
Nous avons tendance à considérer qu’un problème est quelque chose qui devrait disparaître. Pourtant, dans la plupart des domaines, les personnes expérimentées ne vivent pas avec moins de difficultés que les autres. Elles vivent avec des difficultés auxquelles elles se sont préparées.
Personne ne s’étonne qu’un marin rencontre des tempêtes, qu’un agriculteur subisse une mauvaise récolte ou qu’un entrepreneur traverse des périodes de ralentissement. Ces événements ne sont pas agréables, mais ils font partie du métier. L’expérience ne consiste pas à les éviter. Elle consiste à construire une activité capable de les supporter.
L’investissement obéit exactement à la même logique. Les corrections, les marchés baissiers et les krachs ne sont pas des anomalies. Ils constituent le fonctionnement normal des marchés. La véritable question n’est donc pas de savoir comment les éviter, mais si votre stratégie est construite pour continuer d’exister lorsqu’ils surviennent.
Ce n’est pas la volatilité qui fait souffrir les investisseurs
La plupart des investisseurs pensent que le risque principal est la baisse des marchés.
En réalité, la baisse n’est souvent que le révélateur d’un problème plus profond : ils ne s’attendaient pas vraiment à ce qu’elle arrive.
Sur le papier, tout le monde sait que les actions peuvent perdre 30 %, 40 % ou même davantage. Mais connaître un chiffre et être capable de continuer à investir pendant qu’il se produit sont deux choses très différentes.
Chaque krach rappelle cette réalité.
En mars 2020, beaucoup d’investisseurs ont découvert que leur tolérance au risque était très différente de celle qu’ils imaginaient quelques semaines auparavant. Certains ont vendu au pire moment. D’autres ont suspendu leurs investissements pendant plusieurs mois, attendant un retour à la normale qui était déjà largement intégré dans les cours.
À l’inverse, les investisseurs qui avaient déjà traversé plusieurs cycles boursiers ont souvent vécu cette période avec davantage de sérénité. Non parce qu’ils savaient exactement ce qui allait se passer, mais parce qu’ils avaient déjà fait l’expérience que les marchés alternent régulièrement phases d’euphorie et phases de panique.
L’expérience ne supprime pas l’incertitude. Elle rend simplement celle-ci plus familière.
Une même baisse ne produit pas les mêmes conséquences
Une chute de 30 % n’a pas la même signification pour tout le monde.
Un investisseur qui commence à constituer son patrimoine et qui investira encore pendant vingt ans n’est pas confronté aux mêmes enjeux qu’une personne qui prévoit de financer sa retraite dans quelques mois.
De la même manière, celui qui investit uniquement un capital dont il n’aura pas besoin à court terme ne réagit généralement pas comme celui qui utilise un effet de levier important ou qui devra récupérer son argent rapidement.
Le marché ne change pas. C’est votre situation personnelle qui transforme un événement en simple désagrément… ou en véritable problème.
C’est précisément pour cette raison qu’il est dangereux de copier le portefeuille d’un autre investisseur sans comprendre le contexte dans lequel il investit.
Deux personnes peuvent détenir exactement les mêmes ETF, les mêmes actions ou les mêmes fonds et devoir prendre des décisions totalement différentes lorsque les marchés chutent.
L’allocation n’est jamais indépendante de celui qui la détient.
L’avantage du petit investisseur
On parle souvent des informations privilégiées, de l’intelligence artificielle, des meilleurs gérants ou des dernières méthodes d’analyse financière.
Pourtant, le particulier dispose d’un avantage que beaucoup sous-estiment : son comportement.
- Il n’a pas d’actionnaires à satisfaire chaque trimestre.
- Il n’a pas d’obligation de publier une performance mensuelle.
- Il n’a pas de clients susceptibles de retirer massivement leur argent au pire moment.
Son principal adversaire n’est donc généralement pas le marché. C’est lui-même.
Regardez simplement comment vous avez réagi lors du dernier marché baissier. Avez-vous continué à investir normalement ? Avez-vous augmenté vos investissements parce que les valorisations devenaient plus attractives ?
Ou avez-vous préféré attendre que « tout redevienne normal » avant de revenir sur les marchés ?
Ces réactions valent souvent davantage que n’importe quel questionnaire de profil de risque. Elles montrent votre véritable tempérament d’investisseur.
Et c’est une information précieuse, car découvrir ce tempérament directement avec votre patrimoine est probablement l’une des façons les plus coûteuses d’apprendre à vous connaître.
