
Si vous détenez un fonds indiciel sur le S&P 500, deux scénarios sont possibles, selon que le fonds soit pondéré par capitalisation ou équipondéré :
- Soit vous concentrez votre argent sur une poignée de très grandes entreprises (fonds pondéré par capitalisation).
- Soit vous investissez comme si des sociétés comme Microsoft et une entreprise bien plus modeste (prenons l’exemple de U-Haul) comptaient autant pour votre avenir financier (fonds équipondéré).
Dans la majorité des cas, c’est la première option qui s’applique. Pourquoi ? Parce que la plupart des fonds indiciels sur le S&P 500 sont pondérés par capitalisation boursière. Cela signifie que les plus grandes entreprises (en termes de valeur de marché) pèsent beaucoup plus dans la performance du fonds que les plus petites.
Par exemple, un fonds pondéré par capitalisation détiendra environ 200 fois plus de Microsoft (valorisé autour de 2 800 milliards de dollars) que de U-Haul (environ 14 milliards).
À l’inverse, un fonds à pondération égale accorde le même poids à chaque entreprise, qu’il s’agisse d’un géant de la tech ou d’un acteur plus modeste du transport.
Une illusion de diversification ?
Beaucoup d’épargnants sont rassurés à l’idée d’investir dans un indice composé de 500 sociétés. Mais en réalité, une dizaine de mastodontes pilotent la majorité des mouvements de l’indice. Environ un tiers de la performance quotidienne du S&P 500 provient des 10 plus grosses entreprises : Apple, Microsoft, Amazon, Nvidia, Alphabet (Google), Meta (Facebook), Tesla, Berkshire Hathaway, Broadcom, etc.
À eux seuls, Apple et Microsoft représentent près de 14 % de l’indice. Et un groupe surnommé les “Magnificent Seven” (Apple, Microsoft, Amazon, Nvidia, Meta, Tesla et Alphabet) a généré près des deux tiers des gains du S&P 500 en 2023.
Si vous cherchez une exposition diversifiée à des grands noms “classiques” comme Coca-Cola, Disney, Intel, Boeing, Pfizer ou American Express, sachez que ces sociétés pèsent ensemble moins de 3 % dans la plupart des fonds indiciels S&P 500.
Faut-il privilégier un fonds équipondéré ou par capitalisation ?
Il n’y a pas de réponse universelle. Cela dépend de votre profil et de votre philosophie d’investissement. Voici trois façons d’aborder la question :
Sur le plan philosophique :
La pondération par capitalisation limite la diversification effective. La majorité des 500 entreprises ont peu d’impact. D’un point de vue théorique, la pondération égale semble donc plus logique.
Sur le plan psychologique :
Un fonds pondéré par capitalisation colle davantage à l’actualité financière. Les performances du fonds suivent ce que vous entendez dans les médias. Si vous optez pour un fonds équipondéré, vous risquez de constater des écarts notables avec les “performances officielles” de l’indice. Cela peut déstabiliser.
Sur le plan financier :
C’est plus nuancé. Si l’on regarde l’historique entre deux fonds américains emblématiques — le Vanguard 500 Index Fund (pondéré par capitalisation) et le Invesco S&P 500 Equal Weight Fund (équipondéré) — entre 1987 et fin 2023, les performances ont été très proches :
- 10,7 % par an pour Vanguard,
- 10,9 % pour Invesco.
Sur une longue période, une différence de 0,2 point annuel devient significative : un placement initial de 10 000 euros aurait donné 399 000 € dans le fonds Vanguard contre 415 000 € dans le fonds Invesco.
Mais les résultats futurs dépendront du contexte :
- Si les géants de la tech continuent à dominer, les fonds pondérés par capitalisation s’en sortiront mieux.
- Si ce sont les entreprises plus petites qui performent, les fonds équipondérés seront plus avantageux.
Et en terme de fiscalité ?
Dans un compte-titres (imposé), les fonds équipondérés, qui nécessitent des rééquilibrages fréquents, peuvent générer davantage de plus-values imposables indirectes, car le fonds vend plus souvent pour rééquilibrer ses positions.
Cette rotation accrue peut légèrement affecter le rendement net après impôts. Cela reste marginal pour la plupart des investisseurs, sauf en cas de détention sur CTO et dans une tranche d’imposition élevée.
Les leaders d’hier sont les oubliés d’aujourd’hui
Il est aussi utile de prendre du recul. Parmi les 10 plus grandes entreprises du S&P 500 en 1987, la plupart (General Motors, Ford, IBM, Texaco, etc.) existent encore… mais ont été largement dépassées.
ExxonMobil est la seule à figurer encore dans le top 20 aujourd’hui. IBM, autrefois géant de la tech, est maintenant à la 49e place. Ford et GM sont descendues à la 164e et 171e place.
Moralité : les choses changent. Et un indice pondéré par capitalisation s’adapte automatiquement à ces évolutions. C’est à la fois sa force… et sa faiblesse.
En résumé :
- La pondération par capitalisation est plus intuitive, fiscalement plus simple, et correspond mieux aux performances annoncées.
- La pondération égale (équipondération) permet une diversification plus réelle, mais implique plus de volatilité et (parfois) un peu plus de fiscalité.
C’est à vous de choisir en fonction de vos objectifs. Et n’oubliez pas : ce qui semble dominer aujourd’hui peut ne plus l’être demain.