Le CAC 40 peut gagner ou perdre 50 %

Le CAC 40 peut gagner ou perdre 50 %, et puis ?

Allumez une chaîne d’information économique n’importe quel jour de la semaine. Vous assisterez presque toujours au même spectacle.

Un présentateur enthousiaste annonce les performances des marchés. Un expert est invité à donner son analyse. Puis, pendant quelques minutes, les deux échangent des hypothèses sur ce qui attend les investisseurs.

Le problème n’est pas qu’ils essaient de comprendre l’avenir.

Le problème est qu’ils donnent souvent l’impression qu’il est possible de le prévoir avec précision.

Pourtant, personne n’en est capable.

Une interview qui résume parfaitement les médias financiers

Imaginons la scène.

Le CAC 40 vient de rebondir de plus de 6 % en une semaine après plusieurs mois difficiles.

Le présentateur affiche un sourire satisfait.

« Vous voyez, nous vous l’avions bien dit : les marchés repartent à la hausse. Tout semble aller beaucoup mieux ! »

Face à lui, l’analyste acquiesce.

« Oui, je pense que ceux qui n’achèteront pas aujourd’hui risquent de le regretter dans les dix-huit prochains mois. »

Quelques secondes plus tard pourtant, son discours change complètement.

Il explique que :

  • les États-Unis ralentissent ;
  • l’Europe reste fragile ;
  • la Chine connaît de nombreuses difficultés ;
  • les tensions géopolitiques augmentent ;
  • les taux d’intérêt demeurent élevés ;
  • l’inflation reste incertaine.

Autrement dit, le tableau économique est loin d’être rassurant.

Le journaliste l’interroge alors :

« Avec autant de risques, pourquoi êtes-vous aussi optimiste ? »

L’expert répond que les marchés devraient malgré tout progresser.

Puis arrive la conclusion.

« Nous visons un CAC 40 à 7 500 points dans les dix-huit prochains mois… mais il existe aussi un risque de baisse de 50 %. »

Le présentateur semble légèrement déstabilisé.

« Donc, si je comprends bien, le marché peut fortement monter… ou fortement baisser ? »

« Exactement. C’est le scénario qui ressort de nos analyses. »

À cet instant, toute personne un peu attentive devrait se poser une question.

À quoi sert une prévision qui couvre absolument tous les scénarios possibles ?

Des prévisions impossibles à vérifier

Ce genre de discours est extrêmement courant.

Les prévisionnistes prennent rarement le risque d’annoncer une seule trajectoire.

Ils ajoutent presque toujours suffisamment de réserves pour pouvoir expliquer, plus tard, pourquoi ils avaient « finalement raison ».

Si le marché monte :

« Nous l’avions anticipé. »

S’il baisse :

« Nous avions également évoqué ce risque. »

Quelle que soit l’issue, la prévision paraît valide.

En réalité, elle n’apporte aucune information exploitable à l’investisseur.

Pourquoi les marchés sont imprévisibles

La vérité est beaucoup plus simple.

Le prix des actions dépend de milliers de facteurs qui évoluent en permanence :

  • les bénéfices des entreprises ;
  • les décisions des banques centrales ;
  • les taux d’intérêt ;
  • l’inflation ;
  • les innovations technologiques ;
  • les crises géopolitiques ;
  • les élections ;
  • les catastrophes naturelles ;
  • les changements de réglementation ;
  • et surtout… les réactions des millions d’investisseurs.

Même si vous connaissiez parfaitement chacun de ces éléments aujourd’hui, vous ne pourriez pas prévoir comment ils évolueront demain.

Les marchés financiers constituent un système complexe, où chaque événement influence les autres de manière souvent imprévisible.

Les experts savent beaucoup de choses… sauf ce qui va arriver

Il ne faut pas confondre deux compétences.

Un économiste peut parfaitement comprendre le fonctionnement de l’économie.

Un analyste peut connaître en détail les comptes d’une entreprise.

Un stratégiste peut réaliser des modèles extrêmement sophistiqués.

Mais aucune de ces qualités ne permet de prévoir avec fiabilité le niveau futur du CAC 40, du S&P 500 ou du Nasdaq.

C’est une distinction essentielle.

Comprendre le présent n’implique pas de connaître l’avenir.

Les médias ont besoin d’histoires, pas d’incertitude

Pourquoi voit-on malgré tout autant de prévisions ?

Parce qu’une émission de télévision ne peut pas se résumer à :

« Nous n’en savons rien. »

Les chaînes d’information fonctionnent grâce à des commentaires permanents.

Chaque mouvement du marché doit être expliqué.

Chaque hausse trouve sa justification.

Chaque baisse possède son responsable.

Le lendemain pourtant, une nouvelle information vient souvent contredire la précédente.

Le récit change.

Les marchés continuent leur chemin.

Le vrai danger pour l’investisseur

Le risque n’est pas que les experts se trompent.

Tout le monde se trompe.

Le danger est que l’investisseur modifie continuellement son portefeuille en fonction de ces commentaires.

Une semaine, il devient très optimiste.

La suivante, il vend parce que les perspectives économiques semblent se dégrader.

Puis il rachète après une forte hausse.

Quelques mois plus tard, il revend après une correction.

À force de courir derrière les prévisions, il finit par acheter cher et vendre moins cher.

Exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire.

Les meilleurs investisseurs fonctionnent autrement

Les investisseurs qui réussissent sur le long terme ne passent pas leurs journées à écouter les prévisions économiques.

Ils savent que personne ne peut anticiper précisément les marchés.

Ils construisent une stratégie adaptée à leurs objectifs, à leur horizon de placement et à leur tolérance au risque.

Ensuite, ils s’y tiennent.

Ils acceptent que les marchés connaissent des périodes de hausse, de baisse, d’euphorie ou de panique.

Ces fluctuations ne remettent pas en cause leur plan.

Au contraire, elles en font partie.

Ce qu’il faut retenir

La prochaine fois qu’un expert vous affirme que le CAC 40 va fortement progresser… avant d’ajouter qu’il pourrait également perdre 50 %, gardez votre esprit critique.

Une prévision qui annonce simultanément deux scénarios opposés n’est pas une véritable prévision.

Elle reflète simplement une réalité que beaucoup préfèrent oublier : personne ne sait où seront les marchés dans un an, deux ans ou dix-huit mois.

L’investisseur qui obtient les meilleurs résultats n’est généralement pas celui qui essaie de deviner chaque mouvement du marché.

C’est celui qui accepte cette incertitude, construit une stratégie robuste et conserve suffisamment de discipline pour ne pas la remettre en question à chaque nouveau commentaire entendu à la télévision.

Les marchés continueront toujours d’alterner périodes d’euphorie et de pessimisme. Les experts continueront de proposer des scénarios. Les médias continueront de chercher des explications.

Votre patrimoine, lui, a davantage de chances de prospérer si vous vous concentrez sur ce que vous pouvez réellement contrôler : votre allocation d’actifs, vos coûts, votre diversification, votre horizon d’investissement… et votre capacité à ignorer le bruit quotidien.

Chez Alti Patrimoine, nous sommes convaincus que la réussite en investissement repose davantage sur une stratégie cohérente que sur la capacité à anticiper les prochains mouvements du CAC 40, ou de l’ensemble des marchés.