Qu’entendez-vous par « risque » en investissement ?

risque en investissement

Je ne veux pas prendre de risque avec mon argent.

C’est probablement la phrase que j’entends le plus souvent lorsqu’un investisseur découvre les marchés financiers.

Elle paraît pleine de bon sens. Pourtant, elle repose presque toujours sur un malentendu.

Pour certains, le risque correspond à une baisse de 20 %. Pour d’autres, c’est une volatilité élevée. D’autres encore parlent de leur « profil de risque », comme s’il s’agissait d’une caractéristique mesurable avec précision.

Le problème est que ces définitions mélangent des choses très différentes.

Si je vous demande ce qu’est réellement le risque, il y a de fortes chances que vous me répondiez par un chiffre.

Une baisse de 30 %.

Une volatilité annuelle de 15 %.

Une action trop « risquée ».

Pourtant, une baisse de 30 % n’est pas forcément un risque. C’est parfois simplement… le prix normal à payer pour investir en actions.

La véritable question est ailleurs.

Une baisse n’est pas forcément une perte

Les marchés financiers vivent au rythme des excès humains.

L’euphorie fait monter les prix trop haut. La peur les fait parfois descendre trop bas.

Depuis plus d’un siècle, les grandes places boursières ont connu des dizaines de corrections de 10 %, plusieurs krachs supérieurs à 30 %, deux guerres mondiales, des crises financières, des pandémies et des récessions.

Pourtant, les entreprises solides ont continué à produire des biens, vendre leurs services, innover et créer de la richesse.

Leurs cours ont fini par suivre.

Autrement dit, la volatilité est normale.

Elle est désagréable. Elle est parfois spectaculaire. Mais elle ne constitue pas, à elle seule, un risque d’investissement.

Confondre volatilité et risque conduit souvent à prendre de mauvaises décisions.

Je vois régulièrement des investisseurs vendre après une forte baisse, persuadés qu’ils « réduisent leur risque », alors qu’ils transforment justement une perte temporaire en perte définitive.

Le vrai risque est beaucoup plus simple

Warren Buffett résume le sujet en une phrase devenue célèbre :

Le risque, c’est la perte permanente de capital.

Cette définition paraît presque trop simple.

Pourtant, elle change complètement la manière d’investir.

Une entreprise qui traverse une mauvaise année n’est pas forcément risquée.

En revanche, une entreprise dont le modèle économique est durablement détruit l’est beaucoup plus.

Prenons deux situations.

La première entreprise voit son cours perdre 40 % pendant une récession. Ses bénéfices baissent temporairement, mais elle reste rentable. Quelques années plus tard, son activité retrouve sa trajectoire normale et le cours repart.

La seconde voit son marché disparaître progressivement. Ses marges s’effondrent. Elle accumule les dettes. Les actionnaires sont dilués, puis l’entreprise finit par déposer le bilan.

Dans les deux cas, le cours a baissé.

Mais seul le second investisseur a réellement subi le risque.

Le premier n’a vécu que de la volatilité.

Le second a perdu son capital.

La distinction est essentielle.

Pourquoi tant d’investisseurs confondent les deux ?

Parce que notre cerveau réagit beaucoup plus vite aux mouvements des prix qu’à la qualité d’une entreprise.

Une baisse de 25 % apparaît immédiatement sur l’écran.

La dégradation progressive d’un modèle économique est beaucoup moins visible.

Nous avons naturellement tendance à mesurer ce qui est facile à observer.

Les fluctuations quotidiennes occupent toute notre attention.

Les fondamentaux, eux, évoluent lentement.

Pourtant, ce sont précisément eux qui détermineront la valeur d’une entreprise dans dix ou vingt ans.

Lorsque vous investissez, votre patrimoine dépend bien davantage de la capacité d’une société à générer des bénéfices dans la durée que de la variation de son cours cette semaine.

Le marché ne crée pas la valeur.

Il la reflète… parfois avec beaucoup de retard, parfois avec beaucoup d’exagération.

Le risque dépend aussi de vous

Une même action peut être raisonnable pour un investisseur et très risquée pour un autre.

Non pas parce que l’entreprise change.

Mais parce que leurs situations sont différentes.

Un investisseur qui aura besoin de son capital dans six mois n’a pas le même rapport au risque que celui qui prépare sa retraite dans vingt ans.

Celui qui investit une somme dont il peut se passer supportera beaucoup mieux une forte correction que celui qui place son épargne de précaution.

Autrement dit, le risque ne dépend pas uniquement de l’actif.

Il dépend aussi de votre horizon d’investissement, de votre situation financière et de votre comportement.

C’est d’ailleurs souvent ce dernier qui fait le plus de dégâts.

