Quatre chiffres auxquels les investisseurs accordent beaucoup trop d’importance

Quatre chiffres auxquels les investisseurs accordent beaucoup trop d'importance

Regardez le graphique d’une action. Peu importe laquelle.

Vous y verrez une succession de hausses, de baisses, de sommets et de corrections. Pour la plupart des investisseurs, c’est là que tout se joue. Ils cherchent à comprendre pourquoi le cours monte, pourquoi il baisse, et surtout ce qu’il fera demain.

Pourtant, cette courbe raconte surtout une chose : ce que les autres investisseurs sont prêts à payer à un instant donné. Pas ce que vaut réellement l’entreprise.

John Bogle décrivait la Bourse comme une gigantesque distraction pour les investisseurs. La formule peut paraître provocatrice, mais elle résume un phénomène que j’observe très régulièrement : nous consacrons énormément d’énergie à analyser des informations qui ont finalement très peu d’impact sur nos rendements à long terme.

Une action n’est pas un ticket de loterie dont il faut deviner le prochain mouvement. C’est une fraction d’une entreprise.

Or une entreprise crée de la richesse grâce à ses produits, ses clients, ses marges, sa capacité à investir et à générer des bénéfices au fil des années. Pas parce que son cours gagne 4 % un mardi matin.

C’est là que commence le véritable travail de l’investisseur.

Les quatre chiffres qui biaisent le plus nos décisions

Lorsqu’un investisseur regarde une ligne de son portefeuille, quatre chiffres attirent presque systématiquement son attention :

  1. Le plus haut historique de l’action
  2. Le prix auquel il l’a achetée
  3. Le plus haut atteint depuis son achat
  4. Le cours actuel

Ces quatre informations paraissent essentielles. Elles occupent d’ailleurs une place importante sur la plupart des plateformes d’investissement.

Et pourtant, elles sont presque inutiles lorsqu’il s’agit de décider si vous devez conserver, renforcer ou vendre une position.

Pourquoi ? Parce qu’aucune d’elles ne modifie la valeur intrinsèque de l’entreprise.

Le plus haut historique ne crée aucune opportunité

Beaucoup hésitent à acheter une action qui vient d’inscrire un nouveau record.

L’idée paraît logique. : « Si elle est déjà au plus haut, elle finira forcément par redescendre. »

Pourtant, les plus belles entreprises passent une grande partie de leur existence… à battre leurs précédents records.

Microsoft, LVMH, Visa ou encore Apple ont passé des décennies à inscrire régulièrement de nouveaux sommets. Attendre une forte baisse pour les acheter a souvent conduit à ne jamais les acheter.

À l’inverse, une action qui a perdu 70 % n’est pas nécessairement devenue intéressante.

Elle est simplement moins chère qu’avant. La différence est considérable.

Une entreprise peut parfaitement voir son activité se détériorer durablement. Dans ce cas, son cours baisse parce que sa valeur économique diminue.

Le marché ne se trompe pas toujours. Le prix d’hier ne constitue donc pas un point de repère pertinent. Il ne fait que refléter une ancienne opinion du marché, dans un contexte qui n’est peut-être plus du tout le même aujourd’hui.

Le prix auquel vous avez acheté est un faux repère

C’est probablement le biais psychologique le plus répandu.

Nous accordons une importance démesurée à notre prix d’achat.

Si nous avons acheté une action à 100 €, nous avons tendance à considérer que cette somme représente sa « vraie » valeur.

À partir de là, tout s’organise autour de ce chiffre.

À 80 €, nous refusons parfois de vendre parce que nous voulons « revenir à l’équilibre ».

À 120 €, nous sommes tentés de prendre nos bénéfices simplement parce que nous sommes en gain.

Pourtant, le marché ignore totalement le prix auquel vous avez acheté. L’entreprise également.

Votre prix d’achat ne modifie ni ses bénéfices futurs, ni sa croissance, ni ses perspectives. Il ne représente qu’un événement de votre propre histoire patrimoniale.

Autrement dit, il s’agit d’une information psychologiquement importante… mais économiquement sans intérêt.

Si vous ne possédiez pas déjà cette action aujourd’hui, l’achèteriez-vous au prix actuel ? Cette simple question est souvent beaucoup plus utile que de regarder votre plus-value ou votre moins-value.

Le plus haut atteint depuis votre achat nourrit les regrets

Un autre chiffre parasite fréquemment nos décisions : le plus haut atteint après notre investissement.

Combien d’investisseurs regrettent de ne pas avoir vendu « quand ils étaient à +80 % » ?

Ou, à l’inverse, refusent de vendre parce qu’ils attendent simplement que l’action retrouve ce niveau ?

Ce raisonnement revient à croire que le marché nous doit une seconde chance. Mais il ne nous doit rien.

