Trois choses que tout investisseur devrait savoir

Trois choses que tout investisseur doit savoir

Les conseils les plus répétés en matière d’investissement sont rarement faux. Investissez tôt. Limitez les frais. Diversifiez. Investissez régulièrement. Tout cela fonctionne.

Le problème est qu’à force de les entendre, beaucoup d’investisseurs finissent par croire qu’il suffit d’appliquer quelques recettes pour obtenir de bons résultats.

Dans la pratique, les erreurs les plus coûteuses apparaissent rarement parce qu’une personne a choisi un ETF avec 0,25 % de frais au lieu de 0,15 %. Elles apparaissent lorsque l’investisseur interprète mal le risque, surestime ce qu’il croit savoir ou continue à jouer alors que la partie est déjà gagnée.

Avec les années, je me rends compte que les principes les plus utiles ne sont pas forcément les plus connus. Ils demandent un peu plus de recul, car ils parlent moins de produits financiers que de la manière dont nous prenons nos décisions.

Voici trois idées qui me semblent beaucoup plus importantes qu’elles n’en ont l’air.

1. Le passé est une certitude, l’avenir ne l’est jamais

Il est extraordinairement facile d’identifier les bons investissements… une fois qu’ils ont déjà réussi.

Tout graphique financier raconte une histoire parfaitement cohérente après coup. Les entreprises qui ont explosé paraissent avoir toujours été des évidences. Les grands gagnants semblent presque inévitables.

Pourtant, ce sentiment est une illusion. Si je pouvais connaître les cours de bourse de la semaine prochaine, il est probable que la meilleure performance proviendrait d’une société dont la plupart des investisseurs n’ont jamais entendu parler aujourd’hui.

La vraie question est donc simple : seriez-vous prêt à investir dessus maintenant, uniquement parce que vous savez qu’elle sera gagnante ? La plupart des gens répondraient non.

Pourquoi ? Parce qu’au moment où l’on investit, on ne voit pas encore la performance. On voit uniquement l’incertitude.

C’est précisément cela, le risque. Une fois les événements passés, ce risque disparaît de notre mémoire. Nous ne retenons plus que le résultat.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les performances passées exercent une telle fascination. Elles donnent l’impression qu’il existe des gagnants évidents, alors qu’elles ne montrent que des survivants.

Cette confusion est entretenue partout dans l’industrie financière.

Chaque jour, des fonds sont mis en avant parce qu’ils ont obtenu d’excellents résultats sur cinq ou dix ans. Des classements récompensent les meilleurs gérants de l’année précédente. Des publicités présentent les performances réalisées comme si elles augmentaient les probabilités de reproduire les mêmes succès demain.

Pourtant, les marchés financiers fonctionnent précisément parce que l’avenir reste inconnu. Un portefeuille qui a brillamment traversé les dix dernières années n’est pas automatiquement celui qui traversera le mieux les dix prochaines.

Cela ne signifie évidemment pas que l’historique n’a aucune valeur. Il reste indispensable pour évaluer une méthode d’investissement ou vérifier qu’un processus tient la route.

Mais il faut regarder les bonnes choses. Lorsqu’un conseiller met en avant une sélection de fonds qui ont bien performé depuis dix ans, cette information est finalement assez pauvre. Elle décrit le passé.

La question la plus intéressante est ailleurs : Quels fonds recommandait-il réellement il y a dix ans, lorsque personne ne connaissait encore leur avenir ?

Cette nuance paraît minime. Elle change pourtant complètement la manière d’évaluer une compétence.

Choisir les gagnants après la course est facile. Les identifier avant le départ est une tout autre histoire.

Pour un investisseur, cette distinction est essentielle. Elle rappelle qu’une bonne décision n’est pas forcément une décision qui produit un bon résultat. Une excellente décision peut déboucher sur une mauvaise performance à court terme, simplement parce que les marchés restent imprévisibles.

