Vous voulez devenir un meilleur investisseur ? Endommagez d’abord votre cerveau

devenir un meilleur investisseur avec votre cerveau et vos émotions

Lorsqu’un portefeuille progresse de 40 %, beaucoup d’investisseurs se sentent compétents.

Quelques mois plus tard, si ce même portefeuille efface ce gain et affiche désormais une perte de 40 %, le discours change complètement.

La bourse devient manipulée. Les marchés seraient réservés aux initiés. Les actions seraient finalement beaucoup trop risquées.

Pourtant, les entreprises détenues n’ont parfois presque pas changé.

Seul le prix a changé.

Cette différence entre notre perception et la réalité explique une grande partie des erreurs d’investissement. Nous croyons prendre des décisions rationnelles, alors qu’elles sont souvent dictées par notre cerveau.

Et c’est précisément ce qui rend l’investissement si difficile.

Pourquoi une perte fait beaucoup plus mal qu’un gain ne procure de plaisir

Les économistes comportementaux l’ont montré depuis longtemps : nous souffrons davantage d’une perte que nous ne nous réjouissons d’un gain équivalent.

Perdre 10 000 € ne procure pas simplement l’émotion inverse de gagner 10 000 €.

La douleur est beaucoup plus forte.

Daniel Kahneman et Amos Tversky ont popularisé ce phénomène sous le nom d’aversion aux pertes. Depuis, il a été observé dans de nombreuses expériences et dans pratiquement tous les domaines où des décisions financières sont prises.

Ce biais paraît anodin.

En réalité, il influence presque toutes les décisions d’un investisseur.

Il pousse à vendre après une baisse importante, simplement pour faire disparaître une souffrance psychologique.

Il pousse également à conserver trop longtemps des positions perdantes, parce qu’accepter une perte est émotionnellement difficile.

À l’inverse, beaucoup vendent leurs gagnants trop tôt afin de « sécuriser » un bénéfice.

Dans les deux cas, ce ne sont pas les probabilités qui pilotent la décision.

Ce sont les émotions.

Une étude étonnante… mais souvent mal comprise

Une étude menée notamment par Baba Shiv, de l’université Stanford, est devenue célèbre dans le domaine de la finance comportementale.

Les chercheurs ont demandé à plusieurs participants de jouer à un jeu extrêmement simple.

Chaque manche consistait à miser 1 dollar sur un lancer de pièce.

En cas de victoire, le joueur recevait 2,50 dollars.

En cas d’échec, il perdait seulement son dollar.

Mathématiquement, il était donc rationnel de jouer à chaque tour : l’espérance de gain était positive.

Les chercheurs ont alors comparé deux groupes.

Le premier était composé de personnes ne présentant aucune particularité.

Le second regroupait des personnes ayant subi certaines lésions cérébrales affectant les zones impliquées dans les émotions, sans altérer leurs capacités intellectuelles.

Le résultat est surprenant.

Les personnes dont les réactions émotionnelles étaient fortement diminuées acceptaient beaucoup plus souvent les paris.

Elles terminaient, en moyenne, avec davantage d’argent.

Faut-il en conclure qu’il faudrait supprimer toutes nos émotions pour devenir un excellent investisseur ?

Évidemment non.

Ce n’est d’ailleurs pas ce que montre réellement cette étude.

Elle montre surtout qu’une émotion mal maîtrisée peut empêcher de prendre une décision pourtant favorable lorsque les probabilités sont de notre côté.

Et c’est exactement ce qui se produit régulièrement sur les marchés financiers.

Le marché ne récompense pas celui qui ressent le moins

Beaucoup d’investisseurs pensent que les meilleurs professionnels sont totalement insensibles.

Ce n’est pratiquement jamais le cas.

Les meilleurs investisseurs ressentent eux aussi la peur lorsqu’un marché chute de 30 %.

Ils ressentent également l’euphorie pendant une bulle.

La différence est ailleurs.

Ils ont construit un processus qui empêche leurs émotions de modifier leur stratégie à chaque variation des marchés.

