
L’or est un actif assez particulier. Il ne verse ni dividende, ni intérêt, ni loyer. Il ne produit rien et ne génère aucun flux de trésorerie. Pourtant, depuis des siècles, les investisseurs continuent de lui attribuer de la valeur.
Ce paradoxe explique en partie les débats qu’il suscite. Pour certains, l’or constitue une protection indispensable. Pour d’autres, il s’agit d’un actif improductif dont on peut parfaitement se passer.
La réalité est plus nuancée. L’intérêt d’avoir de l’or ne réside pas nécessairement dans sa capacité à produire de la richesse, mais dans les propriétés très différentes qu’il apporte à un portefeuille. Voici trois bonnes raisons d’en détenir.
1. L’or n’est la dette de personne
Une action représente une fraction du capital d’une entreprise. Une obligation représente une créance sur un État ou une société. Un dépôt bancaire constitue également une créance sur une banque.
L’or physique est différent : il n’a pas d’émetteur. Sa valeur ne dépend donc pas de la capacité d’une entreprise, d’une banque ou d’un État à honorer une dette.
Cette caractéristique explique notamment pourquoi il conserve une place importante dans les réserves des banques centrales. Le FMI rappelle ainsi que l’or ne comporte pas de risque de crédit, même s’il souligne également sa volatilité et le caractère variable de ses propriétés de diversification selon les périodes.
Cette absence de risque de contrepartie peut prendre de la valeur dans certaines situations :
- crise bancaire ou financière ;
- perte de confiance dans une monnaie ;
- tensions géopolitiques importantes ;
- sanctions ou fragmentation du système financier international.
Cela ne signifie pas que l’or soit sans risque. Son prix peut fortement varier, parfois pendant plusieurs années. Mais la nature de son risque est différente de celle d’une action ou d’une obligation.
2. L’or est un actif particulièrement liquide
On imagine parfois l’investissement dans l’or sous la forme de lingots conservés dans un coffre. Le marché est en réalité beaucoup plus vaste.
L’or s’échange quotidiennement sur de nombreux marchés à travers le monde, sous différentes formes : or physique, transactions de gré à gré, contrats à terme ou produits cotés adossés à l’or.
En 2025, les échanges mondiaux d’or ont représenté en moyenne plus de 361 milliards de dollars par jour, selon les estimations du World Gold Council. Le marché de l’or présente ainsi une profondeur comparable à celle de plusieurs grands marchés financiers.
Pour un particulier, il n’est d’ailleurs plus nécessaire d’acheter des pièces ou des lingots pour s’exposer au cours de l’or. Des produits cotés permettent d’obtenir cette exposition depuis un compte-titres, avec une simplicité d’achat et de vente proche de celle d’une action.
Cette liquidité distingue notamment l’or d’autres actifs de diversification, comme l’immobilier ou certains investissements non cotés. Il peut généralement être acheté ou vendu rapidement, y compris lorsque les marchés traversent une période agitée.
3. L’or peut diversifier les risques d’un portefeuille
C’est probablement sa propriété la plus intéressante.
Un portefeuille composé uniquement d’actions dépend fortement de la croissance économique et des bénéfices des entreprises. Ajouter des obligations permet traditionnellement de répartir davantage les risques. Mais actions et obligations peuvent parfois baisser simultanément, notamment lorsque l’inflation ou les taux d’intérêt augmentent fortement.
L’or réagit à d’autres facteurs. Son comportement dépend notamment :
- des taux d’intérêt réels ;
- de la confiance accordée aux monnaies et au système financier ;
- de la demande des investisseurs et des banques centrales ;
- des risques économiques et géopolitiques.
Il peut donc évoluer différemment des actions et des obligations. Historiquement, sa corrélation avec les actions a souvent été faible et a parfois diminué lors de fortes baisses boursières. Le phénomène n’est cependant ni permanent ni garanti : le FMI souligne que les propriétés de couverture de l’or varient selon les périodes et la nature des chocs.
C’est une distinction importante. L’intérêt de l’or ne vient pas du fait qu’il monterait systématiquement lorsque les actions baissent. Un tel comportement n’existe pas. Son intérêt vient plutôt de l’existence de moteurs de performance suffisamment différents pour qu’il puisse, dans certaines configurations, réduire la dépendance du portefeuille aux mêmes sources de risque.
Quelle quantité d’or détenir ?
Il n’existe pas de proportion universelle.
Une allocation de quelques pourcents peut déjà modifier le comportement d’un portefeuille diversifié. À titre d’illustration, certaines études d’allocation utilisent des portefeuilles comprenant environ de 5 % à 15 % d’or, mais la proportion pertinente dépend du reste du patrimoine, du niveau de risque recherché et des autres sources de diversification déjà présentes.
Surtout, augmenter la part d’or n’est pas neutre. Contrairement à une entreprise, l’or ne produit aucun bénéfice. Contrairement à une obligation, il ne verse aucun coupon. Sa performance dépend essentiellement de l’évolution future de son prix.
Sur de longues périodes, les actifs productifs comme les actions disposent d’un moteur de création de valeur que l’or ne possède pas : les entreprises peuvent produire des bénéfices, les réinvestir et distribuer une partie de ces bénéfices à leurs actionnaires.
L’or répond donc à une autre logique. On ne l’intègre pas nécessairement dans un portefeuille pour remplacer les actions, mais pour apporter une source de risque et de performance différente.
Faut-il acheter de l’or physique ou un produit coté ?
Les deux solutions ne répondent pas exactement au même objectif.
L’or physique — pièces ou lingots — permet de détenir directement le métal et donc de profiter pleinement de son absence de risque lié à un émetteur. En contrepartie, il faut prendre en compte le stockage, la sécurité, l’assurance éventuelle ainsi que l’écart entre prix d’achat et prix de revente.
Les produits cotés adossés à l’or (du type ETC) sont généralement plus simples à intégrer dans un portefeuille financier. Ils permettent d’acheter et de vendre une exposition à l’or en bourse, sans avoir à organiser soi-même la conservation du métal. Ils introduisent cependant une structure juridique et des intermédiaires qu’il convient d’examiner avant d’investir.
Le choix dépend donc de la fonction recherchée. Détenir physiquement de l’or et obtenir une exposition financière au cours de l’or ne sont pas tout à fait la même chose.
Quelle place donner à l’or dans son portefeuille ?
Chez Alti Patrimoine, l’or est envisagé avant tout comme une brique de diversification, et non comme le moteur principal de performance d’un portefeuille.
La question n’est donc pas simplement de savoir s’il faut détenir 5 %, 20 % ou pas d’or du tout. Il faut d’abord regarder ce que contient déjà le portefeuille et identifier les risques auxquels il est réellement exposé. Une allocation déjà diversifiée entre plusieurs moteurs de performance n’a pas nécessairement le même besoin d’or qu’un patrimoine très dépendant des actions, des obligations ou d’une seule zone monétaire.
C’est précisément la particularité de l’or : son intérêt se mesure moins à son rendement pris isolément qu’à l’effet de son ajout sur l’ensemble du portefeuille. Une allocation à l’or n’a donc de sens que si ses caractéristiques — absence de risque de crédit, forte liquidité et comportement différent des actifs productifs — améliorent effectivement la diversification recherchée.