Investir comme Einstein

Investir comme Einstein

Albert Einstein aurait qualifié les intérêts composés de « huitième merveille du monde » pour investir. Peu importe que la citation soit parfaitement authentique ou non : l’idée, elle, est juste.

Les intérêts composés sont probablement le mécanisme le plus puissant dont dispose un investisseur. Pourtant, ils sont aussi l’un des plus sous-estimés.

Lorsque je discute avec des investisseurs, les questions portent rarement sur ce sujet. On me demande quel ETF acheter, si les marchés sont trop hauts, s’il faut attendre une baisse, ou encore si telle classe d’actifs va surperformer. Beaucoup moins souvent : « Comment gagner durablement un ou deux points de rendement supplémentaires sur plusieurs décennies ? » Pourtant, c’est probablement cette question qui aura le plus d’impact sur leur patrimoine.

Le paradoxe est que nombre d’investisseurs cherchent avant tout à éviter le moindre risque. Cette recherche de sécurité paraît logique. Mais elle conduit parfois exactement au résultat inverse : prendre tellement peu de risques que l’on finit par mettre en danger ses objectifs de long terme.

Sécurité d’aujourd’hui, risque de demain ?

Prenons un cas simple. Vous investissez 5 000 € par an pendant quarante ans, entre 25 et 65 ans.

Deux stratégies s’offrent à vous :

  • La première privilégie presque exclusivement les placements très prudents. Vous obtenez en moyenne 4 % par an.
  • La seconde accepte une part raisonnable d’actions afin de viser 6 % de rendement annuel.

Deux points d’écart seulement. À première vue, cela paraît presque anecdotique.

Pourtant, après quarante années d’investissement, le premier portefeuille atteint environ 475 000 €, contre près de 774 000 € pour le second. La différence dépasse 298 000 €.

Et pourtant, vous avez versé exactement la même somme dans les deux cas : 200 000 € au total.

Autrement dit, deux points de rendement supplémentaires produisent davantage de richesse que quarante années d’effort d’épargne.

C’est là que les intérêts composés deviennent contre-intuitifs. Notre cerveau raisonne spontanément de façon linéaire. Deux points de rendement semblent représenter un petit écart. Les mathématiques, elles, fonctionnent de manière exponentielle :

  • Chaque euro gagné continue ensuite à produire lui-même des gains.
  • Puis ces gains génèrent de nouveaux gains.

Le temps devient alors votre meilleur allié.

Au-delà du capital obtenu

On réduit souvent la performance à une simple valeur de portefeuille. En réalité, ce qui compte n’est pas uniquement le montant affiché sur votre compte. C’est ce que ce capital vous permettra de faire.

Supposons que vous appliquiez une règle prudente consistant à retirer environ 4 % de votre portefeuille chaque année lors de votre retraite :

Avec un patrimoine de 475 000 €, cela représente environ 19 000 € de revenus la première année.

Avec un patrimoine de 774 000 €, les retraits initiaux dépassent 30 000 €.

La différence n’est plus seulement comptable. Elle devient concrète :

  • Voyager davantage.
  • Aider ses enfants.
  • Changer de logement.
  • Prendre sa retraite quelques années plus tôt.
  • Vivre avec davantage de sérénité.

Beaucoup d’investisseurs cherchent à augmenter leurs revenus en travaillant plus longtemps ou en épargnant davantage. C’est parfois nécessaire.

Mais améliorer légèrement le rendement obtenu pendant plusieurs décennies produit souvent un effet bien plus puissant.

Les intérêts composés ne s’arrêtent pas au départ à la retraite

Une idée reçue consiste à croire que la phase d’accumulation s’arrête une fois la retraite commencée. En pratique, un portefeuille continue généralement à produire du rendement, à condition que les retraits restent raisonnables.

Si votre portefeuille continue de croître à un rythme proche de son rendement historique, il peut financer plusieurs décennies de revenus tout en conservant une partie importante de son capital.

Cela change complètement la manière d’envisager le patrimoine.

Il ne s’agit plus seulement de préparer sa retraite. Il s’agit aussi de préserver une marge de sécurité face aux imprévus, à une espérance de vie plus longue que prévu ou encore à la volonté de transmettre un patrimoine.

L’effet des intérêts composés continue simplement de travailler dans un contexte différent.

Plus de rendement ne signifie pas prendre beaucoup plus de risques

À ce stade, une objection revient souvent. Si deux points de rendement font une telle différence, ne faut-il pas prendre énormément plus de risques ? Pas nécessairement.

