Actions à dividendes : bonne ou mauvaise idée ?

Actions à dividendes : bonne ou mauvaise idée ?

Les actions à dividendes exercent une fascination particulière. Beaucoup d’investisseurs cherchent avant tout des entreprises capables de verser un revenu régulier, parfois en sacrifiant leur potentiel de croissance. L’idée paraît intuitive : si une société distribue 5 ou 6 % de dividendes chaque année, elle devrait logiquement être plus intéressante qu’une entreprise qui ne verse rien.

C’est une croyance très répandue. Pourtant, elle repose sur une confusion entre deux notions différentes : la manière dont une entreprise restitue de la valeur à ses actionnaires et la performance réellement obtenue par l’investisseur.

Avant même de comparer les actions à dividendes avec les autres, il faut donc répondre à une question plus fondamentale : qu’est-ce qui crée réellement la performance d’un investissement en actions ?

Un dividende n’est pas un rendement supplémentaire

Lorsqu’une entreprise verse un dividende, elle distribue une partie de sa trésorerie à ses actionnaires. Beaucoup d’investisseurs assimilent ce versement à un gain « offert » par la société.

Ce n’est pourtant pas ce qui se produit.

Le jour du détachement du dividende, le cours de l’action baisse mécaniquement d’un montant proche du dividende versé. Une entreprise qui vaut 100 € par action et distribue 5 € de dividende ne crée pas soudainement 5 € de richesse supplémentaire. Elle vaut simplement environ 95 €, tandis que l’actionnaire reçoit 5 € en espèces.

Autrement dit, une partie de la valeur de l’entreprise quitte son bilan pour arriver sur votre compte.

Votre patrimoine n’a pas augmenté. Sa composition a simplement changé.

Cette distinction paraît anodine, mais elle modifie complètement la manière d’analyser les actions à dividendes. Le dividende ne s’ajoute pas à la performance de l’action : il en fait déjà partie.

La performance totale d’une action est donc toujours composée de deux éléments :

  • l’évolution de son cours ;
  • les dividendes distribués.

Ces deux composantes ne doivent jamais être étudiées séparément.

Pourquoi les dividendes séduisent autant

Si cette mécanique est connue depuis longtemps en finance, pourquoi les actions à dividendes continuent-elles d’attirer autant d’investisseurs ?

Parce qu’un dividende est concret. Voir quelques centaines d’euros arriver sur son compte procure une satisfaction immédiate. À l’inverse, une plus-value latente paraît beaucoup plus abstraite tant que les titres ne sont pas vendus.

Cette préférence est largement documentée par la finance comportementale. Beaucoup d’investisseurs considèrent inconsciemment un dividende comme un revenu, alors qu’ils perçoivent une vente partielle d’actions comme une diminution de leur patrimoine. Pourtant, économiquement, les deux opérations peuvent produire exactement le même résultat.

Imaginons deux portefeuilles valant chacun 100 000 €.

  • Le premier est investi dans des actions distribuant 4 % de dividendes.
  • Le second est investi dans des entreprises qui réinvestissent intégralement leurs bénéfices.

À la fin de l’année, le premier investisseur reçoit 4 000 € de dividendes. Le second revend simplement pour 4 000 € de parts de son portefeuille.

Dans les deux cas, leur patrimoine restant est très proche. La différence est essentiellement psychologique.

C’est précisément pour cette raison qu’il faut éviter de construire une stratégie uniquement autour du niveau des dividendes distribués.

Les actions à dividendes ne sont pas meilleures

On entend souvent qu’une entreprise qui verse un dividende élevé est une entreprise solide.

C’est parfois vrai. Mais ce n’est absolument pas une règle.

Une société mature, dont les perspectives de croissance deviennent limitées, a souvent peu d’opportunités pour réinvestir ses bénéfices. Distribuer une partie importante de ses profits peut alors constituer une excellente décision.

À l’inverse, une entreprise en forte croissance préférera généralement conserver son capital afin de financer son développement, ouvrir de nouveaux marchés ou investir dans la recherche.

Aucune de ces deux stratégies n’est intrinsèquement supérieure. Tout dépend de la rentabilité des investissements que l’entreprise est capable de réaliser.

Une entreprise qui réinvestit son capital à 20 % par an crée souvent davantage de valeur pour ses actionnaires qu’une société qui distribue immédiatement l’essentiel de ses bénéfices. À l’inverse, conserver du capital sans savoir quoi en faire détruit de la valeur.

