
Il y a quelques jours, je suis tombé sur une publication dans un groupe Facebook consacré à l’investissement.
Un investisseur, qui précisait débuter en bourse, demandait simplement l’avis des autres membres sur son portefeuille d’ETF. Son objectif était clair : construire un portefeuille équilibré pour investir sur le long terme.
Voici sa répartition :
- 40 % Monde
- 30 % Pays émergents
- 15 % Petites capitalisations américaines
- 5 % Japon
- 4 % Grandes capitalisations européennes
- 3 % Grandes capitalisations américaines
- 3 % CAC 40
À première vue, beaucoup de débutants pourraient trouver cette allocation convaincante.
Après tout, il y a plusieurs ETF, plusieurs zones géographiques et plusieurs catégories d’entreprises. Le portefeuille paraît diversifié. Et, dans l’esprit de nombreux investisseurs, diversification rime souvent avec équilibre.
Pourtant, ces deux notions sont loin d’être synonymes.
Un portefeuille peut contenir dix ETF différents et rester déséquilibré. À l’inverse, un portefeuille composé de seulement deux ou trois fonds peut être remarquablement cohérent.
La différence ne vient pas du nombre de lignes. Elle vient de la logique qui relie chacune d’elles.
C’est précisément ce qui manque ici.
Un portefeuille entièrement exposé aux actions
La première remarque saute immédiatement aux yeux.
Ce portefeuille est investi à 100 % en actions.
Autrement dit, il ne contient aucun actif destiné à amortir les périodes de turbulences : ni obligations, ni fonds monétaires, ni, selon les stratégies retenues, une part d’or.
Est-ce forcément une erreur ?
Pas nécessairement.
Un jeune investisseur qui possède un horizon de placement de plusieurs décennies et qui accepte pleinement les fortes fluctuations peut parfaitement choisir d’investir exclusivement en actions.
En revanche, ce choix n’a rien d’anodin.
Les actions sont les actifs qui ont historiquement offert les meilleurs rendements sur le long terme. Mais elles sont aussi capables de connaître des baisses spectaculaires.
Lors de la crise financière de 2008, les principaux marchés mondiaux ont perdu près de la moitié de leur valeur.
En mars 2020, avec la pandémie de Covid, certaines places boursières ont chuté d’environ 30 % en quelques semaines.
Et rien ne permet d’affirmer que les prochaines crises seront plus douces.
Le problème est que beaucoup d’investisseurs pensent accepter ces baisses… jusqu’au jour où elles se produisent réellement.
Voir son patrimoine diminuer de 5 % est désagréable.
Le voir perdre 20 % commence à devenir inconfortable.
À 40 ou 50 %, les émotions prennent souvent le dessus.
C’est d’ailleurs rarement la baisse elle-même qui détruit la performance d’un investisseur.
Le véritable danger est la décision prise au pire moment.
Chaque crise voit des milliers d’épargnants vendre leurs placements parce qu’ils sont persuadés que la chute va continuer. Quelques mois plus tard, les marchés repartent à la hausse… sans eux.
Un portefeuille n’est donc pas adapté parce qu’il maximise le rendement espéré.
Il est adapté lorsqu’il permet à son propriétaire de rester investi même lorsque tout semble aller de travers.
Cette dimension psychologique est souvent bien plus importante que quelques points de performance supplémentaires.
Les actions peuvent aussi faire du surplace
Un autre risque est beaucoup moins connu.
Les investisseurs imaginent généralement que les actions finissent toujours par monter rapidement après une crise.
L’histoire est un peu plus nuancée.
Il existe des périodes où les marchés passent de nombreuses années sans véritable progression.
Après l’éclatement de la bulle Internet en 2000 puis la crise financière de 2008, plusieurs grands indices ont mis plus d’une décennie avant de retrouver durablement leurs plus hauts.
Pendant cette période, l’investisseur n’a pas forcément perdu d’argent… mais il a eu le sentiment que rien n’avançait.
Dix ans constituent une durée considérable.
Entre-temps, les projets de vie évoluent, les priorités changent et la patience s’érode.
Là encore, la vraie question n’est pas de savoir si les marchés finiront par remonter.
Ils l’ont toujours fait jusqu’à présent.
La vraie question est plutôt : serez-vous capable d’attendre aussi longtemps sans remettre toute votre stratégie en cause ?
