3 leçons de Steve Jobs qui peuvent transformer votre manière d’investir

3 leçons de Steve Jobs qui peuvent transformer votre manière d'investir

Lorsque Steve Jobs est décédé en 2011, les hommages se sont multipliés. Beaucoup célébraient le fondateur d’Apple, d’autres le visionnaire ou l’entrepreneur hors norme.

Avec le recul, je crois que l’essentiel est ailleurs.

Ce qui rend Steve Jobs intéressant pour un investisseur n’est pas seulement ce qu’il a construit. C’est la manière dont il prenait ses décisions. Derrière Apple, Pixar ou NeXT, on retrouve une façon très particulière d’aborder l’incertitude, l’échec et les convictions personnelles. Trois sujets qui concernent directement tout investisseur.

Il faut évidemment se méfier de la tentation de transformer les grands dirigeants en modèles absolus. Steve Jobs avait des qualités exceptionnelles, mais aussi des défauts bien documentés. L’objectif n’est donc pas d’imiter sa personnalité. C’est de comprendre certains mécanismes de réflexion qui restent étonnamment utiles lorsqu’il s’agit de gérer un patrimoine.

Beaucoup d’investisseurs cherchent de meilleures méthodes d’analyse. Ils gagneraient parfois davantage à améliorer leur manière de penser.

1. Ne craignez jamais l’échec

L’un des épisodes les plus connus de la vie de Steve Jobs reste son éviction d’Apple en 1985. Ironie de l’histoire : il est licencié de l’entreprise qu’il avait lui-même créée.

Sur le moment, cet épisode ressemble à un désastre.

Des années plus tard, lors de son célèbre discours à Stanford, il expliquera pourtant que cet échec avait finalement été « la meilleure chose » qui lui soit arrivée. Le poids du succès avait disparu. Il redevenait un débutant. Cette liberté retrouvée lui permit de créer NeXT, de développer Pixar puis, finalement, de revenir chez Apple avec une vision profondément renouvelée.

Ce qui est frappant, ce n’est pas qu’il ait échoué. Tous les entrepreneurs échouent un jour ou l’autre. Ce qui compte, c’est qu’il n’ait jamais construit son identité autour de cet échec.

En investissement, cette distinction est essentielle.

Beaucoup de particuliers vivent une mauvaise décision comme une remise en cause personnelle. Une action perd 40 %, un fonds déçoit, un marché s’effondre… et l’objectif devient aussitôt de prouver que l’on avait raison plutôt que de protéger son capital.

C’est probablement l’une des erreurs les plus coûteuses.

Les meilleurs investisseurs ne cherchent pas à avoir raison tout le temps. Ils savent qu’ils auront régulièrement tort. Leur véritable compétence consiste à reconnaître rapidement leurs erreurs, à en comprendre les causes et à préserver leur capacité à prendre la décision suivante.

Le marché ne récompense pas l’ego.

Il récompense la capacité à changer d’avis lorsque les faits changent.

C’est une différence subtile, mais elle transforme complètement la manière d’investir. Si vous acceptez qu’une partie de vos décisions sera mauvaise, vous cesserez de construire des portefeuilles qui supposent que tout se déroulera comme prévu. Vous laisserez davantage de place à la diversification, aux marges de sécurité et à l’humilité.

En réalité, la plupart des erreurs d’investissement coûtent beaucoup moins cher que l’obstination qui les suit.

2. Écoutez votre voix intérieure

L’autre idée que Steve Jobs répétait souvent concernait l’intuition.

Cette notion est parfois mal comprise. Certains y voient une invitation à décider sans réfléchir. Ce n’était évidemment pas son propos.

Lors de son discours de Stanford, il expliquait que notre temps est limité et qu’il ne fallait pas vivre selon les attentes des autres ni laisser le bruit des opinions extérieures étouffer sa propre voix.

Cette réflexion vaut aussi pour l’investissement.

Nous vivons dans un environnement où les avis sont permanents. Les chaînes d’information financière, les réseaux sociaux, les influenceurs, les podcasts, les newsletters… chacun possède une conviction très arrêtée sur ce qu’il faudrait acheter ou vendre.

Le problème n’est pas que ces opinions existent.

Le problème apparaît lorsque vous remplacez progressivement votre propre réflexion par celle des autres.

On le constate régulièrement lors des grandes phases d’euphorie. Les investisseurs finissent par acheter un actif non parce qu’ils en comprennent la valeur, mais parce que tout le monde semble convaincu qu’il va continuer à monter.

À l’inverse, pendant les crises, beaucoup vendent uniquement parce que les autres vendent.

Dans les deux cas, ils ne prennent plus réellement leurs décisions.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille ignorer les analyses extérieures. Bien au contraire. Lire, confronter des points de vue différents, écouter des spécialistes est indispensable.

Mais ces informations devraient nourrir votre réflexion, pas la remplacer.

Construire une stratégie d’investissement consiste précisément à développer ce filtre personnel qui permet de distinguer une bonne idée d’un simple effet de mode.

C’est sans doute l’un des actifs les plus précieux qu’un investisseur puisse développer.

