Le seul raccourci pour gagner de l’argent en bourse

raccourci pour gagner de l'argent en bourse

Il suffit de parcourir le rayon finance d’une librairie pour comprendre ce que beaucoup d’investisseurs aimeraient trouver. Une méthode. Une formule. Une raccourci pour gagner en bourse Quelques règles suffisamment simples pour transformer un capital ordinaire en patrimoine important, si possible sans y consacrer vingt ou trente ans.

Les titres changent, la promesse beaucoup moins : devenir millionnaire, découvrir la méthode secrète des meilleurs investisseurs, identifier les actions qui vont exploser ou apprendre enfin ce que « les riches » sauraient et que les autres ignoreraient.

Je comprends très bien pourquoi cette promesse fonctionne. Le problème de l’investissement est qu’il existe réellement des gens qui se sont enrichis très vite. Certaines actions ont multiplié leur cours par dix ou cent. Certains investisseurs ont obtenu pendant plusieurs années des performances extraordinaires. Certains gérants ont effectivement battu les indices. On ne peut donc même pas dire que ce que l’on vous promet est impossible.

La difficulté est ailleurs : constater qu’une personne a gagné beaucoup d’argent ne vous dit pas encore pourquoi elle l’a gagné.

Et c’est probablement l’une des distinctions les plus importantes lorsqu’on investit.

Un bon résultat ne prouve pas une bonne méthode

Imaginez deux investisseurs qui commencent avec 100 000 euros. Le premier construit un portefeuille diversifié, maîtrise ses frais, étudie les risques qu’il prend et accepte de ne pas chercher la meilleure performance possible. Le second investit l’essentiel de son patrimoine dans trois valeurs technologiques qu’il estime promises à un avenir exceptionnel.

Cinq ans plus tard, le premier possède 145 000 euros et le second 300 000 euros.

Qui est le meilleur investisseur ?

La réponse paraît évidente jusqu’au moment où l’on modifie légèrement la question : lequel des deux avait la meilleure méthode au moment où la décision a été prise ? Là, c’est déjà beaucoup moins simple. Le deuxième investisseur a peut-être identifié avant tout le monde trois entreprises exceptionnelles. Il a peut-être aussi simplement pris énormément de risque au bon moment.

Le problème vient de ce que nous observons le résultat alors que nous devrions juger le processus qui l’a produit.

Cette distinction est assez inconfortable en bourse parce que le hasard peut récompenser une mauvaise décision et punir une bonne. Acheter une entreprise médiocre juste avant une offre publique d’achat peut produire une excellente performance. Acheter une excellente entreprise beaucoup trop cher peut produire un rendement décevant pendant plusieurs années. Dans le premier cas, votre compte-titres vous félicite alors que votre raisonnement était mauvais ; dans le second, il vous donne tort alors que votre analyse pouvait être raisonnable.

C’est précisément pour cette raison que les raccourcis sont si difficiles à identifier. À court terme, la chance ressemble beaucoup au talent.

Warren Buffett avait lui aussi besoin de chance

On résume souvent sa philosophie par deux règles devenues célèbres :

  • Règle n° 1 : ne perdez jamais d’argent.
  • Règle n° 2 : n’oubliez jamais la règle n° 1.

Il ne faut évidemment pas prendre cette formule au pied de la lettre. Berkshire Hathaway a connu des baisses importantes et Buffett a réalisé suffisamment de mauvais investissements pour consacrer régulièrement une partie de ses lettres aux actionnaires à ses propres erreurs. L’idée intéressante est plutôt l’asymétrie entre perdre et gagner : une perte de 50 % nécessite ensuite une hausse de 100 % simplement pour revenir au point de départ. La protection du capital n’est donc pas une obsession conservatrice ; elle découle des mathématiques de la capitalisation.

Ce qui me paraît encore plus intéressant chez Warren Buffett, est pourtant sa manière de parler de son propre succès. Il a régulièrement insisté sur le rôle de ce qu’il appelle la « loterie ovarienne » : être né au bon endroit, à la bonne époque, avec certaines aptitudes particulièrement valorisées par la société. À l’occasion de ses prises de parole récentes, il a encore attribué une partie de son parcours à la chance d’être né aux États-Unis en 1930.

