programmés produisent une grande partie de leur efficacité. Les versements permettent d’acheter davantage de parts lorsque les valorisations deviennent plus attractives.

Sur le papier, tout le monde adhère à cette idée.

Dans la pratique, beaucoup suspendent leurs versements au moment où ils deviennent les plus utiles.

Ce paradoxe explique pourquoi la réussite d’une stratégie dépend souvent davantage du comportement de l’investisseur que de la stratégie elle-même.

Investir régulièrement ne dispense pas de réfléchir

Il serait toutefois dangereux de tirer une conclusion excessive de cette étude.

Investir régulièrement ne signifie pas acheter n’importe quoi.

La qualité des actifs reste déterminante.

Une entreprise surendettée, un fonds très chargé en frais ou un produit spéculatif ne deviennent pas de bons investissements parce qu’ils sont achetés chaque mois.

La discipline ne remplace jamais la sélection.

Elle permet simplement d’éviter une autre erreur : croire que tout dépend du moment où l’on clique sur le bouton « Acheter ».

En réalité, plusieurs décisions auront généralement un impact bien supérieur sur votre patrimoine :

  • définir une allocation adaptée à vos objectifs ;
  • maîtriser les frais de votre portefeuille ;
  • choisir des supports d’investissement solides ;
  • conserver cette stratégie suffisamment longtemps pour qu’elle produise ses effets.

Le point d’entrée, lui, n’est qu’une variable parmi d’autres.

Et certainement pas la plus importante.

Le meilleur moment est rarement celui que l’on imagine

Chaque génération d’investisseurs pense évoluer dans un contexte exceptionnel.

  • Les taux d’intérêt sont trop élevés.
  • Ou trop faibles.
  • Les marchés sont trop chers.
  • Ou au contraire trop pessimistes.
  • Les élections approchent.
  • Une crise géopolitique éclate.
  • Une nouvelle technologie bouleverse l’économie.

Les raisons d’attendre ne manquent jamais. Elles changent simplement de visage.

Avec le recul, on constate pourtant que les marchés ont traversé des guerres, des crises financières, des périodes d’inflation élevée, des pandémies, des récessions et des chocs politiques, tout en continuant à créer de la richesse sur le long terme.

Cela ne signifie pas que les performances futures seront identiques à celles du passé.

En revanche, cela rappelle une idée essentielle : les investisseurs qui réussissent ne sont généralement pas ceux qui ont le mieux anticipé les événements. Ce sont ceux qui ont construit une stratégie capable de continuer à fonctionner malgré eux.

C’est une nuance importante.

On oppose souvent l’optimisme au pessimisme.

En investissement, la véritable opposition est ailleurs.

Elle se situe entre ceux qui cherchent sans cesse à prévoir l’avenir et ceux qui acceptent qu’il reste imprévisible, puis organisent leur portefeuille en conséquence.

Cette seconde approche est souvent moins spectaculaire.

Elle est aussi beaucoup plus robuste.

L’investissement de long terme consiste finalement moins à trouver le bon moment qu’à créer les conditions permettant de rester investi suffisamment longtemps pour laisser le temps faire son travail.

Chez Alti Patrimoine, notre travail consiste justement à construire cette discipline autour d’une stratégie cohérente, afin que les décisions importantes ne dépendent jamais de l’émotion du moment.