Découvrir son tempérament coûte parfois très cher
On entend souvent qu’il faut investir sur le long terme. Le conseil est juste, mais il reste incomplet. Encore faut-il être capable de rester investi lorsque le long terme devient inconfortable.
Beaucoup d’investisseurs pensent avoir cette capacité parce qu’ils n’ont connu que des marchés favorables. Il est facile de se croire discipliné lorsqu’un portefeuille progresse presque chaque mois. C’est beaucoup moins évident lorsqu’il perd 25 % en quelques semaines. Le problème est que le marché ne prévient jamais. Vous découvrez votre véritable tolérance au risque au moment où vous en auriez justement besoin.
C’est la raison pour laquelle il est utile de se poser quelques questions avant d’investir une somme importante. Par exemple :
- Comment ai-je réagi lors de la dernière forte baisse des marchés ?
- Est-ce que je consulte mon portefeuille plusieurs fois par jour lorsque les marchés deviennent volatils ?
- Une baisse de 30 % me pousserait-elle à vendre, ou au contraire à investir davantage ?
- Suis-je réellement prêt à laisser cet argent investi pendant dix ou quinze ans si les marchés traversent une longue période difficile ?
Ces questions n’ont rien de théorique. Elles permettent souvent d’éviter des décisions qui coûteront beaucoup plus cher que quelques points de rendement.
Il existe d’ailleurs une erreur fréquente chez les investisseurs débutants : choisir un portefeuille uniquement parce qu’il paraît performant, sans se demander s’ils seront capables de le conserver lorsque les choses se compliqueront. Pourtant, un excellent portefeuille abandonné au premier krach devient un mauvais investissement. À l’inverse, un portefeuille un peu moins ambitieux, mais que vous êtes capable de conserver pendant vingt ans, produira souvent un meilleur résultat.
L’investissement récompense rarement les meilleures intentions. Il récompense surtout les comportements qui restent cohérents dans la durée.
Reconnaître ses limites
Cette idée est probablement l’une des moins populaires en finance. Nous vivons dans une époque où chacun devrait être capable d’investir seul. Les plateformes sont accessibles en quelques minutes, les vidéos promettent de battre le marché, et les réseaux sociaux donnent parfois l’impression que tout le monde sait sélectionner les meilleures actions.
La réalité est beaucoup moins flatteuse.
Investir en actions n’est pas une obligation. Certaines personnes n’aiment pas la volatilité. D’autres savent qu’elles consulteront leur portefeuille tous les jours. D’autres encore n’ont ni le temps ni l’envie de suivre leurs investissements. Il ne s’agit pas de défauts. Il s’agit simplement de caractéristiques personnelles.
Jason Zweig résume très bien cette idée lorsqu’il écrit que, pour bénéficier du potentiel de rendement des actions, il faut d’abord accepter la certitude de subir des pertes parfois très importantes à court terme. Si l’on n’en est pas capable, mieux vaut ne pas investir en actions… et il n’y a aucune raison d’en éprouver de la honte.
Cette réflexion mérite d’être prise au sérieux. Beaucoup d’investisseurs cherchent avant tout le placement le plus rentable. Ils devraient parfois commencer par rechercher celui qu’ils seront réellement capables de conserver.
Selon votre situation, cela peut conduire à privilégier :
- une allocation plus prudente ;
- une part plus importante d’obligations ou de supports monétaires ;
- une exposition plus faible aux actions ;
- ou simplement un rythme d’investissement plus progressif.
Le meilleur portefeuille n’est pas celui qui affiche le rendement historique le plus élevé. C’est celui que vous aurez encore envie de détenir lors du prochain marché baissier.
Les tempêtes ne disparaîtront pas
Il est tentant d’attendre le moment idéal pour investir. Celui où les marchés paraîtront enfin rassurants. Celui où l’économie sera plus stable. Celui où les taux d’intérêt redeviendront favorables. Celui où les risques géopolitiques sembleront derrière nous.
Ce moment n’existe pratiquement jamais. Les marchés remplacent simplement une inquiétude par une autre.
Une année, ce sera :
- l’inflation ;
- la récession ;
- les taux d’intérêt ;
- une crise bancaire ;
- une guerre ;
- une pandémie ;
- ou une élection.
L’investisseur qui attend la disparition des tempêtes finit souvent par rester durablement à quai.
À l’inverse, celui qui accepte que ces épisodes fassent partie du fonctionnement normal des marchés cesse progressivement de les considérer comme des événements exceptionnels. Il ne cherche plus à prédire chaque crise. Il construit un portefeuille capable d’y survivre.