Une diversification qui fait plusieurs fois la même chose
Le deuxième problème concerne la construction même du portefeuille.
À première vue, sept lignes donnent une impression de diversification.
En réalité, plusieurs d’entre elles investissent exactement dans les mêmes entreprises.
Prenons l’ETF Monde.
Beaucoup d’investisseurs débutants imaginent qu’il s’agit d’un simple fonds international.
En réalité, il contient déjà plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de grandes entreprises réparties dans les principaux pays développés.
On y retrouve naturellement Microsoft, Apple, Nvidia, Nestlé, LVMH, Toyota, SAP ou encore ASML.
Autrement dit, les grandes entreprises américaines, européennes et japonaises sont déjà présentes.
Ajouter ensuite un ETF consacré aux grandes capitalisations américaines revient donc simplement à acheter une seconde fois une partie des sociétés déjà détenues.
Il en va de même pour les grandes capitalisations européennes.
Et également pour le Japon.
On ne diversifie pas davantage son patrimoine.
On décide simplement d’augmenter artificiellement le poids de certains marchés.
Encore une fois, ce choix peut être pertinent.
Mais il doit répondre à une réflexion.
Pourquoi vouloir davantage de Japon ?
Pourquoi davantage d’Europe ?
Pourquoi davantage d’États-Unis ?
Si la seule réponse est « parce que cela me paraît intéressant », il manque probablement une véritable stratégie.
Un portefeuille bien construit ne ressemble pas à une liste d’idées accumulées au fil des lectures.
Il ressemble à un ensemble où chaque élément remplit une fonction précise.
C’est exactement comme un orchestre.
Ajouter un second violon ne rend pas automatiquement la musique meilleure.
Tout dépend de la partition.
Faut-il surpondérer son propre pays ?
Le CAC 40 mérite un commentaire un peu différent.
Contrairement aux autres lignes, il est relativement fréquent qu’un investisseur souhaite investir un peu plus dans son propre pays.
Ce phénomène porte même un nom : le biais domestique.
Les Français achètent plus facilement des actions françaises. Les Américains privilégient les entreprises américaines. Les Japonais investissent davantage au Japon.
Au fond, c’est assez naturel.
Nous connaissons mieux les grandes entreprises de notre pays. Nous utilisons leurs produits, nous entendons parler d’elles dans les médias et nous avons l’impression de mieux comprendre leur environnement.
Cette familiarité procure un sentiment de sécurité.
Mais il faut rester prudent.
Une entreprise n’est pas un meilleur investissement parce que son siège social se trouve à quelques centaines de kilomètres de chez nous.
L’indice Monde contient déjà une petite part d’entreprises françaises. Si l’on décide d’augmenter cette exposition, cela doit être un choix assumé, pas un réflexe.
La nuance est importante.
Les petites capitalisations : pourquoi uniquement aux États-Unis ?
La présence de 15 % de petites capitalisations américaines soulève également plusieurs questions.
Les petites entreprises présentent des caractéristiques différentes des grandes multinationales. Elles sont souvent plus dynamiques, parfois plus innovantes et peuvent offrir, sur certaines périodes, des performances supérieures.
Mais elles sont également plus volatiles.
Les intégrer dans un portefeuille peut donc parfaitement se justifier.
En revanche, pourquoi uniquement les petites entreprises américaines ?
Pourquoi pas les petites capitalisations européennes ?
Ou japonaises ?
Ou, plus simplement, un ETF mondial consacré aux petites capitalisations ?
On retrouve ici une erreur fréquente chez les investisseurs particuliers.
Ils construisent leur portefeuille en ajoutant progressivement des idées qui leur semblent séduisantes, sans prendre le temps de vérifier si l’ensemble conserve une cohérence.
À la fin, le portefeuille ressemble davantage à une collection de convictions qu’à une véritable stratégie d’investissement.
Or un portefeuille n’est pas une addition de bonnes idées.
C’est un système.
Et un système ne fonctionne que si chacune de ses pièces s’articule avec les autres.
Les marchés émergents : un pari beaucoup plus important qu’il n’y paraît
La ligne la plus surprenante reste néanmoins celle consacrée aux pays émergents.
Trente pour cent du portefeuille.
Cela peut sembler raisonnable lorsqu’on entend régulièrement parler de la croissance de l’Inde, du développement de l’Asie ou du potentiel économique des pays émergents.
