
Lorsque l’on demande à des investisseurs ce qui fait la différence entre ceux qui réussissent et ceux qui échouent, les réponses reviennent souvent.
Choisir les bons ETF.
Anticiper les marchés.
Repérer les tendances avant les autres.
Pourtant, après avoir accompagné de nombreux investisseurs, je constate que ces éléments arrivent bien plus tard dans l’équation.
Le facteur qui explique le plus souvent la réussite d’un portefeuille est beaucoup moins spectaculaire : il s’agit de la capacité à investir d’une manière compatible avec sa propre personnalité.
C’est un sujet étonnamment peu abordé. Nous passons beaucoup de temps à chercher la meilleure stratégie, mais très peu à nous demander si nous serons réellement capables de l’appliquer pendant dix, quinze ou vingt ans.
Or c’est précisément là que se joue une grande partie de la performance.
Le meilleur portefeuille est souvent celui que vous serez capable de conserver
Il existe une idée séduisante en investissement : il suffirait de trouver la stratégie qui a obtenu les meilleurs résultats historiques.
Le problème est que les meilleures stratégies sont rarement les plus faciles à vivre.
Certaines connaissent des baisses importantes. D’autres peuvent sous-performer plusieurs années avant de retrouver leur avantage. D’autres encore demandent une discipline presque militaire pour être appliquées correctement.
Sur le papier, tout paraît simple.
Dans la réalité, les émotions s’invitent toujours.
La plupart des erreurs d’investissement ne viennent pas d’un mauvais choix d’actifs. Elles apparaissent lorsque l’investisseur abandonne sa stratégie au pire moment, modifie son allocation après une baisse ou poursuit les performances passées parce qu’il n’accepte plus d’attendre.
Autrement dit, une stratégie légèrement moins performante mais que vous suivrez pendant vingt ans vaut souvent mieux qu’une stratégie théoriquement supérieure que vous abandonnerez après deux années difficiles.
Se connaître permet de construire un portefeuille plus solide
Il existe un conseil que j’ai entendu très tôt et qui reste probablement l’un des plus utiles : connaître ses forces et ses faiblesses.
À l’époque, il concernait les choix d’études et de carrière.
Avec le recul, je me rends compte qu’il s’applique tout autant au patrimoine.
Investir n’est pas seulement un exercice financier. C’est aussi un exercice psychologique.
Deux investisseurs disposant du même patrimoine, des mêmes revenus et du même portefeuille peuvent obtenir des résultats totalement différents simplement parce qu’ils ne réagissent pas de la même façon face à l’incertitude.
L’un considérera une baisse de 30 % comme une étape normale de l’investissement à long terme.
L’autre y verra la preuve qu’il faut tout vendre.
Les marchés n’ont pourtant pas changé. Seule leur perception est différente.
C’est pourquoi il est dangereux de copier aveuglément la stratégie d’un proche, d’un influenceur ou même d’un conseiller si elle ne correspond pas à votre manière de fonctionner.
Il n’existe probablement pas une seule bonne façon d’investir
On présente parfois certaines philosophies d’investissement comme des vérités universelles.
Investissement passif, gestion active, suivi de tendance, dividendes, immobilier, private equity…
Toutes ces approches peuvent fonctionner dans certaines conditions.
La véritable question est moins de savoir laquelle est la meilleure que de savoir laquelle vous permettra de rester discipliné lorsque les marchés deviendront inconfortables.
Prenons deux exemples.
Une personne très rationnelle, peu influencée par l’actualité et capable de ne pas regarder son portefeuille pendant plusieurs mois pourra probablement supporter une forte exposition aux actions mondiales.
À l’inverse, un investisseur qui consulte la valeur de son patrimoine plusieurs fois par jour et dont le sommeil dépend des variations de marché aura peut-être intérêt à construire un portefeuille plus diversifié, quitte à accepter un rendement espéré légèrement inférieur.
Ce n’est pas une faiblesse.
C’est simplement reconnaître que la meilleure allocation est celle qui sera réellement respectée.
Car une stratégie imparfaite appliquée avec constance produit souvent de meilleurs résultats qu’une stratégie parfaite appliquée de manière irrégulière.
Trois questions qui méritent davantage d’attention que le prochain mouvement des marchés
Avant de choisir un placement, il est souvent utile de se poser quelques questions simples.
- Êtes-vous réellement patient lorsque les résultats tardent à arriver ?
- Comment réagissez-vous lorsqu’un investissement perd 20 % ou 30 % de sa valeur ?
- Prenez-vous facilement vos décisions sous l’influence de votre entourage, des médias ou des réseaux sociaux ?
Ces questions peuvent sembler éloignées de la finance.
Elles sont pourtant directement liées à vos performances futures.
Un investisseur influençable aura tendance à acheter après les fortes hausses et à vendre après les fortes baisses.
Un investisseur impatient changera régulièrement de stratégie avant de lui laisser le temps de produire ses effets.
À l’inverse, celui qui connaît ses réactions pourra construire un portefeuille qui limite ses propres erreurs comportementales.
Et c’est souvent là que se crée l’essentiel de la différence.
L’objectif n’est pas d’être un investisseur parfait
Nous avons tous des biais.
Nous sommes tous sensibles à certaines émotions.
Chercher à devenir parfaitement rationnel est probablement illusoire.
En revanche, il est possible de construire une stratégie qui tient compte de notre propre fonctionnement plutôt que de lutter en permanence contre lui.
C’est d’ailleurs une partie importante du travail de conseil.
La performance d’un portefeuille dépend bien sûr de la qualité des actifs sélectionnés, mais aussi de la capacité de l’investisseur à les conserver suffisamment longtemps pour que leurs qualités puissent réellement s’exprimer.
Finalement, la connaissance de soi n’est pas seulement un sujet de développement personnel. C’est aussi un véritable outil de gestion patrimoniale.
Et lorsqu’on parvient à aligner sa stratégie d’investissement avec sa personnalité, il devient souvent beaucoup plus facile de laisser le temps faire son travail.
Chez Alti Patrimoine, c’est souvent cette partie invisible du travail qui fait la plus grande différence.