
En cas de doute, suivez.
Nous ne formulons jamais les choses ainsi, mais c’est souvent de cette manière que nous prenons nos décisions. Pas uniquement en investissement, d’ailleurs. Lorsqu’une idée est partagée par une majorité, elle paraît immédiatement plus crédible. Si autant de personnes pensent la même chose, c’est qu’elles ont probablement raison.
Ce réflexe est profondément humain. Pendant des millénaires, suivre le groupe a augmenté nos chances de survie. S’isoler était souvent plus dangereux que se tromper avec les autres.
Le problème est que ce mécanisme, parfaitement adapté à notre évolution, fonctionne beaucoup moins bien lorsqu’il s’agit de gérer un patrimoine.
Les marchés financiers récompensent rarement ceux qui pensent comme tout le monde au même moment.
Une course dont on oublie souvent le but
Le concept de rat race est généralement associé à la vie professionnelle : travailler davantage pour gagner plus, consommer plus, puis devoir continuer à travailler pour maintenir ce niveau de vie.
L’image est parlante. Un rat court dans une roue. Il ne s’arrête jamais, mais il ne va nulle part.
En investissement, cette logique existe aussi. Elle prend simplement une autre forme.
On achète ce qui monte parce que tout le monde en parle. On revend lorsque tout le monde s’inquiète. On cherche le prochain secteur à la mode, le prochain ETF miracle, la prochaine technologie censée transformer le monde. À chaque cycle, les acteurs changent, mais le mécanisme reste étonnamment stable.
L’objectif initial — construire un patrimoine durable — finit par passer au second plan. Ce qui compte devient de ne pas être celui qui reste sur le quai pendant que les autres semblent s’enrichir.
C’est précisément là que la rat race commence.
Le consensus donne une impression de sécurité
Suivre la majorité procure un immense confort psychologique.
Si l’investissement réussit, nous avons eu raison avec tout le monde. S’il échoue, nous nous trompons avec tout le monde. Dans les deux cas, notre cerveau perçoit moins de risque que si nous étions seuls contre l’opinion générale.
Pourtant, le marché ne rémunère pas le confort.
Il rémunère la qualité des décisions.
Or, une décision populaire est souvent une décision qui intègre déjà toutes les bonnes nouvelles connues à cet instant. Les investisseurs sont nombreux à avoir acheté avant vous. Les prix reflètent déjà cet enthousiasme.
Cela ne signifie pas que le consensus est systématiquement faux. Les marchés haussiers peuvent durer des années et il est parfaitement normal que certaines tendances soient justifiées.
Le véritable danger apparaît lorsque l’on cesse de réfléchir parce que tout le monde semble convaincu.
À ce moment-là, ce n’est plus une stratégie. C’est un réflexe de groupe.
Les grandes bulles racontent toujours la même histoire
L’histoire financière est remplie d’épisodes où des investisseurs pourtant raisonnables ont fini par suivre une dynamique collective.
La bulle Internet de la fin des années 1990 en est un exemple classique. Beaucoup d’investisseurs restaient sceptiques au départ. Puis les valorisations continuaient de grimper, les médias ne parlaient plus que des nouvelles technologies et ceux qui étaient restés prudents avaient le sentiment de manquer une occasion unique.
Le même phénomène s’est retrouvé dans l’immobilier américain avant 2008.
Plus récemment, certains segments des cryptomonnaies, des SPAC, des actions liées à l’intelligence artificielle ou des ETF extrêmement spécialisés ont parfois connu les mêmes emballements.
Chaque époque trouve ses propres justifications. Les histoires changent. Les mécanismes psychologiques, eux, évoluent beaucoup moins.
Lorsque tout le monde devient convaincu qu’un actif ne peut plus baisser, il est souvent déjà très cher.
À l’inverse, lorsque plus personne ne veut en entendre parler, il devient parfois beaucoup plus intéressant.
Le problème n’est pas la foule
On pourrait croire que la solution consiste à toujours faire l’inverse des autres.
Ce serait une erreur.
Être systématiquement contrariant n’est pas plus intelligent que suivre systématiquement le consensus. Acheter un actif uniquement parce qu’il baisse n’a pas davantage de sens que l’acheter uniquement parce qu’il monte.
La bonne question est différente.
Pourquoi prenez-vous cette décision ?
Parce qu’elle correspond à votre processus d’investissement ? Ou simplement parce que beaucoup de personnes semblent convaincues qu’il faut agir ainsi ?
Cette distinction paraît subtile. En pratique, elle change tout.
Il est parfaitement possible d’acheter un ETF mondial comme des millions d’investisseurs… pour d’excellentes raisons.
À l’inverse, il est tout aussi possible d’investir dans une stratégie très originale simplement pour avoir le sentiment d’être différent.
L’important n’est donc pas d’être dans la foule ou en dehors.
L’important est de savoir pourquoi vous êtes là.
Un processus vaut mieux qu’une intuition
La meilleure protection contre la rat race n’est pas l’intelligence.
C’est la méthode.
Avant d’investir, demandez-vous ce qui justifie réellement votre décision. Pourquoi achetez-vous cet actif ? Dans quelles circonstances accepteriez-vous de le vendre ? Quelles seraient les raisons de continuer à le conserver malgré une baisse importante ?
Ces questions paraissent simples.
Pourtant, elles empêchent une grande partie des décisions impulsives.
Je constate souvent que les investisseurs qui traversent le mieux les périodes difficiles ne sont pas ceux qui prédisent le mieux l’avenir. Ce sont ceux qui savent déjà comment ils réagiront lorsque l’avenir les surprendra.
Un portefeuille construit selon des règles claires laisse beaucoup moins de place aux émotions qu’un portefeuille construit sur des intuitions.
Investir différemment ne signifie pas chercher l’originalité
Beaucoup d’investisseurs pensent qu’il faut trouver l’idée que personne n’a encore découverte.
Dans la réalité, les meilleurs résultats proviennent souvent d’une approche beaucoup plus banale.
Investir régulièrement.
Diversifier.
Accepter que les marchés connaissent des périodes difficiles.
Rééquilibrer son portefeuille lorsque cela devient nécessaire.
Ces principes sont connus de tous.
Ils sont surtout difficiles à appliquer lorsque tout le monde fait exactement l’inverse.
Pendant un marché haussier, rester discipliné donne parfois l’impression d’être en retard. Pendant un marché baissier, continuer à investir paraît presque absurde.
Pourtant, c’est précisément dans ces moments que le processus prend toute sa valeur.
L’investissement récompense moins les bonnes idées que leur application constante.
Même si vous gagnez…
Il existe une phrase souvent attribuée à Lily Tomlin qui résume parfaitement cette réflexion :
Le problème avec la rat race, c’est que même si vous gagnez, vous restez un rat.
En investissement, cela signifie qu’obtenir un bon résultat ne valide pas forcément la méthode utilisée.
Un investisseur peut gagner beaucoup d’argent simplement parce qu’il est arrivé au bon moment sur un marché euphorique.
La vraie question est différente : serait-il capable de reproduire ce résultat dans dix ou quinze ans, après plusieurs cycles de marché ?
Construire un patrimoine ne consiste pas à gagner une course.
Il s’agit de prendre, année après année, suffisamment de bonnes décisions pour que les intérêts composés puissent faire leur travail.
C’est beaucoup moins spectaculaire.
Mais c’est généralement beaucoup plus efficace.
Et c’est précisément ce que nous essayons de construire avec les investisseurs que nous accompagnons chez Alti Patrimoine : un processus suffisamment solide pour ne pas dépendre de l’humeur de la foule.