Une excellente entreprise achetée au bon prix peut devenir un mauvais investissement si vous paniquez à la première baisse.

À l’inverse, un portefeuille traversera beaucoup plus sereinement les crises si vous avez construit une allocation adaptée à vos objectifs.

Comment limiter le risque de perdre définitivement son capital ?

Il n’existe évidemment aucune méthode infaillible.

En revanche, certaines règles permettent de réduire considérablement ce risque.

Comprendre ce que vous achetez

C’est probablement la règle la plus importante.

Beaucoup d’investisseurs achètent une action parce qu’un influenceur l’a recommandée, parce qu’un ami est enthousiaste ou parce qu’elle vient de fortement monter.

Ils savent acheter.

Ils ne savent pas expliquer pourquoi ils l’ont fait.

Le jour où le cours chute de 30 %, ils ne disposent d’aucun raisonnement pour savoir s’il faut conserver ou vendre.

Ils suivent simplement leurs émotions.

Comprendre une entreprise ne signifie pas devenir expert de son secteur.

Cela signifie être capable d’expliquer simplement :

  • comment elle gagne de l’argent ;
  • pourquoi elle possède un avantage concurrentiel ;
  • ce qui pourrait remettre son activité en cause.

Cette réflexion ne garantit pas le succès.

Mais elle diminue fortement les erreurs les plus coûteuses.

Comme le rappelle souvent Warren Buffett :

Le risque vient du fait que vous ne savez pas ce que vous faites.

Cette phrase reste d’une actualité remarquable.

Diversifier intelligemment

Même les meilleurs investisseurs se trompent.

C’est pourquoi il est dangereux de concentrer son patrimoine sur quelques convictions.

La diversification ne sert pas à augmenter la performance.

Elle sert à éviter qu’une seule erreur compromette tout votre patrimoine.

Pour la plupart des investisseurs particuliers, un portefeuille largement diversifié, construit autour d’ETF mondiaux, réduit déjà considérablement ce risque spécifique.

Vous acceptez de ne pas trouver les quelques entreprises qui feront x100.

En échange, vous réduisez fortement la probabilité d’une perte irréversible.

C’est souvent un excellent compromis.

Se méfier de l’effet de levier

S’il existe un facteur capable de transformer une baisse temporaire en catastrophe durable, c’est bien l’endettement.

L’emprunt amplifie les gains.

Mais il amplifie surtout les pertes.

Une correction de marché est généralement supportable lorsque vous investissez votre propre capital.

Elle peut devenir dramatique lorsque vous investissez de l’argent emprunté.

Les appels de marge, les remboursements forcés ou les ventes dans l’urgence empêchent souvent l’investisseur d’attendre le retour des marchés.

Le temps, qui est normalement son meilleur allié, disparaît.

Et c’est précisément ainsi qu’une perte provisoire devient permanente.

La vraie question n’est pas : « quel est votre niveau de risque ? »

Les questionnaires réglementaires demandent souvent :

« Quelle est votre tolérance au risque ? »

La question paraît pertinente.

Elle l’est beaucoup moins lorsqu’elle est réduite à quelques cases à cocher.

Avant de mesurer votre tolérance au risque, il faudrait déjà définir ce que l’on appelle le risque.

Est-ce une baisse temporaire ?

Une forte volatilité ?

Une perte définitive ?

L’impossibilité d’atteindre vos objectifs ?

Le fait de devoir vendre au mauvais moment ?

Toutes ces situations n’ont pas les mêmes conséquences.

Et elles ne se traitent pas de la même manière.

C’est pourquoi je préfère poser une autre question :

Dans quelles circonstances pourriez-vous perdre définitivement une partie importante de votre patrimoine ?

À partir de là, la réflexion devient beaucoup plus utile.

On parle alors d’allocation d’actifs, d’horizon d’investissement, de diversification, de liquidités disponibles, de comportement face aux crises et d’objectifs patrimoniaux.

Bref, on parle enfin d’investissement.

Le risque n’est donc pas quelque chose qu’il faut absolument fuir. Sans risque, il n’y a pas de rendement. Toute la difficulté consiste à distinguer le risque qui rémunère l’investisseur — accepter des fluctuations temporaires pour espérer une meilleure performance à long terme — du risque qui détruit durablement son patrimoine.

Cette distinction change profondément la manière de construire un portefeuille. Elle conduit moins à chercher l’investissement qui ne baisse jamais qu’à bâtir un patrimoine capable de traverser les inévitables tempêtes des marchés sans remettre en cause vos objectifs de vie.

Et c’est souvent à ce moment-là que l’accompagnement patrimonial prend tout son sens : non pas pour prédire les marchés, mais pour éviter que les mauvaises décisions ne coûtent plus cher que les crises elles-mêmes.