Pourquoi la bourse monte à long terme ?

Pourquoi la bourse monte à long terme

On entend souvent que « la bourse monte toujours à long terme ».

Cette affirmation est globalement juste. Les marchés actions ont produit, selon les pays et les périodes, des rendements annuels proches de 9 à 10 % sur le très long terme. C’est cette capacité à faire croître le capital plus vite que l’inflation qui explique pourquoi les actions occupent une place centrale dans la plupart des patrimoines.

Pourtant, cette phrase est souvent utilisée comme un slogan, sans que l’on s’interroge réellement sur ce qu’elle signifie. Pourquoi la bourse monterait-elle naturellement ? Est-ce une sorte de loi économique ? Une simple habitude statistique ? Ou bien une croyance qui s’est révélée vraie jusqu’à présent sans que l’on sache vraiment pourquoi ?

La réponse est importante, car elle change profondément la manière d’investir.

Si l’on pense que les marchés montent « parce qu’ils finissent toujours par remonter », chaque baisse devient un exercice de foi. À l’inverse, lorsque l’on comprend précisément d’où vient la performance des actions, les périodes difficiles deviennent beaucoup plus faciles à interpréter.

La première idée à avoir en tête est que la bourse n’est pas une machine à fabriquer des rendements. Ce n’est pas davantage un immense casino où les prix évolueraient au hasard. Derrière chaque action se trouve une entreprise qui produit des biens ou des services, réalise un chiffre d’affaires, dégage des bénéfices et verse parfois une partie de ceux-ci à ses actionnaires.

Autrement dit, la performance boursière trouve d’abord son origine dans l’économie réelle.

Les deux moteurs qui expliquent l’essentiel de la performance

À très long terme, les rendements des actions proviennent essentiellement de deux sources.

  • La croissance des bénéfices des entreprises.
  • Les revenus distribués aux actionnaires, principalement sous forme de dividendes.

La première composante est la plus intuitive. Une entreprise qui gagne davantage d’argent qu’il y a dix ans vaut généralement plus cher. Si cette progression concerne non pas une seule société mais des milliers d’entreprises réparties dans le monde entier, la valeur globale du marché actions finit naturellement par augmenter.

La seconde composante est souvent sous-estimée. Même lorsqu’un cours de bourse évolue peu pendant plusieurs années, les dividendes continuent de rémunérer les actionnaires et représentent une part importante du rendement historique des marchés.

Lorsque l’on additionne ces deux moteurs sur de longues périodes, on retrouve des performances très proches de celles effectivement observées sur les grands indices boursiers.

Cette observation conduit à une première conséquence pratique.

Investir en actions revient avant tout à acheter une part des bénéfices futurs des entreprises. Ce n’est pas parier sur l’évolution d’un graphique.

Pourquoi la bourse paraît-elle parfois déconnectée de l’économie ?

Si ces deux facteurs expliquent la performance de long terme, pourquoi les marchés connaissent-ils parfois des hausses spectaculaires ou, au contraire, des chutes de 30, 40 ou 50 % en quelques mois ?

Parce qu’il existe un troisième moteur.

Celui-ci ne crée aucune richesse supplémentaire. Il ne modifie ni les bénéfices des entreprises ni les dividendes distribués. Il agit uniquement sur le prix que les investisseurs acceptent de payer aujourd’hui pour ces bénéfices futurs.

Autrement dit, il s’agit de la composante spéculative.

Lorsque l’optimisme domine, les investisseurs acceptent de payer toujours plus cher les mêmes bénéfices. À l’inverse, lorsque la peur s’installe, ils exigent une décote parfois très importante pour acheter exactement les mêmes entreprises.

Les bénéfices peuvent continuer de progresser alors même que les marchés baissent. L’inverse est également possible : les cours peuvent fortement grimper alors que les bénéfices évoluent beaucoup plus lentement.

C’est précisément ce qui explique que les marchés puissent sembler totalement déconnectés de l’économie pendant plusieurs années.

