
À la retraite, les grandes erreurs financières ne proviennent pas forcément d’un mauvais placement, mais aussi d’une mauvaise gestion des revenus, des dépenses et des retraits. Un portefeuille peut être performant pendant des années et pourtant finir par s’épuiser si les sommes prélevées ne sont pas adaptées.
Voici les 8 erreurs les plus fréquemment commises par les retraités, ainsi que les raisons pour lesquelles elles peuvent fragiliser durablement leurs retraite.
1. Ne pas suivre ses dépenses
Beaucoup de retraités ne savent pas précisément combien ils dépensent chaque mois. Même lorsqu’ils pensent vivre raisonnablement, ils ne disposent d’aucun budget leur permettant de vérifier si leurs dépenses restent compatibles avec leurs ressources.
Pour un particulier comme pour une entreprise, piloter sans connaître ses flux financiers revient à avancer à l’aveugle.
Un budget n’a pas besoin d’être complexe. Il permet simplement de :
- suivre les dépenses courantes ;
- identifier les postes qui augmentent progressivement ;
- vérifier que le niveau de vie reste soutenable dans le temps.
Sans cette visibilité, le risque de dépenser davantage que prévu augmente sensiblement.
2. Oublier les dépenses prévisibles
De nombreux retraités considèrent certaines dépenses comme des imprévus alors qu’elles sont parfaitement prévisibles.
C’est notamment le cas :
- des impôts ;
- du remplacement d’un véhicule ;
- des travaux d’entretien de la maison ;
- du renouvellement de certains équipements.
Ces dépenses ne sont pas des urgences : elles font simplement partie du coût normal de la vie. Les intégrer progressivement dans son budget évite d’avoir à puiser brutalement dans son épargne lorsqu’elles surviennent.
3. Construire son niveau de vie sur des rendements irréalistes
Une autre erreur consiste à supposer que le portefeuille produira chaque année des performances suffisamment élevées pour financer durablement les dépenses.
Or les marchés financiers évoluent par cycles. Certaines années sont excellentes, d’autres beaucoup moins.
Si le budget repose sur des hypothèses de rendement trop optimistes, les retraits deviennent progressivement excessifs et le capital commence à s’éroder plus rapidement que prévu.
Le véritable danger n’est donc pas une mauvaise année de marché, mais un niveau de dépenses qui dépend d’une performance financière impossible à garantir chaque année.
4. Retirer davantage que ce que le portefeuille peut supporter
L’une des erreurs les plus coûteuses consiste à prélever chaque année un montant supérieur à ce que le portefeuille est capable de financer sur plusieurs décennies.
Selon certaines études, environ 30 % des ménages retraités retirent 7 % ou davantage de leur patrimoine financier chaque année. Pour la plupart des portefeuilles, un tel rythme augmente fortement le risque d’épuiser le capital avant la fin de la retraite.
Lorsque les retraits sont trop élevés, les conséquences apparaissent souvent avec retard. Les premières années peuvent sembler parfaitement normales, puis quelques mauvaises performances suffisent à déséquilibrer définitivement le portefeuille.
Une erreur fréquente consiste également à retirer un montant fixe chaque année, voire à augmenter automatiquement cette somme, sans tenir compte de l’évolution de la valeur du portefeuille.
Prenons un exemple simple :
- un portefeuille de 1 million d’euros permet un retrait initial de 50 000 €, soit 5 % ;
- après plusieurs années difficiles, le portefeuille ne vaut plus que 830 000 € ;
- si les retraits restent fixés à 50 000 €, ils représentent désormais plus de 6 % du patrimoine.
Ce phénomène est connu sous le nom de risque de séquence des rendements : lorsque de mauvaises performances surviennent en début de retraite, des retraits trop élevés accélèrent la baisse du capital et rendent ensuite le redressement beaucoup plus difficile.
Une approche plus prudente consiste à ajuster régulièrement les retraits à la valeur réelle du portefeuille. Après une bonne année, les dépenses peuvent être légèrement augmentées. Après une mauvaise année, une réduction temporaire du train de vie contribue à préserver durablement le capital.
5. Réagir de manière excessive aux marchés baissiers
Après un krach boursier, de nombreux retraités réduisent fortement, voire totalement, leur exposition aux actions afin de privilégier les obligations. Cette réaction est compréhensible, mais elle peut affaiblir durablement leur pouvoir d’achat.
Les obligations jouent un rôle essentiel pour limiter la volatilité d’un portefeuille. En revanche, une allocation composée exclusivement d’obligations expose davantage au risque d’érosion lié à l’inflation, surtout lorsque la retraite doit durer plusieurs décennies.