Le dividende n’est donc pas un indicateur de qualité. C’est avant tout un choix d’allocation du capital réalisé par la direction de l’entreprise.

Les actions à dividendes font-elles mieux que le marché ?

Une fois cette distinction comprise, une autre idée largement répandue mérite d’être examinée : les entreprises qui distribuent beaucoup de dividendes offriraient, sur longue période, une meilleure performance que les autres.

L’argument paraît logique. Si deux entreprises progressent de la même manière en Bourse, mais que l’une distribue 5 % de dividendes chaque année, elle devrait logiquement procurer un meilleur rendement global.

Le problème est que cette hypothèse ne se vérifie pas systématiquement dans les données historiques.

Les indices spécialisés dans les actions à haut dividende ont souvent affiché des performances inférieures aux grands indices mondiaux sur les quinze dernières années. Par exemple, le MSCI High Dividend Yield a nettement sous-performé le MSCI World sur cette période. Cela ne signifie pas que les dividendes détruisent de la valeur. Cela montre simplement qu’un rendement élevé ne constitue pas, à lui seul, un facteur de surperformance.

Ce résultat s’explique assez facilement. Les sociétés distribuant une part importante de leurs bénéfices sont souvent des entreprises déjà arrivées à maturité. Elles évoluent dans des secteurs où la croissance est plus faible et disposent de moins d’opportunités d’investissement que des entreprises encore en pleine expansion.

À l’inverse, certaines sociétés qui versent peu, voire aucun dividende, réinvestissent leurs bénéfices dans leur développement. Lorsque ces investissements sont réalisés à des taux de rentabilité élevés, la valeur créée peut largement dépasser ce qu’aurait représenté une distribution immédiate aux actionnaires.

Autrement dit, un dividende élevé peut parfois être le symptôme d’un manque d’opportunités de croissance plutôt qu’un signe de qualité exceptionnelle.

Naturellement, il existe de nombreuses exceptions. Certaines entreprises combinent croissance durable et politique de distribution généreuse pendant plusieurs décennies. D’autres, au contraire, détruisent de la valeur malgré un dividende élevé. Le niveau du dividende ne permet donc pas, à lui seul, de distinguer les bonnes entreprises des mauvaises.

Le véritable piège n’est pas le dividende

À ce stade, le débat risque pourtant de s’orienter dans une mauvaise direction.

On pourrait croire que l’objectif consiste désormais à identifier les entreprises qui versent peu de dividendes, ou celles qui les réinvestissent le mieux.

C’est précisément là que commence une autre difficulté. Comment savoir aujourd’hui quelles entreprises seront capables de créer le plus de valeur au cours des dix ou vingt prochaines années ?

La réponse est simple : personne ne le sait avec suffisamment de régularité.

Les marchés financiers agrègent déjà les anticipations de millions d’investisseurs, d’analystes et de professionnels. Imaginer que l’on saura, de manière répétée, sélectionner les futures entreprises gagnantes est une ambition beaucoup plus difficile qu’elle n’y paraît.

C’est la raison pour laquelle je considère que le véritable sujet n’est pas de choisir entre actions à dividendes et actions de croissance.

Le véritable sujet est de savoir s’il faut chercher à sélectionner quelques entreprises ou accepter de détenir le marché dans son ensemble.

Pour la très grande majorité des investisseurs, la seconde approche est la plus robuste.

Investir via un ou plusieurs ETF indiciels permet de détenir simultanément des milliers d’entreprises réparties dans différents pays et différents secteurs.

Le portefeuille profite alors automatiquement :

  • des entreprises qui distribuent des dividendes élevés ;
  • de celles qui réinvestissent intégralement leurs bénéfices ;
  • des sociétés matures comme des entreprises en forte croissance.

Surtout, il évite d’avoir à deviner à l’avance quelles seront les gagnantes des vingt prochaines années.

C’est un point souvent sous-estimé. Lorsqu’on investit dans un indice mondial, les entreprises qui réussissent prennent progressivement une place plus importante dans le portefeuille, tandis que celles qui déclinent voient naturellement leur poids diminuer, avant de sortir éventuellement de l’indice.

L’investisseur bénéficie ainsi de cette sélection opérée par le marché lui-même, sans avoir à l’effectuer manuellement.

