Le marché va-t-il monter ou descendre ?

Le marché va-t-il monter ou descendre ?

Les marchés ont connu une nouvelle semaine agitée. Les indices montent, rechutent, rebondissent parfois avec la même violence. À chaque séance, une nouvelle explication apparaît : inflation, banques centrales, croissance, résultats d’entreprises, tensions géopolitiques… Il semble toujours exister une raison convaincante pour justifier le dernier mouvement.

Pourtant, une fois le bruit médiatique écarté, une réalité beaucoup moins spectaculaire apparaît.

Personne ne sait réellement où ira le marché dans les prochaines semaines.

Cette affirmation paraît frustrante. Elle est pourtant probablement l’une des plus utiles qu’un investisseur puisse accepter.

À chaque correction boursière, les prévisions se multiplient. Certains annoncent une récession historique, d’autres voient déjà le début d’un nouveau marché haussier. Les graphiques, les modèles économiques et les analyses se succèdent. Beaucoup sont cohérents. Peu seront justes.

Ce n’est pas parce que les économistes sont incompétents. C’est parce que les marchés financiers sont des systèmes extraordinairement complexes, influencés par des milliers de variables qui interagissent en permanence. La croissance économique, les bénéfices des entreprises, les décisions des banques centrales, les tensions internationales, mais aussi les émotions des investisseurs, jouent simultanément.

Le problème est qu’aucun de ces éléments ne suffit, à lui seul, à prévoir ce qui se passera demain.

Nous l’observons régulièrement chez Alti Patrimoine. Lorsque les marchés corrigent brutalement, beaucoup d’investisseurs cherchent avant tout à savoir si la baisse va continuer. Comme si cette réponse conditionnait la bonne décision à prendre.

En réalité, c’est souvent la mauvaise question.

Le plus grand piège consiste à confondre le prix et la valeur

Benjamin Graham, considéré comme le père de l’investissement dans la valeur, proposait une image devenue célèbre : celle de « Mr. Market ».

Imaginez que vous soyez associé avec un partenaire qui possède une moitié d’une entreprise avec vous. Chaque matin, ce partenaire frappe à votre porte et vous propose soit de vous racheter votre part, soit de vous vendre la sienne.

Le plus étonnant n’est pas qu’il fasse une offre tous les jours.

C’est que son humeur change sans arrêt.

Certains jours, il déborde d’optimisme. Il est persuadé que l’avenir sera radieux et vous propose un prix très élevé.

D’autres jours, il est convaincu que tout va s’effondrer. Sans que l’entreprise ait réellement changé, il accepte de vendre beaucoup moins cher.

Benjamin Graham ne cherchait pas à décrire le fonctionnement exact des marchés. Il cherchait surtout à rappeler une idée fondamentale : le marché fixe un prix, pas une valeur.

Or, dans les périodes de forte volatilité, nous avons tendance à oublier cette distinction.

Lorsque le cours d’une action baisse de 20 %, nous avons spontanément l’impression que l’entreprise vaut 20 % de moins. Pourtant, dans bien des cas, rien d’essentiel n’a changé.

L’entreprise continue de vendre ses produits.

Elle continue d’investir.

Elle continue parfois même d’augmenter ses bénéfices.

Seul le regard que les investisseurs portent sur elle a changé.

Et ce regard peut évoluer beaucoup plus vite que la réalité économique.

Les marchés sont parfois rationnels. Ils sont aussi souvent excessifs.

Attention toutefois à ne pas tomber dans l’excès inverse.

Dire que les marchés sont parfois irrationnels ne signifie pas qu’ils ont toujours tort.

Il arrive qu’une baisse soit parfaitement justifiée. Une entreprise peut voir son modèle économique se dégrader durablement. Une récession peut réellement peser sur les bénéfices des sociétés. Une remontée des taux d’intérêt peut modifier la valorisation de nombreux actifs.

Les marchés anticipent souvent ces changements avant qu’ils apparaissent dans les chiffres publiés.

Le problème est ailleurs.

Les investisseurs ont tendance à extrapoler le présent beaucoup trop loin dans le futur.

Lorsque tout va bien, ils imaginent que la croissance sera éternelle.

Lorsque tout va mal, ils finissent par croire que rien ne pourra s’améliorer.

C’est précisément dans ces moments que Mr. Market devient le plus émotif.

L’histoire des marchés financiers regorge d’exemples.

En pleine crise financière de 2008, beaucoup étaient convaincus que le système bancaire mondial était condamné.

En mars 2020, certains imaginaient que l’économie mettrait dix ans à se remettre de la pandémie.

À l’inverse, fin 2021, beaucoup pensaient que les valorisations exceptionnelles de certaines entreprises technologiques resteraient normales pendant des années.

Dans chacun de ces cas, la réalité s’est révélée plus nuancée que les anticipations collectives.

Les marchés ne sont pas seulement des mécanismes de valorisation.

Ils sont aussi des amplificateurs d’émotions.

Ce que cela change concrètement pour votre portefeuille

Lorsque les marchés deviennent nerveux, il est tentant de modifier régulièrement son portefeuille.

Vendre aujourd’hui pour racheter plus bas.

Attendre que la situation soit plus claire.

Revenir lorsque les mauvaises nouvelles auront disparu.

Le problème est que ces décisions supposent deux prévisions exactes.

Il faut réussir à vendre au bon moment.

Puis réussir à revenir au bon moment.

Or, les meilleures journées boursières surviennent souvent au cœur des périodes les plus anxiogènes. Les investisseurs qui attendent que les incertitudes disparaissent reviennent généralement lorsque les marchés ont déjà largement rebondi.

À l’inverse, celui qui reste investi continue de subir la volatilité, mais il laisse également le temps aux entreprises de créer de la valeur.