Les données historiques montrent qu’une faible proportion d’actions peut déjà améliorer la résistance d’un portefeuille. Depuis 1970, un portefeuille entièrement investi en obligations n’a pas réussi à préserver le pouvoir d’achat lors de nombreuses années. L’ajout d’environ 20 % d’actions diversifiées a permis de réduire le nombre d’années où le rendement restait inférieur à l’inflation, tout en augmentant le rendement réel moyen sur longue période.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre actions et obligations, mais de conserver une allocation adaptée à son horizon de placement, même après une période de baisse des marchés.
6. Conserver trop longtemps des positions risquées
Certains retraités restent fortement exposés à un actif unique, souvent parce qu’il a très bien performé par le passé. Il s’agit fréquemment d’actions de leur ancien employeur ou d’un investissement historique qui représente désormais une part importante de leur patrimoine.
Plusieurs raisons expliquent cette réticence à vendre :
- éviter de payer l’impôt sur les plus-values ;
- refuser de matérialiser une moins-value ;
- conserver un attachement émotionnel à l’entreprise ou à l’investissement.
Pourtant, ces considérations ne modifient pas le risque réellement supporté. Une concentration excessive expose le patrimoine à un événement imprévisible pouvant affecter un seul actif. À la retraite, cette dépendance devient d’autant plus problématique qu’il est généralement plus difficile de reconstituer son capital après une perte importante.
7. Sacrifier la liquidité pour rechercher davantage de rendement
Attirés par des promesses de rendement élevé, certains retraités investissent une part importante de leur patrimoine dans des placements peu liquides sans mesurer pleinement leurs contraintes.
Parmi ces investissements figurent notamment :
- certains fonds non cotés (private equity) ;
- des sociétés en commandite ;
- des placements dont la revente dépend de l’existence d’un marché secondaire.
Ces solutions ne sont pas nécessairement mauvaises, mais elles deviennent problématiques lorsqu’elles financent les dépenses courantes de la retraite. Si les revenus attendus diminuent ou si le marché secondaire disparaît temporairement, il peut devenir très difficile de récupérer son capital sans accepter une forte décote.
Avant d’investir dans un actif peu liquide, il est donc essentiel de vérifier qu’il ne sera pas nécessaire de récupérer rapidement les sommes investies pour financer son train de vie.
8. Aider financièrement ses proches au détriment de sa propre sécurité
Beaucoup de retraités souhaitent transmettre une partie de leur patrimoine de leur vivant ou aider leurs enfants à financer un projet. Cette générosité est parfaitement légitime, mais elle peut devenir problématique lorsqu’elle compromet leur propre équilibre financier.
Avant d’aider ses proches, il est indispensable de s’assurer que l’on dispose de ressources suffisantes pour faire face :
- aux dépenses courantes ;
- aux dépenses de santé ;
- à une éventuelle perte d’autonomie ;
- aux imprévus susceptibles de survenir au cours de la retraite.
Un retraité qui épuise prématurément son patrimoine risque ensuite de dépendre financièrement des mêmes personnes qu’il souhaitait aider. Dans de nombreux cas, accompagner ses enfants vers leur autonomie constitue un soutien plus durable que de leur transmettre un capital dont on pourrait avoir besoin plus tard.
Ce que ces erreurs ont en commun
Ces 8 erreurs commises par les retraités sont très différentes en apparence, mais elles découlent presque toutes d’un même problème : un décalage entre le niveau des dépenses et la capacité réelle du patrimoine à les financer.
Les situations les plus délicates proviennent souvent de plusieurs erreurs cumulées :
- un budget insuffisamment suivi ;
- des dépenses prévisibles non anticipées ;
- des retraits trop élevés ;
- une allocation devenue inadaptée ;
- un patrimoine insuffisamment liquide.
Aucune de ces décisions n’est nécessairement dramatique prise isolément. En revanche, leur accumulation peut fragiliser progressivement une retraite sans que les difficultés soient visibles pendant plusieurs années.
Comment Alti Patrimoine peut vous accompagner
Organiser un patrimoine pour la retraite ne consiste pas uniquement à rechercher les meilleurs placements. L’enjeu est surtout de vérifier que le rythme des retraits reste compatible avec la durée probable de la retraite, les dépenses futures et la composition du patrimoine.
Chez Alti Patrimoine, cette analyse passe notamment par l’étude du taux de retrait, des besoins de trésorerie à moyen terme, de la liquidité des actifs et de la solidité du plan de revenus dans différents scénarios. L’objectif est d’identifier suffisamment tôt les déséquilibres éventuels afin d’ajuster progressivement la stratégie, avant que des retraits devenus trop élevés ne compromettent durablement la pérennité du patrimoine.