Le débat entre dividendes et croissance devient alors largement secondaire. Ce qui compte réellement n’est plus la politique de distribution de quelques entreprises, mais la capacité de votre portefeuille à capturer la création de valeur de l’économie mondiale dans son ensemble.

Faut-il alors éviter les actions à dividendes ?

Ce serait une mauvaise conclusion. Le dividende n’est pas un défaut. Il n’est simplement pas un critère suffisant pour construire une stratégie d’investissement.

Une entreprise qui distribue une partie de ses bénéfices peut être un excellent investissement. Une autre qui ne verse rien peut l’être tout autant. Ce qui détermine la performance à long terme reste la capacité de l’entreprise à créer de la valeur pour ses actionnaires, que cette valeur soit distribuée aujourd’hui ou réinvestie pour demain.

Dans certains cas, le versement d’un dividende constitue même une excellente décision. Lorsqu’une société n’a plus de projets capables de générer un rendement satisfaisant, restituer son excédent de trésorerie aux actionnaires est souvent préférable à des acquisitions hasardeuses ou à des investissements peu rentables.

À l’inverse, conserver systématiquement tous les bénéfices n’est pas non plus une preuve de bonne gestion. Une entreprise peut accumuler du capital pendant des années sans parvenir à le transformer en croissance rentable.

Le dividende est donc une conséquence d’une politique d’allocation du capital. Il ne dit presque rien, à lui seul, sur la qualité future de l’investissement.

C’est une nuance importante, car beaucoup d’investisseurs construisent aujourd’hui leur portefeuille en filtrant les entreprises selon leur rendement du dividende, parfois sans même s’intéresser au reste.

Ils privilégient par exemple :

  • les actions offrant un rendement supérieur à 5 % ;
  • les entreprises ayant augmenté leur dividende chaque année ;
  • les secteurs historiquement généreux, comme les télécommunications, l’énergie ou certaines foncières cotées.

Ces critères peuvent parfaitement entrer dans une analyse plus globale. En revanche, ils deviennent problématiques lorsqu’ils remplacent cette analyse.

Actions à dividendes : finalement sans importance ?

Dans la pratique, la question des dividendes devient beaucoup moins importante dès lors que l’on adopte une approche indicielle.

Un ETF mondial ne cherche pas à déterminer quelles entreprises distribuent le meilleur dividende. Il ne cherche pas davantage à identifier celles qui réinvestissent le plus efficacement leurs bénéfices.

Il se contente de reproduire le marché.

Vous détenez alors naturellement des sociétés aux profils très différents :

  • des entreprises technologiques qui distribuent peu de dividendes ;
  • des groupes industriels qui en distribuent régulièrement ;
  • des sociétés financières ;
  • des entreprises de consommation ;
  • des entreprises en forte croissance comme des sociétés beaucoup plus matures.

Autrement dit, vous cessez de faire un pari sur une caractéristique particulière des entreprises.

Vous acceptez simplement que certaines créeront davantage de valeur grâce à leurs investissements futurs, tandis que d’autres restitueront davantage de trésorerie à leurs actionnaires. Comme il est impossible de savoir à l’avance quel modèle sera le plus performant dans les dix prochaines années, détenir les deux constitue souvent l’approche la plus rationnelle.

C’est aussi ce qui explique pourquoi je déconseille généralement de construire un portefeuille autour d’ETF spécialisés dans les hauts dividendes. Non parce qu’ils seraient systématiquement mauvais, mais parce qu’ils réduisent volontairement l’univers d’investissement à une caractéristique qui, prise isolément, n’a jamais démontré qu’elle permettait de battre durablement le marché.

Au fond, le dividende répond surtout à une question de préférence personnelle : souhaitez-vous percevoir une partie de votre rendement sous forme de distributions régulières, ou préférez-vous que la valeur reste investie dans les entreprises ? En revanche, il répond beaucoup moins bien à la question qui intéresse réellement l’investisseur : comment maximiser la performance globale de son patrimoine sur plusieurs décennies ?

Chez Alti Patrimoine, nous partons rarement du niveau de dividende recherché pour construire un portefeuille. Nous cherchons d’abord à déterminer quelle exposition aux marchés répond réellement aux objectifs de l’investisseur, puis nous sélectionnons les supports les plus cohérents pour y parvenir. Dans cette logique, le dividende devient une conséquence secondaire de la stratégie retenue, et non le critère qui la dicte.

Et c’est souvent cette inversion du raisonnement qui change durablement la manière d’investir.