Investir n’est pas risqué : le vrai risque est souvent de ne jamais investir

Ne pas investir est risqué

« Je préfère ne pas investir. La bourse est trop risquée. »

C’est probablement l’une des phrases que j’entends le plus souvent chez les personnes qui commencent à s’intéresser à leur patrimoine.

La plupart sont sincères. Elles ne refusent pas d’investir par paresse ou par désintérêt. Elles cherchent simplement à éviter les pertes.

Le paradoxe, c’est que cette volonté de réduire le risque conduit souvent… à prendre un risque beaucoup plus important.

Car il existe une confusion très répandue : on assimile le risque à la volatilité.

Or, perdre temporairement 20 % sur un portefeuille n’est pas nécessairement le plus grand danger auquel un investisseur est confronté.

Le plus grand risque est parfois beaucoup plus discret.

C’est celui de voir son patrimoine perdre lentement son pouvoir d’achat pendant vingt ou trente ans.

Le risque ne disparaît jamais

Beaucoup imaginent qu’il existe deux catégories de personnes :

  • celles qui prennent des risques en investissant ;
  • celles qui restent en sécurité en laissant leur argent sur des supports garantis.

Malheureusement, cette seconde catégorie n’existe pas vraiment.

Ne pas investir est déjà une décision d’investissement.

Simplement, on choisit alors d’investir dans de la monnaie.

Or la monnaie elle-même est un actif dont la valeur évolue.

Lorsqu’une inflation de 3 % dure plusieurs années, un capital qui ne produit aucun rendement perd progressivement son pouvoir d’achat.

Ce phénomène est peu spectaculaire.

Il ne fait jamais la une des journaux.

Mais sur plusieurs décennies, ses conséquences peuvent être considérables.

C’est précisément ce qui rend ce risque si dangereux : il est lent, silencieux et parfaitement acceptable psychologiquement.

Pourquoi la bourse paraît-elle plus dangereuse ?

Notre cerveau fonctionne davantage avec les émotions qu’avec les statistiques.

Une baisse de 25 % sur quelques mois est très visible.

À l’inverse, perdre progressivement du pouvoir d’achat pendant quinze ans est presque imperceptible.

Pourtant, la seconde situation peut avoir un impact bien plus important sur votre patrimoine.

Nous avons tendance à surestimer les risques immédiats et à sous-estimer les risques progressifs.

C’est exactement ce qui explique pourquoi beaucoup de personnes considèrent la volatilité comme le principal danger.

Pour un investisseur de long terme, ce n’est pourtant pas toujours le cas.

La volatilité n’est pas forcément une perte

Il faut distinguer deux notions qui sont souvent mélangées.

La volatilité mesure les variations du prix d’un actif.

Le risque, lui, correspond à la possibilité de ne pas atteindre son objectif.

Ces deux notions ne coïncident pas toujours.

Si vous devez acheter une maison dans six mois, investir en actions est effectivement risqué.

En revanche, si votre objectif est de préparer votre retraite dans trente ans, une forte volatilité aujourd’hui peut n’avoir pratiquement aucune importance.

Les marchés actions traversent régulièrement des corrections de 20 %, parfois davantage.

Ils connaissent également des crises majeures.

Mais historiquement, ces crises ont toujours fait partie du fonctionnement normal des marchés.

Elles ne sont pas une anomalie.

Elles constituent le prix à payer pour obtenir un rendement supérieur à celui des actifs les plus sûrs.

Ce qui est réellement risqué

Cela ne signifie évidemment pas que tous les investissements sont peu risqués.

Loin de là.

Ce qui est dangereux, c’est d’investir sans comprendre ce que l’on achète.

Acheter une action parce qu’un influenceur en parle.

Souscrire un produit parce qu’il promet un rendement élevé.

Suivre les conseils d’un proche sans comprendre les risques.

Confondre diversification et accumulation de produits financiers.

Voilà des comportements réellement risqués.

À l’inverse, un investisseur qui comprend les actifs qu’il détient, qui diversifie son portefeuille et qui investit avec un horizon suffisamment long réduit déjà une grande partie des risques qu’il contrôle.

