
À chaque période de baisse des marchés, les mêmes questions reviennent.
Faut-il vendre avant que cela ne baisse davantage ? Est-ce le début d’un krach ? Est-il préférable d’attendre ? Faut-il profiter de la baisse pour acheter davantage ? Et bien sûr, lorsque le calendrier s’y prête : faut-il vraiment « vendre en mai et s’en aller » ?
Ces interrogations sont parfaitement normales. Elles traduisent moins une recherche de performance qu’un besoin de retrouver un peu de contrôle dans un environnement qui semble soudain devenir imprévisible.
Le problème est que les réponses recherchées sont souvent les mauvaises.
On aimerait savoir ce que fera le marché dans les prochains mois. Pourtant, la véritable question est presque toujours ailleurs : votre façon d’investir est-elle suffisamment solide pour supporter une période comme celle-ci ?
Cette nuance change tout.
La plupart des baisses ne sont pas des krachs
Lorsqu’un portefeuille perd 10 %, 15 % ou même 20 %, beaucoup d’investisseurs ont l’impression d’assister à un événement exceptionnel.
Pourtant, si l’on prend un peu de recul, ces épisodes font presque partie du fonctionnement normal des marchés financiers.
Depuis un siècle, les actions mondiales ont traversé des guerres, des crises bancaires, des pandémies, des chocs pétroliers, des bulles technologiques, des faillites d’États et des remontées brutales des taux d’intérêt. Malgré cela, les corrections de 10 à 20 % sont fréquentes. Elles ne constituent pas une anomalie du système. Elles en sont une composante.
C’est précisément ce qui rend les actions rémunératrices sur le long terme.
Nous avons simplement tendance à oublier cette réalité après plusieurs années de hausse.
Plus une période d’euphorie dure longtemps, plus notre perception du risque se déforme. Une baisse qui aurait semblé banale quelques années plus tôt nous paraît soudain catastrophique.
Je constate souvent ce phénomène chez les investisseurs qui ont commencé à investir récemment. Ils ont connu essentiellement des marchés porteurs. Leur référence psychologique est devenue une progression presque continue des cours. Dès que cette trajectoire se brise, ils ont l’impression que quelque chose ne fonctionne plus.
En réalité, c’est souvent l’inverse : le marché recommence simplement à fonctionner normalement.
Les médias cherchent une explication. Le marché n’en a pas toujours une
À chaque baisse, les titres de presse trouvent rapidement un responsable.
L’inflation. Les taux d’intérêt. Une guerre. Une crise politique. Les banques centrales. Les résultats des entreprises. Les élections.
Parfois ces facteurs jouent effectivement un rôle.
Mais croire qu’une baisse des marchés possède une cause unique est une simplification rassurante… plus qu’une véritable explication.
Les marchés financiers agrègent en permanence les décisions de millions d’investisseurs qui réagissent à des milliers d’informations différentes, avec des horizons de placement, des contraintes réglementaires, des besoins de liquidités et des anticipations qui ne sont jamais les mêmes.
Chercher LA raison d’une baisse revient souvent à vouloir expliquer le mouvement des vagues par une seule goutte d’eau.
La seule certitude est beaucoup plus simple.
À un instant donné, davantage d’investisseurs souhaitent vendre que d’autres souhaitent acheter au prix précédent.
Tout le reste relève d’une tentative d’interprétation.
Cette distinction est importante pour l’investisseur, car elle évite de construire toute une stratégie sur une histoire que l’on raconte après coup.
Les marchés sont excellents pour fabriquer des récits cohérents. Beaucoup moins pour permettre de prévoir l’avenir.
Ce n’est pas l’incertitude qui pose problème. C’est notre besoin de certitude.
Lorsque les marchés deviennent volatils, nous cherchons naturellement à savoir ce qui va se passer ensuite.
C’est une réaction profondément humaine.
Nous avons du mal à accepter les situations où personne ne connaît réellement la suite.
Pourtant, investir consiste précisément à accepter cette situation.
On confond souvent le risque et l’incertitude, alors que les deux notions sont très différentes.
Le risque est mesurable. On peut estimer des probabilités, construire des scénarios et calculer des espérances.
L’incertitude, elle, ne se laisse pas enfermer dans une formule.
Personne ne pouvait prévoir précisément la pandémie de 2020, l’invasion de l’Ukraine, la flambée mondiale de l’inflation ou les faillites bancaires américaines de 2023. Ces événements n’entraient dans aucun modèle probabiliste simple.
Les marchés financiers vivent dans cette incertitude permanente.
Et c’est justement pour cette raison qu’ils offrent une prime de risque.
Si l’avenir était parfaitement connu, les actions ne procureraient probablement pas davantage de rendement que les actifs sans risque.
