Comment trouver le prochain Apple ?

Comment trouver le prochain Apple

Ouvrez un magazine financier ou parcourez quelques vidéos consacrées à la bourse. Vous tomberez rapidement sur une promesse familière : « Voici le prochain Apple », « L’entreprise qui pourrait devenir le prochain Nvidia », ou encore « Investissez aujourd’hui dans le futur géant de demain ».

Le message est séduisant. Il laisse entendre que les plus grandes fortunes boursières ne seraient qu’une question d’identification précoce. Il suffirait de découvrir une petite entreprise avant tout le monde, de patienter quelques années, puis de profiter d’une multiplication spectaculaire de son capital.

L’histoire d’Apple, d’Amazon ou de Tesla semble d’ailleurs confirmer cette idée. Ceux qui ont investi très tôt ont obtenu des performances qui paraissent presque irréelles aujourd’hui.

Le problème est que cette histoire est racontée à l’envers.

Nous savons aujourd’hui qu’Apple est devenue l’une des entreprises les plus rentables de l’histoire. En revanche, personne ne savait avec certitude, lors de son introduction en bourse en 1980, qu’elle suivrait cette trajectoire. L’immense majorité des entreprises qui semblaient prometteuses à cette époque ont disparu, ont stagné ou ont été rachetées sans jamais offrir de performances exceptionnelles.

C’est précisément ce biais qui nourrit la quête permanente du « prochain Apple » : nous observons uniquement les quelques survivants qui ont connu un destin extraordinaire, en oubliant toutes les entreprises qui semblaient présenter les mêmes caractéristiques mais qui n’ont jamais réussi.

Pour un investisseur, cette distinction change tout.

Ce n’est pas parce qu’une entreprise ressemble à Apple qu’elle le deviendra

Il est tentant de raisonner par analogie.

Une jeune société technologique affiche une forte croissance ? Apple aussi.

Son dirigeant est charismatique ? Steve Jobs l’était également.

Elle évolue sur un marché en pleine expansion ? Apple aussi.

À partir de là, beaucoup concluent que cette entreprise pourrait suivre le même parcours.

Pourtant, ce raisonnement est beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît.

Imaginez que quelqu’un vous dise que je ressemble parfois à Ryan Gosling ou à Kevin Costner dans ses jeunes années. Même si vous trouviez la comparaison flatteuse, cela ne ferait certainement pas de moi la prochaine star d’Hollywood.

Nous avons chacun notre parcours, nos opportunités, nos contraintes et notre propre histoire.

Il en va exactement de même pour une entreprise.

Deux sociétés peuvent évoluer dans le même secteur tout en connaissant des destins radicalement différents. Elles n’auront ni les mêmes dirigeants, ni les mêmes concurrents, ni les mêmes capacités d’exécution, ni les mêmes conditions économiques. Elles ne bénéficieront pas non plus des mêmes innovations technologiques ou des mêmes cycles de marché.

L’histoire d’une entreprise n’est jamais reproductible.

Apple a bénéficié d’un contexte très particulier : l’essor de l’informatique personnelle, puis celui des smartphones, avant de construire progressivement un écosystème extrêmement difficile à concurrencer. Rien ne garantit qu’une entreprise actuelle, même très innovante, rencontrera une succession d’opportunités comparables.

C’est souvent ce que les investisseurs oublient.

Les meilleurs investissements ne sont pas ceux auxquels on pense

Lorsque l’on parle des grandes réussites boursières, les mêmes noms reviennent systématiquement.

Apple. Amazon. Microsoft. Nvidia.

Mais cette façon de regarder le marché crée une illusion.

Nous cherchons instinctivement les futurs géants capables de multiplier leur valeur par cent, alors que les meilleurs portefeuilles ne reposent généralement pas sur un unique coup de génie.

Ils reposent sur une accumulation de bonnes décisions.

Dans la pratique, il est souvent beaucoup plus rentable d’investir durablement dans des entreprises déjà excellentes que de rechercher en permanence celles qui pourraient le devenir.

Une société qui génère des bénéfices récurrents, dispose d’un avantage concurrentiel solide, d’un bilan sain et d’une direction compétente offre déjà énormément de qualités à un investisseur de long terme.

