
Nous avons tendance à croire que les meilleurs investisseurs sont ceux qui en font le plus. Ils lisent tous les livres, suivent les marchés quotidiennement, analysent les entreprises jusque tard dans la nuit et réagissent rapidement à chaque nouvelle information.
Cette vision paraît logique. Dans la plupart des domaines, les résultats récompensent le travail, l’effort et la persévérance. Pourquoi l’investissement ferait-il exception ?
Pourtant, c’est précisément là que beaucoup d’investisseurs se trompent.
Il existe bien sûr des professionnels dont le métier consiste à analyser les marchés en permanence. Mais pour un particulier qui cherche à construire son patrimoine, la réussite ne dépend généralement pas d’une activité plus intense. Elle dépend souvent de la capacité à ne pas intervenir lorsque rien ne justifie une intervention.
Jack Bogle, le fondateur de Vanguard, résumait cette idée avec une formule devenue célèbre :
Don’t do something. Just stand there.
Autrement dit : n’agissez pas simplement parce que vous ressentez le besoin d’agir.
C’est probablement l’un des conseils les plus difficiles à suivre.
Pourquoi l’investissement récompense rarement les plus actifs
Notre cerveau associe naturellement l’action à la maîtrise.
Lorsque les marchés deviennent volatils, nous avons envie de reprendre le contrôle : modifier notre allocation, chercher un meilleur ETF, remplacer un fonds, vendre avant que la situation ne s’aggrave ou acheter avant que tout le monde ne le fasse.
Cette réaction est profondément humaine.
Le problème est que les marchés financiers sont parmi les rares environnements où cette envie de contrôler les événements produit souvent l’effet inverse.
Aujourd’hui, une information circule dans le monde entier en quelques secondes. Lorsqu’une entreprise publie un excellent résultat, lorsqu’une innovation apparaît ou lorsqu’un risque économique devient évident, des milliers de professionnels l’ont déjà intégrée dans leurs décisions avant que la plupart des investisseurs particuliers aient ouvert leur application.
Autrement dit, les opportunités évidentes le restent rarement longtemps.
Chercher constamment « la prochaine bonne idée » conduit souvent à acheter plus cher des actifs déjà très appréciés ou à modifier un portefeuille qui fonctionnait pourtant correctement.
Je constate régulièrement que les investisseurs qui obtiennent les meilleurs résultats ne sont pas ceux qui prennent le plus de décisions. Ce sont souvent ceux qui prennent quelques bonnes décisions… puis leur laissent le temps de produire leurs effets.
Le temps est un actif à part entière. Malheureusement, il est impossible d’en profiter lorsque l’on remet son portefeuille en question tous les trois mois.
Ce qui distingue réellement les meilleurs investisseurs
Il y a plusieurs années, les auteurs Richard Buck et Paul Merriman avaient interrogé les conseillers d’un important cabinet de gestion de patrimoine afin d’identifier les caractéristiques communes de leurs meilleurs clients.
Leur constat est intéressant.
Les investisseurs les plus performants ne se distinguaient ni par leur intelligence, ni par leur profession, ni par leur niveau de revenus.
Deux éléments revenaient systématiquement :
- Des habitudes.
- Des attitudes.
Cette distinction me paraît toujours pertinente aujourd’hui.
Les performances d’un portefeuille dépendent évidemment de la qualité de son allocation. Mais la capacité à conserver cette allocation pendant vingt ou trente ans dépend avant tout du comportement de l’investisseur.
Et c’est souvent là que tout se joue.
Les attitudes qui permettent de traverser les cycles
La première qualité est sans doute la confiance dans le long terme.
Non pas une confiance aveugle selon laquelle les marchés montent toujours sans interruption. Les crises reviendront. Les récessions aussi. Les périodes de doute également.
La véritable confiance consiste à croire que les entreprises continueront globalement à créer de la valeur sur plusieurs décennies malgré ces épisodes.
Cette conviction permet de regarder différemment les baisses de marché.
L’investisseur inquiet voit une catastrophe.
L’investisseur préparé voit un épisode normal dans une trajectoire beaucoup plus longue.
Vient ensuite la résilience.
Tous les portefeuilles connaissent des périodes décevantes.
Même un portefeuille parfaitement construit peut traverser plusieurs années sans produire les résultats espérés. Les actions américaines ont connu des décennies médiocres. Les petites capitalisations également. Les obligations ont subi leur pire crise depuis plusieurs décennies en 2022.
Personne n’est à l’abri.
La différence ne vient donc pas de l’absence de difficultés mais de la manière dont on les traverse.
Abandonner une stratégie juste après une période difficile est probablement l’une des erreurs les plus coûteuses en investissement.
Une autre attitude me paraît essentielle : la capacité à conserver une perspective.
Les marchés ont cette capacité extraordinaire à rendre l’instant présent extrêmement important.