Autrement dit, la rémunération de l’investisseur ne vient pas de sa capacité à prédire l’avenir.
Elle vient de sa capacité à vivre avec un avenir qu’il ne connaît pas.
C’est beaucoup moins spectaculaire.
Mais c’est infiniment plus utile.
Les mauvaises décisions naissent rarement pendant les crises
On imagine souvent que les pertes importantes proviennent des krachs. En réalité, elles proviennent très souvent des décisions prises pendant les krachs :
- Vendre dans la panique.
- Acheter parce que tout le monde parle d’une valeur à la mode.
- Multiplier les allers-retours pour tenter d’anticiper le prochain mouvement.
- Modifier une stratégie de long terme parce que quelques semaines deviennent inconfortables.
Ces comportements coûtent beaucoup plus cher que la volatilité elle-même.
D’ailleurs, les études sur les investisseurs particuliers arrivent régulièrement à la même conclusion : les fonds obtiennent généralement de meilleures performances que les personnes qui y investissent. Non pas parce que les fonds sont extraordinaires, mais parce que les investisseurs entrent et sortent au mauvais moment.
La volatilité ne détruit pas le patrimoine.
Les réactions émotionnelles, elles, le peuvent.
C’est pourquoi une baisse des marchés devrait moins vous conduire à vous demander ce que fera le CAC 40 demain qu’à vous interroger sur votre propre comportement.
Si une correction de 15 % vous empêche de dormir, ce n’est peut-être pas le marché qui est mal construit.
C’est peut-être votre allocation.
Une baisse est-elle une opportunité ? Oui… mais pas pour les raisons que l’on croit.
Dès que les marchés corrigent, une autre phrase commence à circuler.
« Il faut être avide quand les autres ont peur. »
La formule est devenue si populaire qu’elle pousse parfois à faire exactement l’inverse de ce qu’elle recommande. Beaucoup d’investisseurs se sentent presque obligés d’acheter dès les premières baisses, simplement parce qu’ils ont peur de manquer une occasion exceptionnelle.
Autrement dit, leur prétendue avidité est en réalité une autre forme de peur.
La peur de rester à l’écart.
Le fameux FOMO (Fear Of Missing Out) ne disparaît pas lorsque les marchés baissent. Il change simplement de visage.
Avant la correction, il pousse à acheter parce que les prix montent.
Après la correction, il pousse à acheter parce que les prix ont déjà baissé.
Dans les deux cas, la décision est dictée par l’émotion.
La vraie question n’est donc pas : les marchés ont-ils baissé ?
Elle est beaucoup plus exigeante.
La valeur des entreprises que je possède a-t-elle réellement changé ?
Voilà la seule interrogation qui mérite votre attention.
Si une entreprise continue de gagner des parts de marché, d’augmenter ses bénéfices, de générer des flux de trésorerie solides et de conserver un avantage concurrentiel durable, une baisse de son cours peut effectivement représenter une opportunité.
À l’inverse, si son modèle économique est durablement fragilisé, le recul du cours n’est peut-être que le reflet d’une dégradation réelle.
Le marché baisse parfois à tort.
Il baisse aussi parfois à raison.
C’est précisément pour cela qu’investir ne consiste pas à acheter tout ce qui est moins cher qu’hier.
Les questions qui comptent vraiment
Lorsqu’un portefeuille perd de la valeur, je trouve utile de revenir à quelques questions très simples.
Elles sont beaucoup plus intéressantes que les prévisions économiques.
- Les entreprises que je détiens ont-elles vu leur capacité à créer de la valeur durablement diminuer ?
- Mon horizon d’investissement a-t-il changé ?
- Vais-je avoir besoin de cet argent dans les prochaines années ?
- Ai-je investi avec de l’argent emprunté ou dont je pourrais avoir rapidement besoin ?
- Mon allocation correspond-elle réellement à ma tolérance au risque ?
Si les réponses sont rassurantes, il y a souvent très peu de raisons de modifier quoi que ce soit.
C’est contre-intuitif.
Nous avons l’impression qu’une période agitée exige davantage d’action.
Or, en investissement, les périodes les plus agitées sont souvent celles où l’inaction est la décision la plus difficile… et parfois la plus rentable.
Il existe une phrase attribuée à Charlie Munger que je trouve particulièrement juste : la grande fortune ne se construit pas grâce à l’intelligence exceptionnelle, mais grâce à la capacité d’attendre.
Cette patience paraît presque passive.
Elle est pourtant extrêmement exigeante lorsque les marchés chutent de 20 ou 30 %.
Si vous ne supportez pas la volatilité, le problème n’est pas la bourse
Il existe une idée que beaucoup d’investisseurs refusent d’entendre.
Les actions ne conviennent pas à tout le monde.