Cela ne retire rien à son talent. Il faut simplement parvenir à tenir simultanément deux idées qui semblent contradictoires : Buffett est probablement l’un des investisseurs les plus compétents de l’histoire moderne, et Buffett a eu de la chance.

D’ailleurs, la chance ne se limite pas au pays dans lequel on naît. Pour un investisseur, elle intervient à plusieurs niveaux :

  • la période à laquelle il commence à investir ;
  • les entreprises ou classes d’actifs auxquelles il s’intéresse ;
  • la séquence des rendements qu’il rencontre ;
  • les crises qu’il traverse — ou évite — pendant les premières années ;
  • certaines rencontres et opportunités impossibles à prévoir.

Vous ne contrôlez pratiquement aucun de ces éléments. Pourtant, ils peuvent modifier considérablement votre patrimoine final.

Le piège : prendre la chance pour une compétence

Supposons que 10 000 personnes choisissent chacune quelques actions au hasard et recommencent l’expérience pendant plusieurs années. Même sans aucun talent particulier, certaines finiront nécessairement avec des résultats extraordinaires.

On parlera beaucoup de celles-là.

Les milliers d’autres disparaîtront simplement de notre champ de vision. Personne n’écrit un livre intitulé Comment j’ai sélectionné cinq actions et perdu la moitié de mon patrimoine. Celui qui a multiplié son capital par dix, en revanche, peut expliquer après coup pourquoi chacune de ses décisions était parfaitement rationnelle.

C’est un biais de survivance assez classique, mais ses conséquences pratiques sont importantes. Lorsqu’un investisseur, un fonds ou une méthode affiche une performance spectaculaire, la première question ne devrait pas être : « Comment puis-je faire la même chose ? » Il faudrait d’abord essayer de déterminer quelle part du résultat provient d’un avantage reproductible et quelle part peut raisonnablement être attribuée aux circonstances.

Le problème est que cette séparation demande du temps. Beaucoup de temps.

Une excellente année ne démontre pratiquement rien. Trois ou cinq années commencent à être intéressantes, mais peuvent encore correspondre à un environnement particulièrement favorable à une stratégie. Même dix années ne permettent pas toujours d’observer un cycle de marché complet. Une stratégie exposée à un facteur momentanément favorisé peut donner pendant longtemps l’impression que son gérant possède une capacité exceptionnelle.

C’est aussi une raison pour laquelle la performance passée doit être examinée avec davantage de précautions qu’on ne le fait généralement. Elle est indispensable pour étudier une stratégie. Elle ne suffit simplement pas à prouver que celui qui l’a obtenue saura la reproduire.

Même les professionnels ont du mal

On pourrait objecter qu’un particulier n’a pas besoin de devenir Warren Buffett. Il lui suffirait de trouver des investisseurs ou des gérants capables de battre régulièrement le marché et de leur confier son argent.

C’est justement là que la difficulté devient intéressante.

Les études SPIVA comparent depuis longtemps les fonds actifs à leurs indices de référence. Les résultats récents en Europe restent assez sévères : sur les dix années arrêtées à mi-2025, 98 % des fonds actions internationales libellés en euros avaient sous-performé leur indice de référence. Les proportions diffèrent selon les catégories et certaines sont nettement plus favorables à la gestion active, mais le phénomène général reste difficile à ignorer.

Les données arrêtées à fin 2025 racontent la même histoire avec davantage de nuances : la majorité des fonds actions actifs a sous-performé dans 18 des 21 catégories étudiées cette année-là, tandis que la gestion obligataire a obtenu des résultats plus contrastés.

Cela ne signifie évidemment pas qu’aucun gérant ne sait battre son indice. Certains y arrivent. Le véritable problème pour vous est de savoir lesquels vous êtes capable d’identifier avant qu’ils ne surperforment.

Cette précision change presque toute la question.

Choisir aujourd’hui le meilleur fonds des dix dernières années est facile. Choisir aujourd’hui celui qui figurera parmi les meilleurs en 2036 l’est beaucoup moins. Plus une stratégie repose sur votre capacité à distinguer à l’avance le talent de la chance, plus elle exige une compétence que l’on oublie souvent d’intégrer dans le calcul : votre propre capacité de sélection.

Le travail reste utile, mais pas comme on l’imagine

Dire que la chance compte pourrait conduire à la conclusion inverse : puisque les marchés sont incertains, autant ne rien étudier et acheter n’importe quoi. Ce serait évidemment absurde.

