Vos actions peuvent-elles vraiment vous protéger contre l’inflation ?

Les actions peuvent vaincre l'inflation

Les Américains sont de plus en plus forts. Il y a vingt ans, il fallait deux personnes pour porter dix dollars de courses. Aujourd’hui, un enfant de cinq ans peut le faire.

Cette plaisanterie d’Henny Youngman fait sourire. Pourtant, elle résume parfaitement un phénomène auquel aucun investisseur n’échappe : l’argent perd progressivement de sa valeur.

L’inflation est devenue tellement banale que nous avons fini par nous y habituer. Quelques centimes de plus sur un café, une hausse discrète de la facture d’électricité, une augmentation annuelle des primes d’assurance… Pris isolément, ces écarts paraissent anodins. Mis bout à bout pendant vingt ou trente ans, ils changent complètement la valeur réelle de notre patrimoine.

C’est précisément pour cette raison que l’investissement existe.

Car au fond, investir n’a jamais consisté à accumuler le plus d’argent possible. Il s’agit surtout d’empêcher son pouvoir d’achat de s’éroder au fil du temps.

Et c’est là qu’apparaît une idée largement répandue : les actions protégeraient naturellement contre l’inflation.

L’affirmation contient une part de vérité. Mais seulement une part.

Une entreprise ne profite pas automatiquement de l’inflation

Le raisonnement paraît pourtant logique.

Si tout augmente, les entreprises augmentent leurs prix. Si leurs prix augmentent, leurs bénéfices progressent. Si leurs bénéfices progressent, leurs actions montent également.

Malheureusement, l’économie fonctionne rarement de manière aussi linéaire.

Lorsqu’une période inflationniste s’installe, les entreprises voient effectivement leurs coûts augmenter : matières premières, énergie, salaires, transport, financement… Tout devient plus cher.

La véritable question n’est donc pas de savoir si leurs coûts augmentent.

Elle est de savoir si elles peuvent faire payer cette hausse à leurs clients.

Autrement dit : disposent-elles d’un véritable pouvoir de fixation des prix ?

C’est probablement l’une des caractéristiques les plus importantes qu’un investisseur puisse rechercher lorsqu’il analyse une entreprise.

Prenons deux exemples très différents.

Une société qui vend un médicament breveté, un logiciel indispensable ou une marque de luxe dispose souvent d’une clientèle peu sensible à une hausse modérée des prix. Elle peut absorber une partie de l’inflation sans dégrader significativement sa rentabilité.

À l’inverse, une entreprise qui vend un produit totalement interchangeable, dans un secteur extrêmement concurrentiel, aura beaucoup plus de difficultés. Si elle augmente ses tarifs, ses clients iront simplement chez un concurrent.

L’inflation ne pénalise donc pas toutes les entreprises de la même manière.

Elle agit comme un révélateur de leur qualité économique.

Toutes les entreprises finissent par rencontrer une limite

Même les entreprises les plus solides ne disposent cependant pas d’un pouvoir illimité.

Une marque peut augmenter ses prix de 3 %, parfois de 5 %. Mais si les revenus des consommateurs stagnent pendant que l’ensemble des prix s’envolent, les arbitrages commencent.

On reporte un achat.

On choisit une gamme inférieure.

On espace certains renouvellements.

Autrement dit, le pouvoir de fixation des prix existe… jusqu’au moment où le client ne suit plus.

C’est pourquoi il est dangereux de croire que les bénéfices des entreprises augmentent automatiquement avec l’inflation.

Certaines y résistent remarquablement.

D’autres voient leurs marges s’effondrer.

Et beaucoup alternent entre ces deux situations selon le contexte économique.

Les marchés anticipent bien avant les bénéfices

Un autre point est souvent oublié.

Même lorsqu’une entreprise parvient à préserver ses bénéfices, cela ne signifie pas que son cours de Bourse progressera immédiatement.

Les marchés financiers n’attendent pas les résultats.

Ils essaient de les anticiper.

Or, les périodes de forte inflation s’accompagnent généralement d’un autre phénomène : la remontée des taux d’intérêt.

Cette hausse des taux modifie la valorisation de pratiquement toutes les classes d’actifs.

Les obligations deviennent plus attractives.

Le coût du financement augmente.

Les investisseurs exigent davantage de rendement des actions.

Résultat : une entreprise peut afficher des bénéfices en hausse tout en voyant son cours reculer, simplement parce que les marchés valorisent différemment ses profits futurs.

