
Il existe une idée très répandue chez les investisseurs : plus on possède de connaissances financières, meilleur on devient en Bourse.
À première vue, cela paraît évident.
Les marchés sont complexes. Ils parlent de valorisation, de taux d’intérêt, de primes de risque, de produits dérivés ou encore de macroéconomie. Il semble donc logique que celui qui maîtrise tous ces sujets investisse mieux que les autres.
Pourtant, lorsque l’on observe les résultats obtenus dans le monde réel, cette relation est beaucoup moins évidente qu’on ne l’imagine.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si certains des plus grands accidents financiers ont été provoqués par des personnes qui connaissaient parfaitement la théorie.
Le jour où les meilleurs experts du monde se sont trompés
À la fin des années 1990, le fonds américain Long-Term Capital Management (LTCM) était considéré comme l’élite absolue de la finance.
Son fondateur, John Meriwether, était une référence sur les marchés obligataires. Deux prix Nobel d’économie, Myron Scholes et Robert Merton, participaient directement à l’aventure. Les modèles mathématiques utilisés étaient parmi les plus sophistiqués de leur époque.
Les premières années furent spectaculaires.
Le fonds affichait des performances annuelles dépassant 40 % après frais. Beaucoup y voyaient la preuve qu’une connaissance extrêmement poussée des marchés permettait enfin de les maîtriser.
Puis tout s’est arrêté.
En quelques mois seulement, la crise financière russe de 1998 fit voler en éclats les hypothèses utilisées par leurs modèles. LTCM perdit environ 4,6 milliards de dollars. Les positions étaient si importantes que la Réserve fédérale américaine dut organiser un sauvetage afin d’éviter une crise systémique.
Le problème n’était pas un manque d’intelligence.
Le problème était de croire que cette intelligence suffisait.
Comme l’explique Roger Lowenstein dans When Genius Failed, les dirigeants du fonds étaient progressivement convaincus que leurs modèles décrivaient suffisamment bien le monde pour rendre leurs erreurs improbables.
C’est précisément cette certitude qui les a rendus vulnérables.
Ce que l’éducation financière apporte… et ce qu’elle n’apporte pas
Il faut être clair : apprendre la finance est utile.
Comprendre ce qu’est une action, une obligation, un ETF, la diversification ou les frais permet déjà d’éviter une quantité impressionnante d’erreurs.
Mais cette connaissance ne garantit absolument pas de meilleurs résultats.
Parce qu’investir n’est pas seulement un exercice intellectuel.
C’est aussi une succession de décisions prises dans un environnement où l’incertitude est permanente.
Vous pouvez parfaitement comprendre les marchés et vendre votre portefeuille au pire moment parce que la peur prend le dessus.
Vous pouvez connaître tous les ratios de valorisation d’une entreprise et payer beaucoup trop cher une action parce que tout le monde en parle.
Vous pouvez savoir qu’il faut diversifier… puis concentrer malgré tout votre portefeuille sur quelques valeurs « dont vous êtes sûr ».
Autrement dit, connaître la bonne décision et être capable de l’appliquer sont deux choses très différentes.
Le véritable danger : croire que l’on devient moins faillible
L’éducation financière produit un effet secondaire rarement évoqué.
Elle augmente souvent notre confiance plus vite que notre capacité à prendre de bonnes décisions.
Ce phénomène est bien connu en psychologie. Lorsqu’on commence à maîtriser un sujet, on peut facilement surestimer son niveau réel de compétence. Les marchés financiers sont particulièrement propices à cette illusion, car les bons résultats obtenus pendant quelques années peuvent être dus autant à un contexte favorable qu’à une véritable qualité d’analyse.
C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi certaines victimes d’escroqueries financières ne sont pas les moins éduquées.
Plusieurs travaux ont montré que les investisseurs ayant un bon niveau d’études ou une certaine culture financière ne recherchent pas toujours davantage de conseils. Ils pensent parfois être suffisamment compétents pour détecter seuls les pièges.
Le problème n’est donc pas le manque de connaissances.
Le problème est de perdre progressivement la conscience de ses propres limites.
Et c’est exactement ce qui conduit aux erreurs les plus coûteuses.
Les marchés récompensent rarement celui qui paraît le plus brillant
Lorsque j’échange avec des investisseurs, je constate souvent une confusion entre deux qualités.
La première consiste à comprendre les marchés.
La seconde consiste à construire un portefeuille robuste.
Ces deux compétences ne sont pas identiques.
La première demande beaucoup de connaissances.
La seconde demande surtout de la discipline.
Les meilleurs investisseurs ne cherchent pas forcément à prévoir l’économie mieux que les autres. Ils mettent en place une méthode qu’ils seront capables d’appliquer pendant vingt ou trente ans, y compris lorsque les marchés traverseront des périodes très difficiles.
À l’inverse, beaucoup d’investisseurs très cultivés passent leur temps à vouloir anticiper le prochain mouvement des marchés, convaincus que leurs connaissances leur permettront d’éviter les baisses.
Les statistiques montrent pourtant que les tentatives répétées de timing détruisent souvent davantage de performance qu’elles n’en créent.
L’intelligence émotionnelle compte au moins autant
Si je devais citer une qualité plus importante que la culture financière, ce serait probablement celle-ci : la capacité à gérer ses émotions.
Les marchés mettent régulièrement les investisseurs face à des situations inconfortables.
Une chute de 30 %, un krach inattendu, une bulle spéculative, une forte inflation ou une crise géopolitique donnent toujours l’impression que « cette fois, c’est différent ».
Dans ces moments-là, les connaissances techniques deviennent secondaires.
La vraie question est beaucoup plus simple.
Êtes-vous capable de continuer à appliquer votre stratégie alors que tout votre environnement vous pousse à faire l’inverse ?
C’est souvent là que se crée l’écart entre les investisseurs qui obtiennent de bons résultats et ceux qui abandonnent leur plan.
Le meilleur investisseur n’est pas celui qui en sait le plus
L’objectif de l’éducation financière n’est donc pas de devenir plus intelligent que le marché.
Il est de comprendre suffisamment son fonctionnement pour éviter les erreurs les plus prévisibles.
Une fois ce socle acquis, la différence ne se joue plus principalement sur les connaissances, mais sur le comportement.
Accepter que l’on puisse se tromper.
Diversifier même lorsque l’on est convaincu d’avoir raison.
Reconnaître que l’avenir reste imprévisible.
Et construire un portefeuille qui n’a pas besoin que toutes vos anticipations soient justes pour atteindre vos objectifs.
Les marchés financiers récompensent rarement celui qui croit avoir toujours raison. Ils récompensent beaucoup plus souvent celui qui organise son portefeuille en partant du principe qu’il aura parfois tort.
Et c’est précisément cette manière d’investir qu’Alti Patrimoine cherche à construire avec ses clients.