Chaque crise semble exceptionnelle lorsqu’on la vit.
Chaque hausse paraît annoncer un nouveau monde.
Chaque innovation donne l’impression que tout ce qui existait auparavant devient obsolète.
Avec quelques années de recul, la plupart de ces certitudes paraissent pourtant beaucoup moins évidentes.
Prendre du recul permet souvent de distinguer le bruit de fond des véritables changements structurels.
Enfin, il y a la patience.
On parle beaucoup d’intelligence financière.
À mon sens, la patience explique davantage de performances que l’intelligence.
Les intérêts composés demandent du temps.
Les entreprises mettent du temps à se développer.
Les stratégies factorielles mettent parfois dix ans avant de retrouver leur avantage historique.
Même une bonne allocation peut connaître de longues périodes de sous-performance relative.
Celui qui attend suffisamment longtemps finit souvent par récolter ce que celui qui change constamment de stratégie abandonne quelques mois trop tôt.
Les habitudes qui construisent réellement un patrimoine
Les attitudes créent un état d’esprit.
Les habitudes créent les résultats.
La première est presque universelle chez les investisseurs qui réussissent : investir régulièrement.
Automatiser son épargne est probablement l’une des meilleures décisions qu’un investisseur puisse prendre.
Chaque versement devient une décision en moins.
On investit lorsque les marchés montent.
On investit lorsqu’ils baissent.
On évite ainsi de transformer chaque mois en débat intérieur sur le bon moment pour entrer.
La deuxième habitude consiste à vivre légèrement en dessous de ses moyens.
Cela paraît éloigné de l’investissement.
En réalité, c’est souvent ce qui rend l’investissement possible.
Le rendement est une variable incertaine.
Le taux d’épargne, lui, dépend largement de nos choix.
Chercher un portefeuille capable de produire 1 % de rendement supplémentaire tout en conservant un niveau de dépenses excessif revient souvent à chercher une solution complexe à un problème beaucoup plus simple.
Enfin, les meilleurs investisseurs apprennent progressivement à reconnaître leurs émotions.
Ils ressentent eux aussi la peur pendant les crises.
Ils éprouvent eux aussi de l’euphorie lorsque tout monte.
La différence est qu’ils construisent une méthode destinée précisément à empêcher ces émotions de devenir des décisions :
- Une allocation cible
- Des règles de rééquilibrage
- Des versements programmés
- Des objectifs clairement définis
Plus les décisions importantes sont prises à l’avance, moins les émotions ont d’occasions d’intervenir au mauvais moment.
La perfection n’existe pas
Il existe une idée implicite qui fait beaucoup de mal aux investisseurs.
Celle selon laquelle il faudrait réussir toutes ses décisions.
- Trouver les meilleurs ETF
- Choisir l’allocation la plus adaptée
- Entrer au bon moment
- Ne jamais vendre trop tôt
- Ne jamais se tromper
Cette recherche permanente de perfection pousse souvent à modifier sans cesse son portefeuille.
Pourtant, aucun investisseur sérieux ne prend exclusivement de bonnes décisions.
Même les meilleurs gérants traversent des périodes de sous-performance.
Même Warren Buffett reconnaît avoir commis de nombreuses erreurs.
L’objectif n’est donc pas d’éviter toutes les mauvaises décisions.
Il est de construire un processus suffisamment robuste pour qu’elles ne remettent jamais en cause l’ensemble de votre stratégie.
Un portefeuille imparfait conservé pendant vingt ans produit généralement de meilleurs résultats qu’un portefeuille théoriquement parfait… mais remplacé tous les deux ans.
C’est une idée qui mérite d’être rappelée à une époque où chaque nouvelle vidéo promet une stratégie « révolutionnaire », un ETF « imbattable » ou la prochaine classe d’actifs incontournable.
Le meilleur investisseur est souvent celui qui reste cohérent
Au fond, les qualités qui distinguent les meilleurs investisseurs ressemblent beaucoup à celles que l’on retrouve dans d’autres domaines de la vie.
- La discipline
- La patience
- La capacité à accepter l’incertitude
- La cohérence entre les décisions prises aujourd’hui et les objectifs poursuivis dans vingt ans
Ce ne sont pas des qualités spectaculaires.
Elles ne font pas les gros titres.
Mais elles expliquent une grande partie des patrimoines construits sur plusieurs décennies.
L’investissement récompense moins ceux qui cherchent constamment à battre le marché que ceux qui évitent de se battre contre leur propre comportement.
Et c’est souvent là que commence le véritable travail d’un conseiller : non pas trouver le placement parfait, mais construire une stratégie que vous serez encore capable de suivre lorsque les marchés mettront votre patience à l’épreuve.
Chez Alti Patrimoine, c’est finalement ces habitudes et attitudes que nous cherchons à rendre plus facile.