Elle ne deviendra peut-être jamais le prochain Apple.

Mais elle n’en a pas besoin.

Prenons Microsoft. Après l’explosion de la bulle internet, beaucoup considéraient que son histoire de croissance était terminée. Pourtant, l’entreprise a continué à renforcer ses positions, à développer Azure, à transformer son modèle économique et à créer énormément de valeur pour ses actionnaires.

Même constat pour des entreprises comme Visa, LVMH ou Costco. Elles n’ont jamais été présentées comme « le prochain Apple ». Elles ont simplement continué à faire ce qu’elles savaient faire de mieux pendant des décennies.

En investissement, la régularité produit souvent davantage de richesse que la recherche permanente du coup exceptionnel.

Les marchés récompensent rarement les belles histoires

J’observe régulièrement un phénomène chez les investisseurs.

Plus une entreprise raconte une histoire séduisante, plus ils ont tendance à sous-estimer les risques.

Une start-up qui promet de révolutionner son secteur attire facilement les capitaux. Les médias s’emballent. Les réseaux sociaux relaient les prévisions les plus optimistes. Les valorisations s’envolent.

À ce stade, beaucoup ne cherchent plus une entreprise rentable.

Ils cherchent un rêve.

L’histoire récente regorge pourtant d’exemples montrant que cette approche peut coûter cher.

Des sociétés très médiatisées comme WeWork, Nikola ou encore de nombreuses entreprises introduites en bourse via les SPAC avaient toutes un récit convaincant. Certaines étaient même présentées comme les futurs leaders de leur secteur.

La réalité économique a fini par reprendre le dessus.

Les investisseurs n’achètent pourtant pas une histoire.

Ils achètent des flux de trésorerie futurs.

Et entre une promesse séduisante et une entreprise capable de transformer durablement cette promesse en bénéfices, il existe un monde.

Ce que l’on risque de perdre à chercher le prochain Apple

Le problème n’est pas qu’il soit impossible de découvrir une entreprise exceptionnelle avant tout le monde.

Le problème est de construire toute sa stratégie d’investissement autour de cette possibilité.

J’ai rencontré de nombreux investisseurs qui avaient acheté de petites sociétés prometteuses parce qu’elles étaient présentées comme « la prochaine révolution ». Le discours était toujours le même : un marché immense, une technologie innovante, un management ambitieux.

Quelques années plus tard, beaucoup de ces entreprises avaient disparu des radars. Certaines avaient simplement cessé de croître. D’autres avaient dû lever des capitaux à plusieurs reprises, diluant fortement leurs actionnaires. Quelques-unes ont fini en faillite.

Entre-temps, les grandes entreprises rentables, elles, continuaient discrètement leur chemin.

Ce constat est assez contre-intuitif. Nous avons tendance à croire que les performances extraordinaires proviennent nécessairement de paris extraordinaires. Pourtant, les statistiques racontent une autre histoire.

La plupart des entreprises cotées sous-performent les grands indices sur longue période. Une minorité seulement explique l’essentiel de la création de richesse en bourse. Le véritable défi n’est donc pas de trouver une entreprise capable de doubler son chiffre d’affaires pendant trois ans. C’est d’identifier celles qui sauront continuer à créer de la valeur pendant vingt ou trente ans.

Et cela est infiniment plus difficile.

Le survivant attire tous les regards

Ce biais porte un nom : le biais du survivant.

Nous observons Apple aujourd’hui parce qu’Apple a réussi.

Mais nous ne regardons plus les centaines d’entreprises qui semblaient tout aussi prometteuses au même moment.

Au début des années 2000, Blackberry dominait largement le marché des smartphones professionnels. Nokia contrôlait le marché mondial du téléphone mobile. Yahoo paraissait incontournable sur Internet. Beaucoup d’investisseurs étaient convaincus qu’elles resteraient les leaders de leur secteur pendant plusieurs décennies.

L’histoire en a décidé autrement.

À chaque époque, les marchés produisent leurs vedettes. Certaines deviennent effectivement des géants. D’autres disparaissent progressivement, parfois beaucoup plus vite qu’on ne l’imaginait.

Le danger est que nous ne retenons que les gagnants.