À long terme, cette composante spéculative tend à s’effacer. Les valorisations excessives finissent généralement par revenir vers des niveaux plus raisonnables, tout comme les périodes de pessimisme extrême finissent par laisser place à davantage d’optimisme.

À court et moyen terme, en revanche, son influence peut être considérable.

Les années 1990 constituent un bon exemple. Aux États-Unis, la croissance des bénéfices et les dividendes expliquaient déjà une progression solide du marché. Mais l’enthousiasme autour des valeurs technologiques est venu ajouter plusieurs points de rendement supplémentaires chaque année.

Le résultat fut une décennie exceptionnelle, difficilement soutenable.

À l’inverse, les années 2000 sont souvent qualifiées de « décennie perdue ». L’économie américaine a continué à produire de la richesse et les entreprises à dégager des bénéfices, mais les investisseurs ont progressivement abandonné les valorisations excessives héritées de la bulle Internet.

Le phénomène spéculatif a alors joué dans le sens inverse.

Autrement dit, les entreprises continuaient de créer de la valeur, mais les investisseurs étaient simplement disposés à payer moins cher cette valeur.

Cette distinction est essentielle. Beaucoup d’investisseurs attribuent les performances des marchés uniquement à l’évolution de l’économie, alors qu’une partie parfois très importante provient simplement des variations de valorisation.

Le PER permet d’observer cette composante spéculative

Cette évolution des valorisations peut être suivie grâce à un indicateur simple : le PER, pour Price Earnings Ratio.

Le PER mesure combien les investisseurs acceptent de payer pour un euro de bénéfice.

Un PER de 20 signifie que le marché valorise une entreprise vingt fois son bénéfice annuel. Plus ce ratio augmente, plus les investisseurs manifestent leur confiance dans les bénéfices futurs… ou leur excès d’optimisme. À l’inverse, un PER faible traduit souvent une défiance importante, parfois justifiée, parfois excessive.

Le PER ne permet évidemment pas de prévoir les marchés à court terme. Une valorisation élevée peut encore progresser plusieurs années, tandis qu’une valorisation faible peut rester faible longtemps.

En revanche, il permet de comprendre pourquoi deux périodes économiques comparables peuvent produire des performances boursières radicalement différentes.

Lorsque les bénéfices progressent de 7 % mais que le PER passe de 15 à 25, le marché affiche une performance spectaculaire.

Lorsque ces mêmes bénéfices progressent encore de 7 %, mais que le PER revient de 25 à 15, les investisseurs peuvent connaître plusieurs années de performances médiocres malgré une économie toujours dynamique.

Pour l’investisseur de long terme, cette distinction change beaucoup de choses.

Une forte hausse du marché n’est pas forcément synonyme d’une forte création de richesse. Elle peut simplement traduire le fait que les investisseurs paient de plus en plus cher les mêmes bénéfices.

Pourquoi les investisseurs paient-ils parfois beaucoup trop cher ?

Cette composante spéculative peut être observée grâce à un indicateur très simple : le PER (Price Earnings Ratio).

Le PER indique combien les investisseurs sont prêts à payer aujourd’hui pour un euro de bénéfice réalisé par une entreprise. Un PER de 20 signifie que le marché valorise une société vingt fois son bénéfice annuel.

Plus ce ratio est élevé, plus les investisseurs acceptent de payer cher les bénéfices futurs. Cela peut refléter un optimisme parfaitement justifié, par exemple lorsqu’une entreprise connaît une croissance exceptionnelle. Mais cela peut aussi traduire un excès de confiance, lorsque les anticipations deviennent irréalistes.

À l’inverse, un PER faible est souvent le signe d’un pessimisme marqué. Là encore, celui-ci peut être justifié si les perspectives économiques se dégradent réellement, mais il peut aussi devenir excessif lorsque la peur prend le dessus.

Le PER ne permet donc pas de prédire les marchés à court terme. Un marché cher peut continuer de monter plusieurs années, tout comme un marché bon marché peut le rester longtemps. En revanche, il permet de comprendre pourquoi deux périodes affichant une croissance économique comparable peuvent produire des performances boursières radicalement différentes.