Le sommet précédent n’a aucune raison de redevenir une référence pertinente.

Les perspectives de l’entreprise ont peut-être changé. Le secteur également.

Les taux d’intérêt, la concurrence, la réglementation ou encore la rentabilité peuvent avoir profondément évolué. Continuer à regarder cet ancien sommet revient à conduire en observant uniquement le rétroviseur.

Le cours actuel est souvent l’information la moins importante

Cela peut sembler paradoxal. Le prix actuel est pourtant celui que nous consultons le plus souvent.

Certaines personnes regardent leur portefeuille plusieurs fois par jour. Que leur apporte cette information ? Dans la plupart des cas, rien, mis à part davantage d’émotions.

Sur quelques heures ou quelques jours, les variations de marché sont largement dominées par les anticipations, les flux d’investisseurs, les annonces macroéconomiques ou le simple bruit statistique.

Toutes ces fluctuations existent. Mais elles nous disent très peu de choses sur la capacité d’une entreprise à créer davantage de valeur dans cinq ou dix ans.

À force de surveiller les prix, on finit par oublier ce qui produit réellement la performance.

Ce qui mérite vraiment votre attention

Si ces quatre chiffres sont secondaires, où faut-il regarder ?

Vers l’entreprise elle-même :

  • Son chiffre d’affaires progresse-t-il ?
  • Ses marges restent-elles solides ?
  • Dispose-t-elle encore d’un avantage concurrentiel durable ?
  • Ses dirigeants allouent-ils correctement le capital ?
  • Peut-elle encore accroître ses bénéfices dans les prochaines années ?

Ces questions sont évidemment plus difficiles que regarder un graphique. Elles demandent davantage de réflexion.

Mais elles ont au moins un lien direct avec ce qui déterminera la valeur future de votre investissement.

À long terme, les marchés finissent généralement par reconnaître la création de valeur économique. Ils peuvent mettre plusieurs années. Ils peuvent parfois exagérer dans un sens comme dans l’autre.

Mais les bénéfices, les flux de trésorerie et le retour sur capital investi finissent presque toujours par reprendre le dessus.

Le marché fixe un prix, l’entreprise crée la valeur

Cette distinction est fondamentale. La Bourse ne crée quasiment aucune richesse, elle organise simplement la rencontre entre des acheteurs et des vendeurs.

La richesse est créée ailleurs :

  • Dans les usines
  • Les laboratoires
  • Les logiciels
  • Les brevets
  • Les réseaux de distribution
  • Les équipes commerciales
  • Les décisions stratégiques

Lorsque vous achetez une action, vous devenez indirectement propriétaire d’une partie de cette machine économique.

Le cours de Bourse n’est que la traduction imparfaite de cette réalité. Confondre les deux conduit souvent à prendre de mauvaises décisions.

Regarder moins souvent son portefeuille pour améliorer ses performances

Les recherches en finance comportementale montrent que les investisseurs souffrent davantage des pertes qu’ils ne se réjouissent des gains de même ampleur.

Plus vous consultez votre portefeuille, plus vous multipliez les occasions de ressentir ces pertes temporaires. Et plus vous augmentez le risque de modifier votre stratégie sans véritable raison. C’est l’un des paradoxes de l’investissement.

Avoir davantage d’informations ne conduit pas forcément à prendre de meilleures décisions. Parfois, c’est exactement l’inverse.

Les investisseurs qui réussissent le mieux ne sont pas ceux qui suivent les marchés minute après minute. Ce sont souvent ceux qui passent davantage de temps à comprendre ce qu’ils possèdent qu’à observer combien cela vaut aujourd’hui.

Le véritable actif à protéger n’est pas votre portefeuille

Lorsqu’on investit, on croit souvent que le principal risque est la volatilité. En réalité, la volatilité n’est qu’un symptôme.

Le véritable risque est de prendre une mauvaise décision parce que l’on a accordé trop d’importance à des informations qui n’en méritaient pas autant. Par exemple :

  • Vendre une excellente entreprise uniquement parce qu’elle a baissé
  • Refuser de couper une mauvaise position parce qu’on veut retrouver son prix d’achat
  • Attendre indéfiniment qu’une action revienne sur son ancien sommet

Autant de décisions dictées par des repères psychologiques plutôt que par l’analyse économique.

Au fond, la plupart des erreurs d’investissement ne viennent pas d’un manque d’informations. Elles viennent d’un excès d’attention porté aux mauvaises informations.

Et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles investir reste davantage un exercice de discernement qu’un exercice de prévision.

Chez Alti Patrimoine, nous vous apprenons à ignorer ce qui capte votre attention, et nous vous aidons à vous focaliser sur les bonnes décisions à prendre.