À l’inverse, une mauvaise décision peut parfois sembler brillante… jusqu’au jour où la chance finit par tourner. C’est pourquoi il est souvent plus utile d’évaluer la qualité d’un processus que le résultat isolé qu’il a produit.

2. Le seul véritable « repas gratuit »

Les marchés financiers ne distribuent pas de rendement supplémentaire sans contrepartie.

Si un investissement promet davantage, c’est presque toujours parce qu’il comporte davantage de risque, davantage d’incertitude ou davantage de contraintes.

Cette idée paraît évidente. Pourtant, une bonne partie de l’industrie financière continue de vendre le rêve inverse : obtenir plus, avec moins.

  • Plus de rendement.
  • Moins de risque.
  • Plus de sérénité.
  • Moins de volatilité.

Si une telle combinaison existait durablement, elle serait rapidement exploitée par les investisseurs professionnels, jusqu’à disparaître.

La finance moderne repose justement sur cette logique : lorsqu’une opportunité est trop belle pour être vraie, elle ne le reste généralement pas très longtemps.

Il existe pourtant une exception célèbre. Harry Markowitz, prix Nobel d’économie, l’avait déjà démontré dans les années 1950 : la diversification permet de réduire le risque sans diminuer le rendement espéré.

C’est probablement le principe le plus puissant de toute la gestion de portefeuille.

Prenons un exemple volontairement simplifié. À très long terme, le rendement attendu d’une action appartenant au S&P 500 est proche de celui de l’indice lui-même. Certaines feront beaucoup mieux. D’autres beaucoup moins. Quelques-unes disparaîtront. Personne ne sait lesquelles à l’avance.

Si vous détenez une seule entreprise, votre rendement espéré est voisin de celui du marché, mais votre risque est immense.

Une fraude comptable, une innovation ratée, une mauvaise acquisition ou un changement réglementaire peuvent suffire à détruire une grande partie de votre patrimoine.

À l’inverse, détenir plusieurs centaines d’entreprises réparties dans différents secteurs permet de conserver un rendement attendu similaire, tout en éliminant une grande partie de ce risque spécifique.

C’est cela, le fameux « repas gratuit ». Non pas obtenir davantage de rendement, mais obtenir sensiblement le même rendement avec beaucoup moins de risques évitables.

Ce principe dépasse largement les actions. Une diversification efficace consiste aussi à répartir son patrimoine entre plusieurs moteurs de performance.

Selon votre situation, cela peut conduire à combiner par exemple :

  • des actions cotées ;
  • des obligations ;
  • de l’immobilier ;
  • éventuellement une poche de private equity ou d’or lorsque cela répond à un objectif patrimonial précis.

La diversification ne garantit jamais une performance supérieure chaque année. En revanche, elle augmente les probabilités qu’une erreur isolée, un secteur décevant ou une crise spécifique ne compromettent pas l’ensemble de votre stratégie.

C’est souvent moins spectaculaire. Mais sur plusieurs décennies, c’est précisément ce qui permet de rester investi suffisamment longtemps pour laisser les intérêts composés faire leur travail.

3. Savoir passer de l’accumulation à la sécurisation

On parle beaucoup de la phase de construction d’un patrimoine. Épargner davantage. Investir régulièrement. Accepter la volatilité. Faire croître son capital.

Ces conseils sont excellents… tant que votre patrimoine est encore insuffisant pour atteindre vos objectifs. Le problème est qu’ils deviennent parfois contre-productifs lorsque cet objectif est déjà atteint.

J’observe régulièrement des investisseurs qui continuent à gérer leur patrimoine comme s’ils avaient encore tout à prouver. Ils cherchent quelques points de performance supplémentaires alors même que leur niveau de vie futur est déjà sécurisé.

Leur portefeuille reste construit pour gagner davantage, alors qu’il devrait désormais être construit pour ne pas perdre ce qui est déjà suffisant.

Cette transition est loin d’être évidente. Pendant des années, l’investisseur apprend qu’il faut accepter le risque pour obtenir du rendement. Cette logique finit par devenir une habitude.