Il existe une confusion fréquente entre risque absolu et risque maîtrisé.

Passer d’un portefeuille composé presque exclusivement d’obligations ou de fonds garantis à un portefeuille largement diversifié intégrant une part significative d’actions augmente effectivement la volatilité.

Mais cela ne signifie pas que le risque de long terme augmente dans les mêmes proportions.

Pour un investisseur qui dispose encore de vingt, trente ou quarante années devant lui, le véritable risque n’est pas uniquement la baisse temporaire des marchés.

C’est aussi celui de ne pas obtenir un rendement suffisant pour financer ses objectifs. Autrement dit, éviter toute volatilité peut parfois conduire à prendre davantage de risque… sans s’en rendre compte.

Le rendement dépend aussi des frais

On parle beaucoup de la performance des marchés. Beaucoup moins de la performance que l’on abandonne chaque année. Pourtant, les frais obéissent exactement aux mêmes lois que les intérêts composés.

Une différence de 1 % de frais annuels paraît faible. Sur quelques mois, elle l’est. Sur quarante ans, elle représente souvent plusieurs centaines de milliers d’euros.

Chaque euro payé en frais est un euro qui ne produira jamais d’intérêts composés. C’est précisément la raison pour laquelle je privilégie généralement les ETF indiciels lorsque cela est pertinent.

Ils ne garantissent pas de meilleurs rendements. En revanche, ils garantissent presque toujours des coûts beaucoup plus faibles que les fonds traditionnels. Et cette différence, elle, est certaine.

La diversification reste le meilleur allié des intérêts composés

Chercher davantage de rendement ne signifie pas concentrer son patrimoine sur quelques paris.

Au contraire, les intérêts composés fonctionnent d’autant mieux qu’on leur laisse du temps.

Et pour leur laisser du temps, encore faut-il pouvoir rester investi. C’est là que la diversification devient essentielle :

  • Entre plusieurs zones géographiques.
  • Entre grandes et petites entreprises.
  • Entre différents secteurs.
  • Entre plusieurs classes d’actifs lorsque cela est pertinent.

La diversification ne permet pas de maximiser la performance chaque année : elle augmente surtout les chances d’obtenir une bonne performance sur plusieurs décennies.

Or, ce sont précisément ces longues périodes qui permettent aux intérêts composés d’exprimer toute leur puissance.

Le meilleur rendement est celui que l’on conserve

Les plus beaux graphiques de performance ont un point commun. Ils supposent toujours que l’investisseur est resté investi. C’est rarement le cas dans la réalité.

Les études comportementales montrent régulièrement que les investisseurs obtiennent des performances inférieures à celles de leurs propres fonds.

La raison est simple :

  • Ils investissent après les hausses.
  • Ils vendent pendant les baisses.
  • Ils changent régulièrement de stratégie.

Ils interrompent le processus même qui devait produire les intérêts composés. Le véritable défi n’est donc pas uniquement de construire un bon portefeuille : c’est de construire un portefeuille que vous serez capable de conserver lorsque les marchés traverseront une crise.

Car les intérêts composés ne récompensent pas uniquement les bons investisseurs. Ils récompensent surtout les investisseurs patients.

Nul besoin d’être Einstein pour investir

Les chiffres présentés ici sont des simulations. Les rendements futurs seront différents des rendements passés.

Aucun portefeuille ne progresse de manière régulière pendant quarante ans, car :

  • Les marchés connaîtront des crises.
  • Les taux évolueront.
  • La fiscalité changera probablement.

Tout cela est inévitable. En revanche, une chose paraît beaucoup plus stable : les investisseurs qui laissent le temps, la discipline et les intérêts composés travailler ensemble finissent généralement par obtenir des résultats que les raccourcis promettent rarement.

Chercher quelques points de rendement supplémentaires grâce à une allocation mieux construite, des frais plus faibles et une meilleure discipline n’a rien de spectaculaire. C’est justement ce qui en fait une approche robuste.

On admire souvent Einstein pour ses découvertes. Les investisseurs auraient peut-être davantage intérêt à s’inspirer de sa façon de raisonner : comprendre qu’un phénomène apparemment minuscule peut produire, avec suffisamment de temps, des conséquences immenses.

Chez Alti Patrimoine, nous accordons souvent plus d’importance aux décisions qui paraissent anodines aujourd’hui qu’à celles qui font la une des marchés. Ce sont généralement les premières qui feront la différence dans plusieurs décennies.