Pourtant, cette pondération est loin d’être anodine.
Dans les grands indices mondiaux, les marchés émergents occupent une place nettement plus faible.
Les porter à 30 % revient donc à faire un pari très marqué sur leur capacité à surperformer durablement les marchés développés.
Or il existe une confusion extrêmement répandue.
Beaucoup de personnes pensent qu’une économie en forte croissance entraîne automatiquement une forte progression de sa Bourse.
Malheureusement, les choses sont beaucoup plus complexes.
Une entreprise peut être excellente… mais constituer un mauvais investissement si son cours est déjà beaucoup trop élevé.
À l’inverse, une économie qui progresse lentement peut offrir d’excellents rendements si les actions y sont sous-évaluées.
Les marchés financiers ne rémunèrent pas uniquement la croissance.
Ils rémunèrent aussi le prix payé aujourd’hui.
C’est une différence essentielle.
Prenons l’exemple de la Chine.
Son économie a connu une croissance spectaculaire pendant plusieurs décennies.
Pourtant, les investisseurs en actions chinoises n’ont pas toujours bénéficié de performances à la hauteur de cette expansion économique.
Pourquoi ?
Parce que les performances boursières dépendent aussi des valorisations, de la gouvernance des entreprises, des décisions politiques, des devises ou encore de la confiance des investisseurs.
Croissance économique et performance boursière évoluent parfois ensemble.
Mais certainement pas de façon automatique.
C’est précisément pour cette raison qu’il est souvent préférable de rester largement diversifié plutôt que de tenter de deviner quelles régions domineront les vingt prochaines années.
Un portefeuille compliqué n’est pas forcément un meilleur portefeuille
Cette publication Facebook illustre une autre idée reçue.
Beaucoup d’investisseurs pensent qu’un portefeuille devient plus performant à mesure qu’il devient plus sophistiqué.
Ils ajoutent un ETF parce qu’ils ont lu un article.
Puis un autre après avoir regardé une vidéo.
Puis un troisième parce qu’un influenceur affirme qu’il s’agit d’une opportunité exceptionnelle.
Au bout de quelques mois, ils possèdent huit ou dix ETF.
Ils ont le sentiment d’avoir construit quelque chose de très élaboré.
En réalité, ils savent rarement expliquer précisément pourquoi chaque ligne est présente.
Les meilleurs portefeuilles ne sont pas toujours les plus complexes.
Bien souvent, ce sont les plus cohérents.
Chaque investissement répond à un objectif précis.
Chaque pondération découle d’une réflexion.
Et surtout, l’ensemble reste suffisamment simple pour être compris par celui qui le détient.
Cette simplicité est une force.
Car lors de la prochaine crise, un portefeuille que l’on comprend est beaucoup plus facile à conserver qu’un portefeuille construit par accumulation.
La diversification ne consiste pas à multiplier les ETF
Finalement, cette publication rappelle une leçon importante.
Diversifier ne signifie pas acheter un grand nombre de fonds.
Diversifier consiste à répartir intelligemment son patrimoine entre différents actifs, différentes zones géographiques et différents facteurs de risque, sans créer de doublons inutiles.
Autrement dit, chaque ligne doit apporter quelque chose que les autres n’apportent pas déjà.
Lorsqu’un nouvel ETF ne fait que renforcer des positions existantes, il ne diversifie pas le portefeuille.
Il modifie simplement son équilibre.
Cette distinction paraît subtile.
Elle est pourtant fondamentale.
En conclusion
Ce portefeuille n’est pas déséquilibré parce qu’il contient de mauvais ETF.
La plupart sont d’excellents produits.
Il est déséquilibré parce que leur assemblage ne semble répondre à aucune logique clairement définie.
Certaines expositions sont déjà présentes plusieurs fois.
D’autres sont fortement surpondérées sans justification évidente.
Et l’absence d’actifs moins volatils suppose une capacité à supporter des baisses importantes pendant parfois plusieurs années.
Construire un portefeuille ne consiste pas à empiler des investissements intéressants.
Il s’agit avant tout de bâtir un ensemble cohérent et réfléchi, capable de traverser les cycles de marché sans que l’investisseur ressente le besoin de tout remettre en question à chaque crise.
C’est précisément cette cohérence qu’Alti Patrimoine aide ses clients à construire.