Puis arrive un moment où la question change.

Il ne s’agit plus de savoir combien le patrimoine pourrait encore rapporter. Il s’agit de savoir ce qu’il doit absolument continuer de permettre.

Ce changement de perspective est fondamental.

Lorsque votre objectif est atteint, chaque euro supplémentaire améliore relativement peu votre situation. En revanche, une perte importante peut repousser votre retraite de plusieurs années ou vous obliger à réduire durablement votre niveau de vie.

Le rapport entre rendement espéré et risque accepté n’est donc plus le même.

J’ai moi-même été frappé par cette idée en observant certains investisseurs proches de la retraite. Beaucoup continuaient à supporter un niveau de risque cohérent avec une phase d’accumulation alors que leur patrimoine leur permettait déjà d’atteindre leurs objectifs.

La question qu’ils auraient dû se poser n’était plus : « Comment puis-je gagner davantage ? »

Mais plutôt : « Quel niveau de risque suis-je encore obligé d’accepter ? »

Les deux questions paraissent proches. Elles conduisent pourtant à des portefeuilles très différents.

Cela ne signifie pas qu’il faille sortir complètement des marchés. L’inflation continue d’exister après la retraite. L’espérance de vie s’allonge. Un patrimoine doit souvent continuer à produire de la croissance pendant plusieurs décennies.

En revanche, il devient souvent pertinent de diminuer progressivement les risques inutiles.

L’objectif n’est plus de maximiser la performance, mais de préserver la liberté que ce patrimoine procure. Beaucoup d’investisseurs sous-estiment cette dimension psychologique.

Réduire légèrement le risque d’un portefeuille peut parfois avoir un impact très limité sur son espérance de rendement, tout en améliorant considérablement le confort de l’investisseur pendant les périodes de baisse.

Or cette tranquillité possède une valeur. Elle permet souvent de rester fidèle à sa stratégie lorsque les marchés deviennent plus difficiles.

À l’inverse, conserver un portefeuille trop agressif uniquement parce qu’il pourrait rapporter un peu plus expose parfois à prendre une mauvaise décision au pire moment.

Le paradoxe est là :

  • Pendant la première partie de la vie d’un investisseur, il faut apprendre à accepter davantage de risque que ce que nos émotions nous poussent à accepter.
  • Dans la seconde, il faut parfois apprendre à en accepter moins que ce que notre envie de gagner toujours davantage nous incite à prendre.

Les compétences sont différentes. La discipline aussi.

Le niveau supérieur de l’investissement

Ces trois idées ont un point commun.

Elles ne cherchent pas à améliorer la performance d’un portefeuille de quelques dixièmes de pourcentage.

Elles cherchent à améliorer les décisions qui produiront cette performance pendant plusieurs décennies :

  • Comprendre que le passé ne prédit pas l’avenir évite de courir après les gagnants d’hier.
  • Comprendre que la diversification est le seul véritable « repas gratuit » évite de concentrer inutilement les risques.
  • Comprendre que « suffisamment » existe permet d’adapter progressivement son patrimoine à sa véritable finalité, plutôt que de continuer à jouer une partie déjà gagnée.

C’est probablement ce qui distingue les investisseurs expérimentés des autres.

Ils savent que la réussite ne consiste pas seulement à faire croître un patrimoine. Elle consiste surtout à éviter les quelques erreurs capables d’en détruire une partie importante.

Avec les années, je suis d’ailleurs moins impressionné par les portefeuilles qui affichent des performances exceptionnelles que par ceux qui traversent les cycles économiques sans que leur propriétaire ressente le besoin de tout remettre en question.

La constance est souvent moins spectaculaire que la performance. Elle est aussi beaucoup plus rare.

Et c’est précisément cette constance qui demande parfois un regard extérieur : non pas pour trouver le placement miracle, mais pour continuer à prendre les bonnes décisions lorsque les émotions ou les circonstances donnent envie de s’en écarter. C’est là qu’Alti Patrimoine apporte le plus de valeur.