
Il suffit d’une forte baisse des marchés pour que la même question revienne.
Le CAC 40, le Nasdaq ou le S&P 500 perd plusieurs pourcents en quelques jours. Les chaînes d’information parlent de krach. Les réseaux sociaux s’emballent. Les investisseurs ouvrent leur portefeuille plus souvent que d’habitude.
Et très vite, une interrogation s’impose :
« Que faut-il faire maintenant ? »
Cette question paraît logique. Pourtant, c’est rarement la bonne. Lorsqu’un portefeuille perd 10 %, 15 % ou davantage, les décisions importantes ont généralement déjà été prises… plusieurs mois, voire plusieurs années auparavant.
Le véritable sujet n’est donc pas ce qu’il faut faire pendant la baisse. Il est de savoir si votre portefeuille avait été construit en supposant qu’une baisse finirait forcément par arriver. Car elle finit toujours par arriver.
Les krachs ne sont pas des accidents
Lorsque les marchés corrigent brutalement, beaucoup d’investisseurs ont l’impression d’assister à un événement exceptionnel.
Pourtant, si l’on prend un peu de recul, les fortes corrections sont presque banales.
Depuis plusieurs décennies, les marchés actions ont connu des chocs de toutes sortes :
- l’éclatement de la bulle internet ;
- la crise financière de 2008 ;
- la crise de la dette européenne ;
- le Covid ;
- le retour de l’inflation et la hausse rapide des taux.
À chaque fois, les raisons semblaient différentes.
À chaque fois, les commentaires expliquaient pourquoi « cette fois est particulière ».
Mais un investisseur de long terme n’a finalement pas besoin de connaître la cause exacte de la prochaine baisse. Il lui suffit de savoir qu’elle arrivera. C’est une différence fondamentale.
On ne peut pas prévoir le prochain choc. En revanche, on peut construire un portefeuille qui l’accepte comme une composante normale de l’investissement. Cette nuance change presque tout.
L’investissement récompense la préparation, pas la réaction
Nous fonctionnons naturellement de manière réactive.
C’est vrai en investissement, mais aussi dans beaucoup d’autres domaines de la vie.
- Nous commençons souvent à faire du sport après un problème de santé.
- Nous apprenons à gérer notre stress après un burn-out.
- Nous devenons plus prudents après une erreur importante.
L’investissement n’échappe pas à ce mécanisme.
Beaucoup découvrent réellement leur tolérance au risque seulement lorsque leur portefeuille chute de 30 %.
Ils pensaient accepter les fluctuations. Ils découvrent qu’ils supportaient surtout les hausses.
Le problème est que les marchés récompensent rarement les décisions prises sous le coup de l’émotion.
Lorsqu’un investisseur vend parce qu’il ne supporte plus la baisse, il ne réduit pas seulement son risque. Très souvent, il transforme une baisse temporaire en perte définitive.
À l’inverse, celui qui avait réfléchi à ce scénario avant qu’il ne survienne n’a souvent… rien à faire. Et c’est précisément le signe que son plan fonctionne.
Un bon portefeuille est conçu pour les mauvais jours
Beaucoup imaginent qu’un portefeuille est performant lorsqu’il progresse rapidement.
Je ne le vois pas ainsi.
Un bon portefeuille est surtout un portefeuille que son propriétaire est capable de conserver pendant les périodes difficiles. Cette distinction paraît subtile. Elle est pourtant essentielle.
La meilleure allocation théorique n’a aucune valeur si elle pousse son propriétaire à vendre au pire moment.
À quoi sert un portefeuille composé à 100 % d’actions si une baisse de 40 % vous conduit inévitablement à liquider vos positions ?
À l’inverse, un portefeuille un peu moins performant sur le papier, mais que vous serez capable de conserver pendant vingt ans, produira souvent un meilleur résultat.
La performance ne dépend pas uniquement des actifs. Elle dépend aussi de votre capacité à rester investi. C’est probablement la variable la plus sous-estimée par les investisseurs.
Se préparer avant la tempête
Être proactif ne consiste pas à prévoir la prochaine crise. Personne n’y parvient de manière fiable.
Être proactif consiste à construire un portefeuille qui continuera de faire son travail, même lorsque les marchés traverseront une période difficile. C’est une philosophie très différente.
On ne cherche plus à anticiper les événements. On accepte qu’ils se produiront tôt ou tard, puis on construit une stratégie capable d’y survivre.
Cette approche demande davantage de réflexion au départ, mais beaucoup moins d’interventions ensuite. C’est exactement l’inverse d’une gestion dictée par les émotions.
La marge de sécurité : votre meilleur allié
Benjamin Graham parlait déjà de marge de sécurité il y a plusieurs décennies.
L’idée est simple. Lorsqu’un investisseur estime qu’une entreprise vaut 100 €, il ne l’achète pas nécessairement à ce prix. Il exige une décote suffisamment importante pour absorber une éventuelle erreur d’analyse ou un retournement temporaire du marché.
Le principe reste extrêmement pertinent aujourd’hui. En revanche, il serait trompeur de croire qu’il existe une règle universelle consistant à acheter systématiquement une entreprise sous 60 % de sa valeur intrinsèque.
Les marchés sont plus complexes que cela.
Une entreprise exceptionnelle mérite souvent une valorisation plus élevée qu’une entreprise médiocre. À l’inverse, une action qui paraît extrêmement bon marché l’est parfois pour de bonnes raisons.
La marge de sécurité ne correspond donc pas à un pourcentage précis. C’est une façon de raisonner.