Les marchés resteront imprévisibles.

Mais son comportement, lui, ne l’est pas.

Le risque vient souvent de ce que l’on ignore

Warren Buffett résume cette idée par une phrase devenue célèbre :

« Le risque vient du fait de ne pas savoir ce que l’on fait. »

Cette citation est parfois utilisée pour laisser croire qu’il suffirait de lire quelques livres pour éliminer le risque.

Ce n’est évidemment pas le cas.

Même les meilleurs investisseurs connaissent des années difficiles.

En revanche, comprendre les mécanismes des marchés permet de distinguer les risques normaux des erreurs évitables.

Comprendre pourquoi une action peut perdre 30 % sans que son intérêt à long terme disparaisse.

Comprendre pourquoi un portefeuille diversifié se comporte différemment d’une action isolée.

Comprendre pourquoi investir régulièrement produit souvent de meilleurs résultats que vouloir entrer « au bon moment ».

Cette connaissance ne supprime pas l’incertitude.

Elle évite surtout les mauvaises décisions prises sous l’effet des émotions.

Le véritable coût de l’inaction

Lorsqu’on parle de risque, une question est rarement posée.

Quel est le coût de ne rien faire ?

Prenons deux investisseurs.

Le premier laisse son épargne dormir pendant trente ans.

Le second investit progressivement dans un portefeuille largement diversifié.

Le premier ne connaîtra probablement jamais de forte baisse de son capital nominal.

Le second, lui, en connaîtra plusieurs.

Mais au terme de ces trente années, lequel aura le plus de chances de préserver son niveau de vie ?

La réponse n’est pas garantie.

Les marchés ne promettent aucun rendement.

Mais l’histoire économique montre qu’à très long terme, les entreprises ont créé davantage de richesse que la simple détention de monnaie.

C’est précisément cette création de valeur que l’investisseur cherche à capter.

L’éducation reste le meilleur investissement

Nous apprenons très tôt à conduire, à nager ou à traverser une route.

Parce que ces activités comportent des risques.

Nous acceptons donc l’idée qu’elles nécessitent un apprentissage.

Avec l’investissement, le raisonnement devrait être identique.

Avant de placer son argent, il est préférable de comprendre :

  • ce qu’est une action ;
  • pourquoi une obligation réagit différemment ;
  • comment fonctionne la diversification ;
  • quel est l’impact des frais ;
  • pourquoi les émotions sont souvent le pire ennemi de l’investisseur.

Cette éducation ne demande pas forcément des années d’études.

Elle demande surtout de la curiosité, de la méthode et un peu de patience.

Et surtout, elle permet progressivement de devenir moins dépendant des recommandations des autres.

Investir ne consiste pas à éliminer le risque

Beaucoup cherchent l’investissement parfait.

Celui qui offrirait un rendement élevé sans aucune incertitude.

Il n’existe pas.

Investir consiste plutôt à choisir quels risques on accepte de supporter.

Le risque de volatilité.

Le risque d’inflation.

Le risque de liquidité.

Le risque de concentration.

Le risque de comportement.

Toute stratégie d’investissement est finalement un arbitrage entre ces différents risques.

La bonne question n’est donc pas :

« Comment éviter tout risque ? »

Mais plutôt :

« Quel risque suis-je prêt à accepter pour atteindre mes objectifs ? »

Le plus grand risque est parfois celui que l’on ne voit pas

Il est parfaitement possible de perdre de l’argent en investissant.

C’est même inévitable sur certaines périodes.

Mais il est tout aussi possible de perdre progressivement en restant immobile.

La différence, c’est que cette seconde perte est beaucoup moins visible.

Investir ne consiste pas à rechercher des performances extraordinaires.

Il s’agit avant tout de préserver et de développer son pouvoir d’achat sur plusieurs décennies.

Pour y parvenir, il faut accepter une idée qui paraît contre-intuitive au départ.

Le risque ne disparaît jamais.

On ne peut que choisir celui que l’on préfère supporter.

Et, pour un investisseur de long terme, le plus coûteux n’est souvent pas celui auquel on pense spontanément.