C’est exactement comme regarder uniquement les quelques entrepreneurs devenus milliardaires pour conclure qu’il suffit de créer une entreprise pour faire fortune.

Les échecs restent invisibles.

En investissement, cette illusion peut coûter très cher.

Les grands investisseurs raisonnent différemment

Lorsque Warren Buffett achète une entreprise, il ne cherche pas à savoir si elle sera le prochain Apple.

Il se demande si elle possède des qualités suffisamment solides pour continuer à créer de la valeur pendant longtemps. La nuance est importante.

Le premier raisonnement consiste à parier sur un futur exceptionnel. Le second consiste à évaluer ce qui est déjà observable aujourd’hui.

Une entreprise rentable depuis des années, capable d’augmenter régulièrement ses bénéfices, de générer beaucoup de trésorerie et de conserver un avantage concurrentiel présente déjà des caractéristiques précieuses.

Bien sûr, rien n’est garanti.

Même les plus belles entreprises peuvent commettre des erreurs stratégiques, perdre leur avance technologique ou subir des changements réglementaires majeurs.

Mais les probabilités sont très différentes. En investissement, il est rarement pertinent de rechercher le scénario le plus spectaculaire. Il est souvent préférable de rechercher celui dont les probabilités de réussite sont les plus élevées.

Cette distinction paraît subtile. Elle change pourtant complètement la manière de construire un portefeuille.

Un portefeuille n’a pas besoin d’un miracle

Beaucoup d’investisseurs pensent qu’il leur faut absolument découvrir une pépite capable de multiplier sa valeur par vingt ou par cinquante.

Dans les faits, un portefeuille bien diversifié n’en a généralement pas besoin.

Prenons un exemple. Un portefeuille composé d’ETF mondiaux ou d’entreprises de grande qualité détient déjà, sans que l’investisseur ait besoin de les identifier à l’avance, les futurs gagnants de l’économie mondiale.

Lorsqu’une entreprise devient progressivement dominante, sa capitalisation augmente naturellement dans l’indice. Sa place dans le portefeuille augmente elle aussi.

C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Apple, Microsoft, Amazon ou Nvidia.

Les investisseurs qui détenaient simplement un ETF mondial n’ont jamais eu besoin de prédire leur succès. Ils en ont bénéficié automatiquement.

Cette idée est souvent sous-estimée. Vouloir absolument identifier les futurs champions revient parfois à prendre davantage de risques… pour obtenir un résultat finalement inférieur à celui d’une stratégie beaucoup plus simple.

La difficulté n’est pas de trouver quelques entreprises extraordinaires après coup.

La difficulté est de les identifier avant tout le monde, puis de conserver suffisamment de conviction pour les garder pendant vingt ans malgré les crises, les krachs et les périodes où plus personne n’y croit.

Peu d’investisseurs y parviennent. C’est précisément pour cette raison que la simplicité reste souvent une stratégie redoutablement efficace.

Pourquoi les vendeurs de rêves auront toujours du succès

Si les promesses de trouver le prochain Apple reviennent sans cesse, ce n’est pas parce qu’elles fonctionnent. C’est parce qu’elles font vendre.

Dire à un investisseur qu’il peut espérer 8 ou 10 % de rendement annuel sur plusieurs décennies est réaliste. Mais ce n’est pas très vendeur.

En revanche, lui promettre une entreprise capable de multiplier sa valeur par cinquante capte immédiatement son attention.

Notre cerveau est naturellement attiré par les scénarios extraordinaires. Les loteries existent depuis des siècles pour cette raison. Les probabilités sont dérisoires, mais chacun préfère imaginer ce qui pourrait arriver plutôt que ce qui arrive le plus souvent.

Les marchés financiers n’échappent pas à cette logique.

À chaque cycle haussier apparaissent des histoires extraordinaires, relayées par les médias, les réseaux sociaux ou certains influenceurs. Quelques réussites spectaculaires suffisent à faire oublier les centaines d’échecs qui les accompagnent.

Le plus inquiétant est que ces discours deviennent souvent plus convaincants précisément lorsque les valorisations sont déjà très élevées.

L’investisseur n’achète plus une entreprise. Il achète un récit.

Et lorsque le récit devient plus important que les bénéfices, les flux de trésorerie ou la valorisation, les probabilités commencent généralement à se retourner.

