
Crise bancaire, explosion de la dette publique, tensions géopolitiques, inflation persistante… Les scénarios catastrophes occupent une place croissante dans les médias. Il est donc naturel que de nombreux investisseurs se demandent comment protéger leur patrimoine si le système financier venait à traverser une crise profonde.
Cette inquiétude n’est d’ailleurs pas nouvelle. À chaque génération, certains considèrent que les déséquilibres économiques ou politiques finiront par provoquer une rupture majeure. La seule véritable inconnue reste toujours la même : quand ? Dans un an ? Dans vingt ans ? Dans plusieurs décennies ? Personne ne peut répondre sérieusement à cette question.
Cette impossibilité de prévoir le calendrier conduit pourtant de nombreux épargnants à prendre des décisions extrêmes. Certains concentrent leur patrimoine sur l’or, d’autres sur l’immobilier locatif, les obligations ou les produits garantis. Le problème est qu’en cherchant à se protéger d’un seul scénario, ils deviennent souvent beaucoup plus vulnérables à tous les autres.
Une préparation efficace ne consiste donc pas à deviner la prochaine crise, mais à construire un patrimoine capable de résister à des environnements très différents. Voici neuf principes qui vont dans ce sens.
1. Constituer une marge de sécurité importante
Le premier rempart contre une crise n’est pas un produit financier, mais une capacité d’adaptation.
Épargner davantage que le strict minimum permet de disposer d’un coussin capable d’absorber plusieurs chocs :
- une hausse durable du coût de la vie ;
- une baisse temporaire des marchés ;
- une dépense imprévue ;
- une perte de revenus.
Cette réserve évite surtout d’être contraint de vendre ses investissements au mauvais moment.
2. Adapter ses retraits à l’évolution du portefeuille
Pour un retraité, conserver un niveau de dépenses totalement fixe peut devenir problématique lorsque les marchés traversent une longue période difficile.
Une approche plus souple consiste à faire varier les retraits en fonction de la valeur du portefeuille. Par exemple, retirer chaque année un pourcentage identique du capital restant permet :
- de profiter davantage des années favorables ;
- de limiter les retraits lorsque les marchés sont en baisse ;
- de réduire le risque d’épuiser prématurément son patrimoine.
Le portefeuille participe alors lui-même à l’ajustement du budget.
3. Combiner plusieurs approches d’investissement
Choisir de répartir son patrimoine entre plusieurs stratégies d’investissement très différentes. Par exemple :
- une gestion passive fondée sur des fonds indiciels conservés sur le long terme ;
- une stratégie mécanique de market timing, appliquant des règles prédéfinies sans chercher à anticiper les marchés.
L’intérêt recherché n’est pas de savoir laquelle sera la meilleure, mais de disposer de deux moteurs dont les performances évoluent différemment selon les phases de marché.
Dans les marchés haussiers, la gestion indicielle prend généralement l’avantage. Lors des fortes corrections, une stratégie de market timing peut mieux résister grâce à ses mécanismes de sortie. Cette complémentarité réduit la dépendance à un seul mode de gestion.
4. Répartir les niveaux de risque
Combiner plusieurs stratégies ne suffit pas si leur niveau de risque est très différent. Si l’une représente l’essentiel de la volatilité du patrimoine, elle finira par dominer le comportement de l’ensemble.
Il s’agit donc de construire plusieurs compartiments présentant un profil de risque relativement similaire. Cette symétrie permet de conserver les bénéfices de leur complémentarité sans qu’un seul portefeuille ne prenne une place disproportionnée dans les performances globales.
5. Utiliser les obligations, amortisseur des crises
Les obligations d’État de grande qualité jouent souvent un rôle particulier lors des périodes de forte tension financière. Lorsque les investisseurs cherchent à réduire leur exposition au risque, une partie des capitaux se reporte traditionnellement vers ces actifs, ce qui peut soutenir leur valeur alors même que les actions corrigent.
Cette logique revient à conserver une part importante d’obligations dans son portefeuille passif.
En revanche, la pondération est plus faible dans son portefeuille de market timing, pour une raison simple : cette stratégie prévoit déjà de réduire fortement son exposition aux actions, voire de passer en liquidités lorsque certaines conditions sont réunies. Les obligations remplissent donc une fonction moins indispensable.