On présente souvent la bourse comme le placement incontournable pour préparer son avenir. C’est largement vrai sur le plan statistique. Sur des horizons suffisamment longs, les actions ont historiquement offert les meilleurs rendements parmi les grandes classes d’actifs.
Mais cette performance a un prix.
Ce prix n’est pas seulement le risque de perte temporaire.
C’est aussi la capacité psychologique à voir son patrimoine varier fortement sans remettre en cause toute sa stratégie.
Certaines personnes découvrent cette réalité uniquement lors de leur première véritable correction.
Ce n’est pas un échec. C’est une information précieuse.
Comme l’écrivait George Goodman, sous son pseudonyme Adam Smith :
« Si vous ne savez pas qui vous êtes, la Bourse est un endroit particulièrement coûteux pour le découvrir. »
Je retrouve souvent cette situation chez des investisseurs séduits par les performances historiques des actions, mais qui découvrent seulement après avoir investi ce que signifie réellement une baisse de 30 %.
Il vaut mieux accepter un rendement un peu plus faible avec une allocation que vous serez capable de conserver pendant vingt ans qu’abandonner une excellente stratégie au premier marché baissier.
Le meilleur portefeuille n’est jamais celui qui maximise le rendement théorique.
C’est celui que vous serez encore capable de détenir lors de la prochaine crise.
Les conseils boursiers sont presque toujours une impasse
Lorsque les marchés deviennent plus nerveux, une autre tentation apparaît.
Demander à quelqu’un quoi acheter. Ou quoi vendre. Le raisonnement paraît logique. Puisqu’un professionnel suit les marchés tous les jours, il doit forcément savoir.
En réalité, cette attente repose sur un malentendu.
Un investissement ne peut jamais être séparé de la personne qui le réalise.
Deux investisseurs peuvent acheter exactement la même action. Le premier possède un horizon de vingt ans. Le second aura besoin de son argent dans huit mois. Le premier est capable d’accepter une baisse de 40 %. Le second vendra dès que la perte atteindra 10 %.
Le même investissement n’a donc pas du tout le même sens.
C’est pour cette raison que les recommandations toutes faites sont rarement utiles.
Elles ignorent presque toujours l’essentiel : votre situation.
Je préfère largement expliquer une méthode de réflexion qu’indiquer une liste de valeurs.
Une liste vieillit, unen façon de raisonner vous accompagne pendant des décennies.
D’ailleurs, méfiez-vous particulièrement des personnes qui semblent avoir une réponse sur tout.
Les marchés ont cette qualité remarquable : ils rappellent régulièrement à chacun qu’il ne maîtrise pas l’avenir.
Les meilleurs investisseurs ne sont pas ceux qui prédisent le plus. Ce sont souvent ceux qui reconnaissent le plus facilement ce qu’ils ignorent.
Et l’or dans tout cela ?
À chaque crise, l’or revient naturellement dans les conversations.
Il joue effectivement un rôle particulier.
Contrairement à une entreprise, il ne produit ni bénéfices, ni dividendes, ni flux de trésorerie. Sa valeur dépend essentiellement de ce que d’autres investisseurs seront prêts à payer demain.
Cela limite son potentiel de création de richesse sur très longue période.
En revanche, l’or possède une qualité que peu d’actifs partagent : il peut protéger une partie du patrimoine lorsque la confiance dans le système financier se détériore fortement.
C’est une assurance. Or, personne ne construit son patrimoine uniquement avec des assurances.
Comme pour une assurance habitation, le but n’est pas qu’elle rapporte le plus possible. Le but est qu’elle remplisse son rôle lorsque tout le reste traverse une période difficile.
Dans cette logique, une exposition raisonnable peut parfaitement avoir du sens dans un patrimoine diversifié.
Mais construire un portefeuille principalement autour de l’or reviendrait à privilégier un actif qui protège davantage qu’il ne produit de richesse.
Pour la plupart des investisseurs, les entreprises resteront probablement le principal moteur de création de valeur sur plusieurs décennies.
Le plus grand piège est de vouloir une réponse définitive
Lorsque les marchés baissent, beaucoup d’investisseurs posent finalement une seule question.
Que dois-je faire ?
Ils espèrent une réponse simple.
Acheter. Vendre. Attendre. Renforcer.
Malheureusement, cette réponse n’existe pas. Ou plutôt, elle n’existe pas indépendamment de votre situation.
Un investisseur qui prendra sa retraite dans deux ans ne doit probablement pas réagir comme un épargnant de trente ans qui investit chaque mois sur un ETF mondial.
Celui qui finance les études de ses enfants dans trois ans n’a pas les mêmes contraintes que celui qui construit un patrimoine sur vingt-cinq ans.
C’est pour cette raison que les grands principes d’investissement sont finalement peu nombreux.
Ils sont même d’une simplicité frustrante :
- Conserver une épargne de sécurité.