Prenons un exemple simple.

Imaginons que les bénéfices des entreprises progressent de 7 % par an pendant dix ans.

  • Si les investisseurs continuent de payer les bénéfices au même prix, la performance du marché sera essentiellement alimentée par cette croissance et par les dividendes.
  • Si, durant cette même période, ils acceptent progressivement de payer ces bénéfices de plus en plus cher, la performance sera largement amplifiée.
  • À l’inverse, si les valorisations reviennent à des niveaux plus raisonnables, une partie de la croissance économique sera effacée par la baisse des multiples de valorisation.

C’est précisément ce qui explique que certains investisseurs aient parfois l’impression que « la bourse ne suit plus l’économie ».

En réalité, les entreprises continuent souvent à créer de la richesse. Ce sont simplement les investisseurs qui modifient en permanence le prix qu’ils acceptent de payer pour cette richesse.

Ce que cela change concrètement pour un investisseur

Comprendre ces trois moteurs change profondément la manière d’interpréter les marchés.

Lorsque la bourse recule fortement, beaucoup d’investisseurs concluent que « quelque chose est cassé ». Pourtant, il est souvent difficile de distinguer ce qui relève réellement de la dégradation économique de ce qui provient uniquement d’un changement de sentiment collectif.

Si les bénéfices des entreprises s’effondrent durablement, une baisse des marchés est logique.

Mais lorsque les bénéfices continuent de progresser alors que les investisseurs deviennent simplement plus prudents, le phénomène est très différent. La baisse provient alors principalement de la contraction des valorisations.

C’est d’ailleurs ce qui rend les marchés parfois déroutants.

Une excellente nouvelle économique peut être suivie d’une baisse des cours, parce que cette bonne nouvelle était déjà intégrée dans les prix. À l’inverse, les marchés peuvent rebondir alors même que les statistiques économiques restent médiocres, simplement parce que les investisseurs anticipent une amélioration future.

Autrement dit, les marchés ne réagissent pas uniquement aux faits. Ils réagissent surtout à l’écart entre les faits et les attentes.

Cette nuance est essentielle, car elle évite de chercher une explication rationnelle à chacun des mouvements quotidiens de la bourse.

La hausse de long terme n’est pas une promesse, mais une conséquence

Dire que la bourse monte à long terme ne signifie pas qu’elle progresse de façon régulière.

Cela signifie que, tant que les entreprises continuent d’innover, d’améliorer leur productivité, de conquérir de nouveaux marchés et de dégager davantage de bénéfices, la valeur économique créée finit, tôt ou tard, par se refléter dans les cours.

Cette dynamique repose sur plusieurs moteurs profonds.

  • Le progrès technique, qui permet de produire davantage avec les mêmes ressources.
  • La croissance démographique dans certaines régions du monde.
  • Les gains de productivité.
  • La capacité des entreprises à créer de nouveaux produits, de nouveaux services et de nouveaux marchés.

Bien entendu, rien ne garantit que chaque pays bénéficiera de cette dynamique. L’histoire montre que certains marchés ont connu plusieurs décennies de stagnation.

En revanche, un portefeuille largement diversifié à l’échelle mondiale permet précisément de ne pas dépendre de la trajectoire d’une seule économie.

Investir en actions ne consiste pas à parier sur l’humeur future des investisseurs. Cela revient à investir dans la capacité des entreprises à créer toujours plus de valeur au fil des années.

Les émotions continueront d’amplifier les hausses comme les baisses. Elles continueront aussi d’offrir régulièrement des périodes d’euphorie et de découragement.

Mais elles ne créent pas la performance. Elles ne font que la déplacer dans le temps.

Comprendre cette différence est souvent ce qui permet de construire un portefeuille que l’on est capable de conserver lorsque les valorisations s’écartent, temporairement, de ce que fait l’économie. C’est ainsi que l’on finit par bénéficier de la hausse de la bourse sur le long terme.