Autrement dit, deux portefeuilles peuvent détenir des allocations obligataires différentes tout en poursuivant le même objectif de protection, dès lors que leurs mécanismes de gestion ne sont pas les mêmes.
6. Rééquilibrer régulièrement son allocation
Au fil du temps, certains actifs progressent davantage que d’autres. Sans intervention, la répartition initialement choisie finit donc par se déformer progressivement.
Le rééquilibrage consiste à revenir périodiquement à l’allocation cible en :
- vendant une partie des actifs devenus surpondérés ;
- renforçant ceux dont le poids a diminué.
Ce mécanisme produit un effet souvent recherché : il conduit naturellement à vendre une partie des actifs qui ont fortement monté et à acheter ceux qui ont davantage corrigé, sans avoir à tenter de prévoir les prochains mouvements de marché.
7. Diversifier les moteurs de performance
La diversification ne consiste pas uniquement à multiplier le nombre de lignes détenues. Deux portefeuilles composés de centaines d’actions peuvent rester très dépendants des mêmes facteurs économiques.
L’idée est ici de répartir son exposition entre plusieurs dimensions complémentaires :
- les marchés internationaux développés et émergents ;
- les grandes et les petites capitalisations ;
- les actions de croissance et les actions de valeur.
L’objectif n’est pas de rechercher la meilleure catégorie pour les prochaines années, mais d’éviter qu’une seule source de performance ne conditionne l’ensemble des résultats du portefeuille.
8. Réserver les stratégies plus complexes à une part limitée du patrimoine
Depuis de nombreuses années, j’applique des stratégies combinant gestion active et allocation tactique.
Toutefois, ces expositions répondnt à deux conditions importantes :
- elles représentent uniquement une fraction de mon patrimoine dont j’estime ne pas avoir besoin pour financer son niveau de vie ;
- les gains réalisés sont régulièrement retirés afin d’éviter que cette poche ne prenne progressivement un poids excessif dans l’ensemble du portefeuille.
Un investissement potentiellement plus risqué peut trouver sa place dans une allocation globale, à condition que sa taille reste maîtrisée et que son évolution soit régulièrement contrôlée.
9. Ne pas rester seul face à son patrimoine
Construire une stratégie patrimoniale est une chose. S’assurer qu’elle puisse continuer à fonctionner en cas d’imprévu en est une autre.
Un investisseur prévoyant sait que son épouse/époux connaît l’organisation de leurs investissements et qu’elle/il est en mesure d’échanger directement avec leur conseiller si nécessaire. Cette organisation présente plusieurs avantages :
- elle évite qu’une seule personne concentre toutes les informations importantes ;
- elle facilite la continuité de la gestion en cas d’accident ou de décès ;
- elle réduit le risque que des décisions importantes soient retardées faute d’interlocuteur identifié.
La robustesse d’un patrimoine dépend donc aussi de sa capacité à être comprise et pilotée par les personnes qui devront éventuellement en assurer le suivi.
Préparer une crise ne consiste pas à parier sur un seul scénario
Le véritable fil conducteur de ces neuf principes n’est pas la recherche de l’actif qui résistera le mieux à une éventuelle apocalypse financière. Il consiste plutôt à construire plusieurs couches de protection qui ne reposent pas sur le même mécanisme.
Certaines protègent contre une baisse des marchés, d’autres contre une hausse durable du coût de la vie, d’autres encore contre un risque opérationnel ou familial. Plus ces protections sont indépendantes les unes des autres, moins la solidité du patrimoine dépend d’une hypothèse unique sur l’avenir.
Chez Alti Patrimoine, cette logique conduit notamment à mesurer les risques avant même de choisir les supports d’investissement.
Une allocation n’est pas seulement répartie entre différentes classes d’actifs : elle répartit aussi les fonctions de chaque composante du patrimoine. Certaines poches sont destinées à absorber les besoins de liquidité, d’autres à protéger contre certains environnements économiques, d’autres enfin à rechercher la croissance du capital.
Cette séparation des rôles permet de construire des patrimoines moins dépendants d’un scénario économique unique et plus robustes face à l’incertitude.