L’investissement est un jeu de probabilités, pas de certitudes

Je pense qu’une erreur fréquente consiste à vouloir avoir raison. Comme si chaque investissement devait être un coup de maître.

En réalité, les meilleurs investisseurs raisonnent rarement de cette manière. Ils savent qu’ils se tromperont régulièrement.

La question n’est donc pas : « Cette entreprise sera-t-elle le prochain Apple ? » La vraie question est beaucoup plus intéressante :

« Les probabilités de création de valeur sont-elles suffisamment élevées pour justifier cet investissement ? »

La différence est considérable. Lorsqu’on cherche le prochain Apple, on tente de prédire un avenir quasiment impossible à anticiper.

Lorsqu’on évalue les probabilités de succès d’une entreprise, on travaille sur des éléments déjà observables : sa rentabilité, son avantage concurrentiel, la qualité de son management, sa capacité à investir, son niveau d’endettement, son pouvoir de fixation des prix ou encore sa discipline dans l’allocation du capital.

Aucun de ces critères ne garantit un succès exceptionnel. En revanche, leur combinaison augmente les chances de prendre de bonnes décisions. Or, investir consiste justement à accumuler des décisions dont l’espérance de réussite est positive.

Le meilleur portefeuille est souvent le plus ennuyeux

Cela déçoit parfois les investisseurs. Ils espéraient repartir avec le nom d’une société encore inconnue, capable de bouleverser son secteur.

À la place, ils découvrent qu’un portefeuille solide est souvent constitué de grandes entreprises rentables, d’ETF largement diversifiés ou d’une combinaison des deux.

Il n’y a rien de spectaculaire. Mais il y a une logique.

Un portefeuille n’est pas conçu pour raconter une belle histoire. Il est conçu pour atteindre un objectif patrimonial :

  • Préparer une retraite.
  • Financer les études de ses enfants.
  • Transmettre un patrimoine.
  • Créer des revenus complémentaires.

À partir du moment où l’on garde ces objectifs en tête, la quête du prochain Apple perd beaucoup de son intérêt.

Car si votre portefeuille atteint vos objectifs avec un niveau de risque maîtrisé, peu importe finalement que l’une de vos lignes devienne ou non la prochaine superstar de Wall Street.

À l’inverse, un portefeuille concentré sur quelques paris très spéculatifs peut produire un résultat extraordinaire.

Il peut aussi vous éloigner durablement de vos objectifs. Et c’est rarement ce que recherche un investisseur patrimonial.

Ce que je regarderais à la place

Si je devais résumer ce que j’ai appris au fil des années, je dirais que les entreprises les plus intéressantes ne sont pas celles qui promettent de devenir le prochain Apple.

Ce sont celles qui progressent régulièrement, année après année, sans avoir besoin de faire rêver les investisseurs.

Celles qui augmentent leurs bénéfices avec constance :

  • Qui génèrent des flux de trésorerie abondants.
  • Qui disposent d’une culture d’entreprise solide.
  • Qui savent investir intelligemment leur capital.
  • Qui continuent d’innover sans mettre en péril leur rentabilité.

Certaines deviendront peut-être les grandes entreprises de demain. D’autres resteront simplement d’excellentes entreprises. Dans les deux cas, cela peut largement suffire à créer de la valeur pour leurs actionnaires.

Le paradoxe est là : les véritables succès boursiers sont souvent identifiés bien après le début de leur histoire. Au moment où tout le monde les considère comme des évidences, l’essentiel de leur parcours est déjà derrière eux.

C’est frustrant, mais c’est la réalité des marchés. Et c’est probablement une bonne nouvelle.

Car cela signifie que votre réussite ne dépend pas de votre capacité à découvrir le prochain Apple avant tout le monde. Elle dépend surtout de votre capacité à construire un portefeuille cohérent, à rester discipliné et à laisser le temps travailler pour vous.

Au fond, les meilleurs investisseurs cherchent rarement la prochaine légende boursière. Ils cherchent surtout à éviter les erreurs qui les empêcheraient de profiter de la suivante, quelle qu’elle soit.

C’est précisément avec ce type de réflexion que nous construisons des portefeuilles chez Alti Patrimoine.