3. Une vision ne vaut que si elle résiste au temps

Steve Jobs avait une qualité qui paraît presque banale lorsqu’on la résume par le mot « vision ». Pourtant, ce terme est souvent mal employé.

Une vision n’est pas une capacité à prédire l’avenir. C’est la faculté de rester cohérent suffisamment longtemps pour donner une chance à une idée de produire ses effets.

Apple en est probablement le meilleur exemple.

Lorsque l’iPhone est sorti en 2007, personne ne pouvait démontrer qu’il allait devenir l’un des produits les plus rentables de l’histoire. Il existait déjà des téléphones intelligents. Beaucoup d’observateurs considéraient même qu’Apple arrivait tard sur un marché déjà occupé.

La différence ne résidait pas dans la certitude du succès.

Elle résidait dans la conviction qu’un produit exceptionnel finirait par trouver son public, même si les premiers résultats ne permettaient pas encore de le prouver.

Cette logique est étonnamment proche de l’investissement.

Lorsque vous achetez un portefeuille d’ETF diversifiés ou des entreprises de grande qualité, vous ne disposez d’aucune garantie sur les deux ou trois prochaines années. Les marchés peuvent traverser une crise, rester longtemps sans direction ou afficher des performances médiocres.

Pourtant, la plupart des investisseurs ne remettent pas en cause leur stratégie parce qu’elle est devenue mauvaise. Ils la remettent en cause parce qu’elle ne produit pas assez vite les résultats qu’ils espéraient.

C’est une erreur très fréquente.

Changer régulièrement de stratégie empêche presque toujours de profiter pleinement des avantages de chacune. Une allocation d’actifs, un facteur comme le Value ou le Momentum, ou encore une approche passive mondiale peuvent connaître plusieurs années difficiles avant que leurs qualités réapparaissent.

Ce n’est pas forcément le signe que la stratégie ne fonctionne plus.

C’est parfois simplement le prix à payer pour bénéficier de ses avantages sur une période beaucoup plus longue.

Cette idée est inconfortable, parce qu’elle nous oblige à accepter une forme d’incertitude permanente. Nous aimerions disposer d’une méthode qui fonctionne immédiatement et dans toutes les configurations de marché.

Elle n’existe probablement pas.

Les meilleures stratégies d’investissement ne sont pas celles qui évitent toutes les périodes de doute. Ce sont celles que leur propriétaire est capable d’appliquer suffisamment longtemps.

Autrement dit, la difficulté ne consiste pas uniquement à construire un bon portefeuille.

Elle consiste à continuer de lui faire confiance lorsque plus personne ne semble y croire.

Les leçons les plus utiles dépassent largement Steve Jobs

Relire aujourd’hui les discours de Steve Jobs est un exercice intéressant, mais il faut résister à une tentation : croire que leur valeur vient de la personnalité de leur auteur.

En réalité, les trois idées évoquées ici ne deviennent pas vraies parce qu’elles ont été formulées par Steve Jobs.

Elles restent pertinentes parce qu’elles décrivent trois qualités que l’on retrouve chez beaucoup d’investisseurs performants.

On pourrait les résumer ainsi :

  • accepter de se tromper sans remettre en cause toute sa stratégie ;
  • construire un jugement personnel plutôt que suivre les opinions dominantes ;
  • rester fidèle à une vision suffisamment longtemps pour lui permettre de produire ses effets.

Ces principes paraissent simples lorsqu’on les lit.

Ils le sont beaucoup moins lorsqu’il faut les appliquer avec son propre argent.

Car l’investissement ne se résume jamais à une suite de calculs. Il mobilise des émotions, des biais cognitifs, des périodes de doute et parfois des années durant lesquelles rien ne semble fonctionner comme prévu.

C’est précisément dans ces moments que la discipline devient plus importante que les connaissances techniques.

Je constate d’ailleurs que les investisseurs expérimentés ne prennent pas toujours de meilleures décisions parce qu’ils disposent de davantage d’informations. Ils prennent souvent de meilleures décisions parce qu’ils savent quelles informations ignorer.

Cette capacité à filtrer le bruit, à accepter l’incertitude et à conserver une ligne de conduite cohérente produit généralement davantage de valeur que la recherche permanente du prochain investissement « exceptionnel ».

Au fond, c’est peut-être cela que Steve Jobs rappelle encore aujourd’hui.

Les résultats exceptionnels ne viennent pas uniquement d’idées exceptionnelles. Ils viennent aussi d’une capacité peu commune à rester cohérent lorsque l’environnement pousse tout le monde à changer de direction.

Chez Alti Patrimoine, cette cohérence se construit en aidant chaque investisseur à conserver le cap lorsque les marchés rendent les bonnes décisions particulièrement difficiles.

Si vous ne l’avez jamais vu, le discours de remise des diplômes prononcé par Steve Jobs à Stanford en 2005 mérite encore d’être regardé aujourd’hui. Plus de vingt ans après, plusieurs des idées qu’il développe résonnent toujours avec les défis auxquels tout investisseur est confronté :

Discours de Steve Jobs lors de la cérémonie de remise des diplômes de Stanford en 2005