- Investir uniquement l’argent dont vous n’aurez pas besoin avant plusieurs années.
- Diversifier suffisamment.
- Maîtriser les frais.
- Acheter des actifs de qualité.
- Et surtout, laisser le temps faire son travail.
Tout le reste relève davantage du confort psychologique que de la création de richesse.
Nous cherchons souvent une action à entreprendre parce que cela donne l’impression de reprendre le contrôle. Pourtant, les marchés rémunèrent rarement ceux qui agissent le plus. Ils récompensent davantage ceux qui changent le moins souvent d’avis.
L’investissement est d’abord un exercice de cohérence
Je remarque souvent que les investisseurs évaluent leur portefeuille uniquement à travers sa performance.
Ils se demandent s’ils ont choisi les bonnes actions. Le bon ETF. Le bon secteur. Le bon moment.
Ces questions ne sont pas inutiles, mais elles arrivent souvent beaucoup trop tôt.
Avant de chercher le meilleur portefeuille, il faut déjà construire un portefeuille que l’on sera capable de conserver.
Cette nuance paraît anodine. Elle explique pourtant une grande partie des écarts de performance entre investisseurs.
Prenons deux personnes qui disposent exactement du même patrimoine et investissent sur le même ETF mondial :
- La première consulte son portefeuille plusieurs fois par jour, lit chaque actualité économique, suit les réseaux sociaux financiers et finit par modifier régulièrement son allocation.
- La seconde investit chaque mois, rééquilibre une fois par an et accepte que certaines années soient mauvaises.
Au bout de vingt ans, il est probable que leurs performances soient différentes. Pas parce que leurs actifs étaient différents. Parce que leur comportement l’était.
On parle souvent du pouvoir des intérêts composés. On oublie que ce mécanisme ne fonctionne que si le capital reste investi suffisamment longtemps.
Chaque aller-retour inutile casse cette dynamique. À long terme, la discipline produit souvent davantage de richesse que les bonnes intuitions.
Les marchés ne demandent pas de prédire l’avenir
Il existe une croyance profondément ancrée selon laquelle les meilleurs investisseurs seraient ceux qui anticipent les prochaines crises.
L’histoire montre plutôt l’inverse. Les investisseurs qui traversent le mieux les décennies ne sont généralement pas ceux qui prévoient le plus de choses.
Ce sont ceux qui construisent un portefeuille capable de résister à ce qu’ils ne peuvent pas prévoir.
La différence est fondamentale. Le premier cherche à avoir raison. Le second cherche à rester investi :
- Personne ne sait où seront les marchés dans six mois.
- Personne ne sait si la prochaine baisse interviendra l’an prochain ou dans cinq ans.
- Personne ne sait quel secteur dominera la prochaine décennie.
En revanche, nous savons plusieurs choses avec un degré de confiance bien plus élevé :
- Les entreprises continueront d’innover.
- L’économie mondiale traversera d’autres crises.
- Les marchés connaîtront d’autres corrections.
- Les investisseurs continueront d’alterner euphorie et pessimisme.
- Et la patience restera probablement l’une des ressources les plus rares sur les marchés financiers.
C’est finalement cela que les périodes de baisse viennent tester, davantage que vos connaissances économiques. C’est votre capacité à rester fidèle à une stratégie que vous aviez pourtant jugée pertinente lorsque tout allait bien.
Finalement, faut-il vendre en mai ?
Probablement pas. Mais pas davantage parce que nous sommes en mai que parce que nous sommes en novembre. Le calendrier est rarement un argument d’investissement.
Si votre allocation est adaptée à votre horizon, que votre épargne de précaution est suffisante, que vous investissez dans des actifs que vous comprenez et que vous n’avez pas besoin de cet argent avant longtemps, une correction boursière ne change généralement pas la nature de votre stratégie.
Elle teste simplement votre capacité à l’appliquer.
À l’inverse, si quelques semaines de volatilité suffisent à remettre en cause toutes vos décisions, le problème n’est peut-être pas la baisse des marchés.
Il est possible que votre portefeuille ait été construit pour une version de vous-même qui n’existe pas réellement.
Les marchés ne révèlent pas seulement la qualité des entreprises. Ils révèlent aussi la qualité des décisions que nous prenons lorsque l’incertitude remplace les certitudes.
Et c’est précisément pour cette raison que la réussite en investissement dépend souvent moins de ce que l’on achète que de la manière dont on se comporte une fois investi.
Chez Alti Patrimoine, notre rôle ne consiste pas à prévoir la prochaine crise ou à vous dire de vendre en mai. C’est surtout d’aider nos clients à construire un patrimoine capable de traverser sereinement les crises qui ne manqueront pas d’arriver, sans traiter le mois de mai différemment des autres.