Elle consiste à reconnaître que nous pouvons nous tromper. Que nos hypothèses peuvent être inexactes. Que l’économie peut évoluer différemment de ce que nous imaginions. Et qu’un investissement doit conserver une probabilité raisonnable de réussite malgré ces incertitudes.
Autrement dit, la marge de sécurité protège moins contre les erreurs du marché que contre les nôtres.
La qualité compte autant que le prix
Chercher uniquement des actions décotées conduit parfois à acheter des entreprises dont les difficultés sont structurelles.
À l’inverse, certaines sociétés paraissent toujours « trop chères »… jusqu’à ce que l’on constate, dix ans plus tard, qu’elles ont continué à créer énormément de valeur.
L’investisseur ne doit donc pas opposer qualité et valorisation. Les deux sont indissociables.
Une excellente entreprise achetée à un prix extravagant peut produire un mauvais investissement.
Une entreprise médiocre achetée avec une forte décote peut également décevoir.
Ce qui compte est l’équilibre entre la qualité de l’actif, son prix d’achat et le rôle qu’il occupe dans votre portefeuille.
C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les ETF indiciels ont progressivement trouvé leur place dans beaucoup de patrimoines.
Ils évitent d’avoir à identifier en permanence les quelques entreprises qui créeront le plus de valeur au cours des vingt prochaines années. Ils ne suppriment pas le risque de marché. Ils réduisent surtout le risque de se tromper sur une entreprise en particulier.
Le pire moment pour construire une stratégie est pendant une crise
Lorsque les marchés chutent fortement, beaucoup d’investisseurs commencent soudainement à réfléchir à leur allocation.
Doivent-ils vendre ? Renforcer ? Acheter autre chose ? Passer en obligations ? Attendre ?
Toutes ces questions sont légitimes. Elles arrivent simplement beaucoup trop tard.
Une allocation stratégique devrait être définie lorsque tout va bien.
- Lorsque les marchés montent.
- Lorsque les émotions ne brouillent pas encore le jugement.
Car une fois la tempête installée, il devient extrêmement difficile de distinguer une bonne décision d’une décision simplement dictée par la peur.
Je constate souvent que les investisseurs qui traversent le mieux les crises ne sont pas ceux qui disposent des connaissances financières les plus poussées.
- Ce sont ceux qui savent exactement pourquoi ils détiennent chacun de leurs investissements.
- Ils connaissent leur horizon.
- Ils savent quelle baisse ils sont capables d’encaisser.
- Ils savent quelles décisions ils prendront… et celles qu’ils refusent de prendre.
Cette préparation leur évite de devoir improviser. Et, en investissement, improviser coûte souvent très cher.
L’impact de votre décision initiale
Lorsqu’un portefeuille traverse une forte baisse, il est tentant de croire que tout se joue dans les jours qui suivent.
Faut-il vendre ? Acheter davantage ? Attendre ?
Dans la réalité, ces décisions n’ont généralement qu’un impact limité par rapport à une autre, beaucoup plus importante : celle d’avoir construit, plusieurs années auparavant, un portefeuille adapté à votre situation.
Un investisseur qui a besoin de vendre ses actions dans six mois ne devrait probablement pas être investi à 100 % en actions.
Un investisseur qui panique à chaque correction n’a peut-être pas un problème de psychologie. Il a parfois simplement un portefeuille qui ne correspond pas à sa véritable tolérance au risque.
À l’inverse, lorsqu’une allocation est cohérente avec vos objectifs, votre horizon d’investissement et votre capacité à supporter les fluctuations, les périodes de baisse deviennent beaucoup moins spectaculaires qu’elles n’y paraissent dans les médias. Non pas parce qu’elles cessent d’être désagréables. Mais parce qu’elles étaient déjà prévues.
Le meilleur investissement n’est pas celui qui rapporte le plus
On parle beaucoup de performance. Beaucoup moins de comportement.
Pourtant, deux investisseurs possédant exactement le même portefeuille peuvent obtenir des résultats radicalement différents.
L’un reste investi pendant vingt ans.
L’autre multiplie les allers-retours, modifie sa stratégie tous les deux ans, vend après les baisses et rachète après les hausses.
Les marchés n’ont rien changé. Le résultat, si.
Cette différence explique pourquoi la discipline constitue probablement l’un des rares avantages concurrentiels accessibles à tous.
Elle ne demande ni informations privilégiées, ni algorithmes sophistiqués. Elle demande simplement d’accepter que les périodes difficiles font partie du voyage.
Les investisseurs les plus performants ne sont pas ceux qui vivent le moins de crises. Ce sont souvent ceux qui changent le moins souvent de stratégie.
La bonne question
La prochaine fois que les marchés corrigeront fortement — car ils finiront par le faire — essayez de remplacer une question par une autre.
Au lieu de vous demander :
« Que dois-je faire ? »
Demandez-vous plutôt :
« Mon portefeuille a-t-il été construit en supposant que ce moment finirait par arriver ? »
Si la réponse est oui, il est possible que la meilleure décision soit simplement… de continuer à suivre votre plan.
Si la réponse est non, la crise n’est peut-être pas le problème. Elle n’en est que le révélateur.
Construire un portefeuille n’est finalement pas l’exercice le plus difficile. Le plus difficile est de construire une stratégie suffisamment cohérente pour continuer à lui faire confiance lorsque tout pousse à l’abandonner. C’est précisément sur ce point qu’un accompagnement avec Alti Patrimoine peut faire la différence.