Autrement dit, ils ne cherchent pas à supprimer leurs émotions.

Ils cherchent à les empêcher de décider.

Cette nuance est essentielle.

Pourquoi investir paraît facile… jusqu’à la première crise

Tant que les marchés montent, presque tout le monde se découvre un talent d’investisseur.

Les décisions semblent évidentes.

Les convictions deviennent très fortes.

Puis survient une correction importante.

En quelques semaines, les mêmes actifs deviennent soudainement beaucoup trop dangereux.

Pourtant, si vous investissiez dans un ETF mondial avant la baisse, pourquoi cet ETF serait-il devenu fondamentalement mauvais uniquement parce qu’il vaut désormais 20 % de moins ?

Dans la plupart des cas, rien n’a changé concernant les milliers d’entreprises qui le composent.

En revanche, votre cerveau, lui, réagit immédiatement.

Il interprète cette baisse comme une menace.

C’est un héritage de notre évolution.

Pendant des centaines de milliers d’années, réagir rapidement face au danger augmentait les chances de survie.

En investissement, cette réaction produit souvent l’effet inverse.

Le véritable risque n’est pas toujours celui que vous croyez

Lorsqu’un portefeuille chute de 30 %, beaucoup pensent protéger leur patrimoine en vendant.

En réalité, ils remplacent un risque temporaire par une perte définitive.

Les statistiques historiques montrent que les plus fortes séances de hausse surviennent souvent très près des plus fortes baisses.

Sortir du marché au mauvais moment revient donc fréquemment à manquer une partie importante du rebond.

Le paradoxe est là.

Ce qui procure un soulagement immédiat peut dégrader durablement la performance du portefeuille.

L’émotion apporte un bénéfice psychologique à court terme.

Elle détruit parfois beaucoup de valeur à long terme.

Comment « endommager son cerveau »… sans réellement le faire

L’objectif n’est évidemment pas de devenir incapable de ressentir quoi que ce soit.

Il s’agit plutôt de construire un environnement où les émotions auront moins d’occasions d’intervenir.

C’est précisément le rôle d’une bonne stratégie d’investissement.

Quelques exemples très simples suffisent souvent à améliorer considérablement les décisions :

  • investir selon un plan défini à l’avance plutôt qu’en fonction de l’actualité ;
  • automatiser les versements mensuels pour éviter d’attendre « le bon moment » ;
  • diversifier suffisamment son portefeuille afin qu’aucune position isolée ne provoque un stress excessif ;
  • consulter moins souvent la valeur de son portefeuille lorsque son horizon d’investissement est de vingt ou trente ans.

Ces mesures paraissent presque banales.

Pourtant, elles produisent souvent davantage de performance qu’une recherche permanente du prochain investissement exceptionnel.

Le meilleur investisseur n’est pas celui qui prévoit le futur

Il existe une idée très répandue selon laquelle les meilleurs investisseurs seraient ceux qui anticipent parfaitement les marchés.

Dans la pratique, c’est rarement ce qui les distingue.

Les investisseurs qui réussissent sur plusieurs décennies sont surtout ceux qui évitent les erreurs répétitives.

Ils ne cherchent pas à avoir raison tous les jours.

Ils cherchent à ne pas compromettre une stratégie solide sous l’effet d’une émotion passagère.

Cette différence paraît subtile.

Elle est pourtant immense lorsqu’on laisse les intérêts composés agir pendant vingt ou trente ans.

L’investissement consiste rarement à prendre des décisions extraordinaires.

Il consiste beaucoup plus souvent à continuer d’appliquer des décisions ordinaires lorsque tout le monde autour de vous est persuadé qu’il faudrait faire exactement l’inverse.

Le cerveau humain n’a pas été conçu pour investir sereinement sur les marchés financiers. Une bonne stratégie sert précisément à compenser cette faiblesse, et c’est souvent là que l’accompagnement prend toute sa valeur chez Alti Patrimoine.