
La plupart des investisseurs pensent que tout commence par une bonne décision. Choisir le bon ETF, sélectionner les bonnes actions, acheter au bon moment ou découvrir la stratégie qui fera mieux que les autres.
Cette recherche est compréhensible. Après tout, si un investissement rapporte davantage qu’un autre, il paraît logique de concentrer ses efforts sur ce choix.
Pourtant, lorsque j’observe les portefeuilles sur plusieurs décennies, je constate que les écarts de patrimoine proviennent rarement d’une décision exceptionnelle. Ils sont beaucoup plus souvent la conséquence de centaines de décisions ordinaires, prises de manière cohérente.
Autrement dit, la différence entre un investisseur qui construit progressivement un patrimoine conséquent et un autre qui abandonne en cours de route tient moins à son intelligence qu’à ses habitudes.
C’est une idée moins séduisante. Les habitudes n’ont rien de spectaculaire. Elles ne promettent ni enrichissement rapide ni méthode secrète. Elles produisent simplement des résultats qui s’accumulent avec le temps.
Et c’est précisément ce qui les rend si puissantes.
La volonté ne résiste pas toujours à la réalité
Beaucoup de personnes abordent l’investissement avec une forte motivation.
Elles décident d’épargner davantage, de suivre les marchés, de devenir plus disciplinées. Pendant quelques semaines ou quelques mois, tout fonctionne.
Puis la vie reprend ses droits.
Un crédit immobilier devient plus lourd à supporter. Une dépense imprévue apparaît. Les marchés chutent de 20 %. Les médias annoncent une récession. Les réseaux sociaux regorgent de promesses d’enrichissement rapide.
À cet instant, la motivation laisse souvent place aux émotions.
Le problème n’est pas un manque d’intelligence. C’est que la volonté est une ressource limitée. Elle fluctue selon le stress, la fatigue, les contraintes professionnelles ou familiales. Construire une stratégie d’investissement uniquement sur la motivation revient à bâtir une maison sur des fondations qui changent constamment.
L’investissement n’est pas un sprint.
C’est un processus qui peut durer trente ou quarante ans. Dans ces conditions, ce ne sont pas les décisions exceptionnelles qui comptent le plus, mais les comportements que vous répétez sans avoir besoin d’y penser.
Les habitudes réduisent le nombre de mauvaises décisions
On parle souvent des bonnes habitudes comme d’un moyen de faire mieux.
Je les considère surtout comme un moyen de faire moins d’erreurs.
Car la plupart des destructions de patrimoine ne viennent pas d’un mauvais ETF ou d’une mauvaise action. Elles proviennent d’erreurs répétées : vendre dans la panique, investir sans comprendre, rechercher les performances passées, prendre un risque excessif ou modifier sa stratégie tous les deux ans.
Une bonne habitude agit comme un garde-fou.
Elle limite les décisions prises sous le coup de l’émotion et vous évite de repartir de zéro à chaque nouvelle crise.
Les habitudes qui comptent vraiment
Toutes les habitudes n’ont évidemment pas le même impact. Certaines ont pourtant tendance à revenir chez les investisseurs qui obtiennent de bons résultats sur le long terme.
Parmi elles :
- Lire régulièrement des ouvrages de référence, des rapports annuels ou les lettres aux actionnaires de dirigeants comme Warren Buffett afin d’améliorer progressivement son jugement.
- Chercher d’abord à éviter une perte permanente de capital avant de rechercher une performance exceptionnelle.
- Évaluer systématiquement le risque d’un investissement avant d’en estimer le rendement potentiel. Une question simple suffit souvent : que se passe-t-il si je me trompe complètement ?
- Prendre le temps d’étudier un investissement avant d’y consacrer son argent.
- Investir régulièrement sans chercher à prévoir les prochains mouvements des marchés.
- Reconnaître rapidement une erreur lorsqu’elle est démontrée, plutôt que de chercher à la justifier.
- Développer la patience nécessaire pour laisser le temps aux intérêts composés de produire leurs effets.
- Accepter que les émotions existent, sans leur laisser le pouvoir de piloter le portefeuille.
- Assumer l’entière responsabilité de ses décisions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.
Aucune de ces habitudes ne garantit des performances extraordinaires.
En revanche, leur accumulation augmente fortement les probabilités d’obtenir de bons résultats sur plusieurs décennies.
C’est une différence importante. En investissement, on ne contrôle jamais les performances futures des marchés. On contrôle en revanche la qualité de son processus de décision.
Les habitudes créent un avantage concurrentiel
Les marchés changent.
Les taux d’intérêt évoluent. Les secteurs à la mode se succèdent. Les valorisations montent puis redescendent. Les réglementations fiscales sont modifiées.
Vos habitudes, elles, peuvent rester identiques pendant quarante ans.
Si vous prenez systématiquement le temps d’analyser un investissement avant d’agir, cette compétence restera utile quels que soient les marchés.
Si vous investissez régulièrement sans tenter de prédire les points hauts et les points bas, cette discipline restera pertinente quelles que soient les crises.
Si vous acceptez d’apprendre de vos erreurs plutôt que de les nier, chaque erreur améliorera progressivement vos décisions futures.
Autrement dit, les habitudes constituent probablement l’un des rares avantages concurrentiels qu’aucun marché baissier ne peut vous retirer.
Inutile de devenir quelqu’un d’autre
Aristote écrivait :
Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée. L’excellence n’est donc pas un acte, mais une habitude.
Aristote
Etre ce que l’on fait. Cette idée reste étonnamment actuelle lorsqu’on parle d’investissement.
Beaucoup d’épargnants pensent qu’ils réussiront lorsqu’ils auront davantage de connaissances, davantage de capital ou davantage de temps.
Ces éléments aident, bien sûr. Mais ils arrivent souvent après les bonnes habitudes, pas avant.
Un investisseur qui lit régulièrement, continue d’investir pendant les périodes difficiles, remet ses convictions en question et respecte sa stratégie possède déjà des comportements que beaucoup de patrimoines importants ont été construits en reproduisant année après année.
L’inverse est tout aussi vrai. Un excellent niveau de revenus ne compense pas durablement de mauvaises habitudes d’investissement.
Le véritable enseignement n’est donc pas que les habitudes rendent plus discipliné. Il est qu’elles remplacent progressivement les décisions improvisées par un processus reproductible. Et, sur plusieurs décennies, c’est souvent ce processus qui construit le patrimoine bien plus que la recherche permanente du prochain investissement gagnant.
Chez Alti Patrimoine, c’est aussi dans cette logique que s’inscrit l’accompagnement : non pas de chercher le « bon produit » du moment, mais construire un cadre de décision suffisamment solide pour continuer à prendre de bonnes décisions lorsque les marchés, eux, deviennent beaucoup moins rationnels.