C’est exactement ce qui s’est produit en 2022.

De nombreuses entreprises continuaient à publier des résultats solides, tandis que leurs valorisations diminuaient fortement sous l’effet de la remontée rapide des taux directeurs.

L’inflation agit donc sur plusieurs mécanismes à la fois.

Elle influence les bénéfices des entreprises.

Mais elle influence aussi la façon dont ces bénéfices sont valorisés.

Pourquoi les actions restent malgré tout un excellent rempart

Faut-il en conclure que les actions protègent mal contre l’inflation ?

Pas vraiment.

Simplement, elles ne le font pas pour la raison que l’on imagine.

Lorsqu’on achète une action, on n’achète pas uniquement des bénéfices.

On devient propriétaire d’une fraction d’une entreprise.

Et une entreprise possède généralement des actifs réels.

Des usines.

Des brevets.

Des marques.

Des terrains.

Des réseaux de distribution.

Des logiciels.

Tous ces actifs voient souvent leur valeur augmenter, directement ou indirectement, lorsque les prix progressent dans l’économie.

À très long terme, cette capacité d’adaptation explique pourquoi les actions ont historiquement mieux résisté à l’inflation que les placements purement monétaires.

Ce n’est pas parce qu’elles sont immunisées.

C’est parce qu’elles représentent une participation dans l’économie réelle.

À l’inverse, conserver durablement son patrimoine en liquidités revient à posséder un actif dont la valeur nominale reste identique alors que tout ce que l’on souhaite acheter devient progressivement plus cher.

Le compte bancaire donne une impression de stabilité.

Le pouvoir d’achat, lui, suit une trajectoire bien différente.

Le véritable objectif n’est pas de battre l’inflation une année

Beaucoup d’investisseurs raisonnent à l’échelle de quelques mois.

L’inflation atteint 5 % cette année.

Le portefeuille progresse de 8 %.

Mission accomplie.

Ce raisonnement est trompeur.

L’inflation, comme les marchés financiers, évolue par cycles.

Certaines années, les actions feront beaucoup mieux.

D’autres années, elles feront nettement moins bien.

Ce qui compte réellement, c’est la capacité du portefeuille à préserver votre pouvoir d’achat sur plusieurs décennies.

Car votre retraite ne dépendra pas des performances de 2027.

Elle dépendra de l’accumulation de rendements réels pendant vingt ou trente ans.

C’est précisément pour cette raison que l’investisseur patient bénéficie d’un avantage considérable.

Il laisse le temps aux entreprises de s’adapter.

Il laisse les bénéfices croître.

Et surtout, il évite de prendre des décisions dictées par un environnement économique temporairement défavorable.

Les meilleures protections contre l’inflation ne ressemblent pas toujours à ce que l’on imagine

Lorsqu’une forte inflation apparaît, beaucoup cherchent immédiatement un actif miracle.

L’or.

L’immobilier.

Les matières premières.

Les actions.

En réalité, aucun actif ne protège parfaitement contre tous les épisodes inflationnistes.

Chaque période possède ses particularités.

L’inflation des années 1970 n’avait pas les mêmes causes que celle observée après la pandémie.

Les réactions des banques centrales n’ont pas été identiques.

Les performances des différentes classes d’actifs non plus.

Chercher un placement capable de battre systématiquement l’inflation revient probablement à poursuivre un objectif impossible.

En revanche, construire un portefeuille diversifié composé d’actifs capables de créer de la valeur dans différents environnements économiques constitue une démarche beaucoup plus robuste.

Les actions y occupent une place essentielle.

Pas parce qu’elles sont infaillibles.

Parce qu’elles restent l’un des rares actifs capables de faire croître durablement un patrimoine au-delà de la simple hausse des prix.

Comme le résumait Warren Buffett :

Les actions restent probablement la meilleure des mauvaises protections contre l’inflation… à condition de ne pas les payer n’importe quel prix.

Cette précision est importante.

Une excellente entreprise achetée beaucoup trop cher peut produire un rendement médiocre pendant de longues années.

À l’inverse, une entreprise de qualité acquise à une valorisation raisonnable offre davantage de chances de préserver votre pouvoir d’achat sur le long terme.

L’inflation ne disparaîtra probablement jamais complètement.

La véritable question n’est donc pas de savoir comment l’éviter, mais comment construire un patrimoine capable de continuer à avancer malgré elle.

Et c’est précisément le type de réflexion que nous menons chaque jour chez Alti Patrimoine, bien au-delà des performances affichées sur un graphique.