C’est là que la distinction entre spéculer sur les prix et investir dans des entreprises devient essentielle.

Lorsque vous achetez un ETF mondial ou les actions d’une société de qualité, votre rendement à long terme dépend beaucoup plus de la capacité de ces entreprises à développer leurs bénéfices que de l’humeur du marché pendant quelques semaines.

Les fluctuations quotidiennes restent bien réelles.

Mais elles deviennent progressivement secondaires face à la création de valeur économique.

Les mauvaises nouvelles ne sont pas toujours de mauvaises opportunités… mais elles ne sont pas toujours des raisons de vendre

Il serait imprudent d’affirmer que tout va bien sous prétexte que les marchés corrigent.

Les ralentissements économiques existent. Les récessions aussi. Les faillites d’entreprises et les crises bancaires ne sont pas des inventions des médias.

Les investisseurs ont raison de s’interroger lorsque la croissance ralentit, que les bénéfices des entreprises sont révisés à la baisse ou que certaines institutions financières montrent des signes de faiblesse.

La question est plutôt de savoir comment intégrer ces informations dans une stratégie d’investissement.

Prenons un exemple.

Si l’économie mondiale ralentit pendant un an ou deux, cela aura probablement un impact sur les résultats de nombreuses entreprises. Certaines verront leurs bénéfices diminuer. D’autres reporteront leurs investissements. Les marchés intégreront ces perspectives avant même qu’elles apparaissent dans les publications financières.

Mais faut-il pour autant remettre en cause un portefeuille construit pour les quinze ou vingt prochaines années ?

Pas nécessairement.

Les marchés traversent régulièrement des périodes de ralentissement. Pourtant, les grandes entreprises continuent d’innover, de gagner des parts de marché, d’améliorer leur productivité et, pour beaucoup d’entre elles, de créer davantage de valeur qu’auparavant.

Autrement dit, une crise économique est souvent un événement important à court terme, mais rarement un événement décisif à l’échelle d’une vie d’investisseur.

C’est précisément ce changement d’échelle qui fait la différence entre un spéculateur et un investisseur.

Le premier cherche à anticiper le prochain mouvement du marché.

Le second cherche à savoir si les entreprises qu’il détient auront davantage de valeur dans dix ou quinze ans.

La réponse est évidemment moins immédiate. Elle est aussi beaucoup plus utile.

La patience n’est pas une qualité morale. C’est un avantage économique.

On présente souvent la patience comme une vertu.

En investissement, elle est surtout un avantage concurrentiel.

Les marchés récompensent rarement celui qui réagit le plus vite. Ils récompensent plus souvent celui qui évite de réagir inutilement.

Cela paraît contre-intuitif dans un monde où tout est instantané.

Les cours évoluent en temps réel.

Les chaînes d’information commentent chaque variation de marché.

Les applications permettent d’acheter ou de vendre un portefeuille en quelques secondes.

Cette facilité d’action crée une illusion : celle qu’agir est toujours préférable à attendre.

Pourtant, les études sur le comportement des investisseurs montrent régulièrement que les performances les plus faibles proviennent souvent des portefeuilles les plus actifs. Non pas parce que les actifs choisis sont mauvais, mais parce que les décisions d’achat et de vente interviennent au mauvais moment.

On achète lorsque l’optimisme est devenu dominant.

On vend lorsque la peur atteint son maximum.

Autrement dit, on fait exactement ce que Mr. Market nous pousse à faire.

L’investisseur discipliné essaie de faire l’inverse.

Il accepte que son portefeuille traverse des périodes inconfortables.

Il sait que la volatilité n’est pas une anomalie du marché. Elle en fait partie.

Et surtout, il comprend qu’une baisse de marché n’est pas nécessairement une perte définitive de capital. Elle ne le devient que si elle conduit à abandonner sa stratégie au pire moment.

Les marchés finiront par faire ce qu’ils font toujours

Personne ne peut affirmer avec certitude ce qui se passera dans les prochains mois.

Les marchés peuvent encore corriger.

Ils peuvent aussi repartir à la hausse beaucoup plus rapidement que ne l’imaginent les investisseurs les plus pessimistes.

Cette incertitude est inconfortable.

Elle est pourtant indissociable de la rémunération offerte par les actions.

Si les marchés étaient parfaitement prévisibles, ils offriraient probablement des rendements bien plus faibles. C’est justement parce que les investisseurs doivent accepter cette part d’incertitude qu’ils sont rémunérés sur le long terme.

La véritable question n’est donc pas de savoir si les prochains mois seront difficiles.

Ils le seront peut-être.

La véritable question consiste à savoir si votre portefeuille est suffisamment cohérent pour traverser ces périodes sans vous obliger à prendre de mauvaises décisions.

C’est là que se construit une stratégie d’investissement.

Non pas en essayant de prévoir chaque mouvement du marché, mais en bâtissant une allocation capable de résister aux mouvements que personne ne peut prévoir.

Cette approche paraît moins spectaculaire que les prédictions quotidiennes des marchés.

Elle est aussi beaucoup plus exigeante.

Car elle oblige à accepter une réalité que beaucoup préféreraient éviter : certaines questions n’ont tout simplement pas de réponse.

« Le marché va-t-il monter ou descendre ? » en fait partie.

La seule certitude est qu’il continuera d’alterner périodes d’euphorie et épisodes de découragement, comme il l’a toujours fait.

Votre réussite ne dépendra probablement pas de votre capacité à deviner lequel de ces épisodes commencera demain matin.

Elle dépendra beaucoup plus de votre capacité à continuer d’investir lorsque personne n’aura envie de le faire.

Et c’est précisément dans ces moments-là que l’accompagnement d’Alti Patrimoine prend le plus de valeur, parce qu’il aide davantage à garder le cap qu’à prédire l’avenir.