Le travail sert précisément à réduire la place que vous laissez au hasard.

Mais travailler davantage ne signifie pas nécessairement multiplier les analyses d’entreprises, suivre Bloomberg toute la journée ou passer ses soirées à rechercher la prochaine action capable de faire +500 %. Pour beaucoup d’investisseurs, le travail le plus rentable est probablement moins spectaculaire :

  • déterminer correctement leur allocation d’actifs ;
  • comprendre les risques contenus dans leur portefeuille ;
  • diversifier suffisamment les sources de rendement ;
  • réduire les frais et la fiscalité lorsque c’est possible ;
  • définir à l’avance les circonstances qui justifieraient réellement une modification du portefeuille.

Ce sont des tâches assez peu vendeuses. Aucune ne permet de promettre un doublement du capital l’année prochaine.

Elles présentent en revanche un avantage considérable : leur utilité dépend beaucoup moins de votre capacité à prévoir correctement le prochain mouvement du marché.

Une étude devenue classique de Brad Barber et Terrance Odean l’illustre assez bien. En étudiant plus de 66 000 comptes de particuliers américains, les chercheurs ont constaté que les investisseurs qui négociaient le plus obtenaient des performances nettement inférieures au marché. Dans leur échantillon, les ménages les plus actifs obtenaient 11,4 % par an quand le marché réalisait 17,9 %.

Il ne faut pas transformer ces chiffres, issus des années 1990, en loi universelle. Mais le mécanisme reste intéressant : agir davantage n’est pas synonyme de travailler davantage, et travailler davantage n’est pas automatiquement synonyme de mieux investir.

Parfois, le travail consiste justement à construire un portefeuille qui nécessite peu de décisions futures.

Le vrai raccourci est celui que vous ne pouvez pas choisir

Nous revenons donc à la formule de départ : intelligence, travail et chance.

Je la modifierais aujourd’hui.

L’intelligence aide, bien sûr, à condition de ne pas la confondre avec la capacité à produire des raisonnements compliqués. Le travail aide également, surtout lorsqu’il porte sur des décisions qui sont réellement sous votre contrôle. Quant à la chance, son rôle est probablement plus important qu’on ne souhaite généralement l’admettre.

Mais seule la chance constitue véritablement un raccourci.

Acheter Nvidia avant son envol spectaculaire était un raccourci vers un patrimoine beaucoup plus important. Investir massivement dans certaines valeurs technologiques avant leur effondrement en 2000 était un raccourci dans l’autre direction. Le problème apparaît immédiatement : vous ne savez lequel des deux vous empruntez qu’après avoir parcouru la route.

C’est pour cela que je me méfie davantage aujourd’hui des méthodes qui promettent des résultats extraordinaires que de celles qui paraissent presque ennuyeuses. Plus une stratégie exige une succession de bonnes prévisions pour fonctionner, plus le hasard dispose d’occasions de participer au résultat. Et plus le résultat est spectaculaire, plus nous sommes tentés, rétrospectivement, d’attribuer cette réussite au talent.

L’investisseur n’a donc pas intérêt à chercher comment supprimer la chance de son portefeuille — ce serait impossible. Il peut en revanche éviter de construire un plan qui a besoin d’avoir de la chance pour fonctionner. La différence est considérable. Un projet de retraite qui suppose 12 % de rendement annuel, un portefeuille concentré qui ne fonctionne que si trois entreprises deviennent dominantes ou une stratégie active qui exige de battre régulièrement le marché ne sont pas simplement ambitieux : ils font dépendre un objectif patrimonial d’événements dont la probabilité est difficile à estimer.

À l’inverse, lorsqu’un objectif reste atteignable avec des hypothèses de rendement raisonnables, une diversification suffisante et plusieurs scénarios de marché, la chance peut encore améliorer le résultat. Elle n’est simplement plus indispensable.

C’est peut-être finalement le seul enseignement utile à conserver de toutes ces histoires de formules magiques. Les raccourcis existent pour gagner en bourse, mais on ne peut les reconnaître qu’une fois qu’on les a empruntés. Avant cela, ils ressemblent exactement à ce qu’ils sont : des paris dont l’issue reste incertaine.

Chez Alti Patrimoine, construire un portefeuille consiste justement à faire en sorte que votre réussite ne dépende pas d’un coup du sort.