Cette différence paraît subtile. Elle change pourtant complètement la manière d’investir. À partir du moment où vous cessez d’espérer un marché sans secousses, vous commencez enfin à construire une stratégie qui pourra réellement durer.
Le véritable secret n’est pas très séduisant
On aimerait qu’il existe une méthode permettant d’éviter les krachs, de prévoir les retournements de marché ou de sélectionner systématiquement les meilleurs investissements.
L’industrie financière entretient volontiers cette idée. Chaque année apporte sa nouvelle méthode, son nouvel indicateur ou son nouvel expert capable, paraît-il, de voir ce que les autres ne voient pas.
Pourtant, si l’on observe les investisseurs qui réussissent sur plusieurs décennies, leur point commun est rarement une capacité exceptionnelle à anticiper les marchés. Ils possèdent surtout une qualité beaucoup plus banale : ils restent investis.
Cette permanence ne signifie pas qu’ils ne commettent jamais d’erreurs, ni qu’ils traversent les crises sans stress. Elle signifie simplement que leur stratégie a été construite de façon à pouvoir résister aux moments où les émotions deviennent les plus fortes. Autrement dit, ils ont adapté leur portefeuille à leur tempérament, plutôt que d’essayer d’adapter leur tempérament au portefeuille dont ils rêvaient.
C’est une nuance importante. Beaucoup d’investisseurs cherchent d’abord le portefeuille idéal, puis espèrent devenir l’investisseur capable de le supporter. L’ordre devrait souvent être inversé.
Commencez par comprendre quel investisseur vous êtes réellement. Construisez ensuite un portefeuille compatible avec cette réalité. À partir de là, il devient beaucoup plus facile de garder le cap lorsque les marchés deviennent inconfortables.
La performance est une conséquence
Lorsqu’on regarde les études sur le comportement des investisseurs, une conclusion revient régulièrement : la plupart sous-performent les fonds dans lesquels ils investissent.
La raison est connue. Ce ne sont pas les fonds qui changent de comportement. Ce sont les investisseurs.
Ils :
- investissent après une longue hausse parce qu’ils sont rassurés ;
- vendent après une forte baisse parce qu’ils sont inquiets ;
- reviennent lorsque les marchés ont déjà largement rebondi.
Cette succession de décisions paraît logique lorsqu’on les prend une par une. Additionnées sur vingt ou trente ans, elles deviennent extrêmement coûteuses.
C’est pourquoi le secret de l’investissement paraît finalement presque décevant. Il ne consiste pas à découvrir un actif inconnu, un indicateur révolutionnaire ou une formule réservée à quelques initiés. Il consiste à mettre en place une stratégie suffisamment robuste pour que vous soyez encore capable de la suivre lorsque les marchés vous donneront toutes les raisons de l’abandonner.
Cette robustesse peut prendre différentes formes selon les personnes :
- une allocation plus prudente ;
- une poche de liquidités plus importante ;
- une diversification plus large ;
- des versements programmés ;
- ou simplement un niveau de risque inférieur à celui que l’on pensait pouvoir supporter.
Ces choix paraissent parfois moins ambitieux. Ils sont pourtant souvent beaucoup plus efficaces, parce qu’ils augmentent les chances de rester investi pendant plusieurs décennies.
La performance durable est rarement obtenue par les investisseurs qui supportent le plus de risque. Elle est plus souvent obtenue par ceux qui supportent durablement le risque qu’ils ont choisi.
Les marchés ne demandent de la cohérence
À mesure que l’on acquiert de l’expérience, on réalise que les marchés ne deviennent pas plus prévisibles. Les crises continuent d’arriver sans prévenir. Les périodes d’euphorie continuent d’être suivies de phases de découragement. Les certitudes du moment continuent d’être remises en cause quelques années plus tard.
En revanche, une chose change. On cesse progressivement de considérer cette instabilité comme une anomalie. Elle devient le prix normal à payer pour accéder au potentiel de rendement des actifs risqués.
À partir de ce moment-là, l’investissement cesse d’être une succession de réactions aux événements. Il devient un processus. Et c’est probablement cela que l’on oublie le plus souvent : un bon portefeuille n’est pas celui qui résiste uniquement aux tempêtes des marchés, mais celui que son propriétaire continuera à faire vivre lorsque ces tempêtes arriveront.
Chez Alti Patrimoine, cette réflexion précède toujours le choix des placements. Un portefeuille n’a de valeur que s’il est suffisamment cohérent avec celui qui le détient pour pouvoir être conservé lorsque les marchés feront exactement ce qu’ils ont toujours fait : surprendre.