Indépendance financière : faut-il arrêter de travailler ?

Indépendance financière : faut-il arrêter de travailler ?

Pendant longtemps, la réussite financière avait quelque chose de simple à définir.

Vous travailliez, vous épargniez, vous investissiez, puis arrivait enfin le moment où votre patrimoine devenait suffisamment important pour ne plus dépendre de votre salaire. L’objectif était clair : ne plus avoir besoin de travailler.

Mais une fois cet objectif atteint, une autre question apparaît. Elle est beaucoup moins financière.

Que faire de cette liberté ?

Beaucoup d’investisseurs sont surpris de découvrir que ce moment, pourtant attendu pendant des décennies, ne procure pas forcément le sentiment imaginé. Ils disposent du capital nécessaire pour vivre confortablement, mais n’ont aucune envie de passer leurs journées à jouer au golf, voyager ou ne rien faire.

Ils aiment leur métier. Ils apprécient les échanges avec leurs clients ou leurs équipes. Ils prennent plaisir à résoudre des problèmes, à développer un projet ou simplement à voir leur patrimoine continuer de progresser.

Et cela les conduit parfois à se demander si quelque chose ne cloche pas.

En réalité, cette situation est probablement beaucoup plus fréquente qu’on ne le pense.

Nous réfléchissons à l’indépendance financière, moins à ce qui vient après

La plupart des ouvrages consacrés aux finances personnelles suivent le même cheminement :

  • Épargner davantage
  • Dépenser moins que ce que l’on gagne
  • Investir régulièrement
  • Accumuler suffisamment de capital
  • Puis profiter

Ce raisonnement est cohérent… jusqu’à la dernière étape.

Car personne ne peut réellement définir à votre place ce que signifie « profiter ».

L’indépendance financière est souvent présentée comme une destination, alors qu’elle ressemble davantage à un changement de règles du jeu.

Avant, le travail répondait à une nécessité économique. Après, il devient un choix. Et ce changement est loin d’être anodin.

Beaucoup découvrent qu’ils ne cherchaient pas seulement à gagner de l’argent. Ils cherchaient aussi une structure, des objectifs, des défis, un environnement social, parfois même une identité.

Lorsqu’on retire brusquement tout cela, il reste un vide que le patrimoine, aussi important soit-il, ne remplit pas automatiquement.

La retraite est une invention récente

Nous oublions souvent à quel point notre vision actuelle de la retraite est nouvelle.

Pendant l’immense majorité de l’histoire humaine, on travaillait jusqu’à ce que le corps ne le permette plus.

Au XIXᵉ siècle, très peu de personnes atteignaient 65 ans. Ceux qui y parvenaient continuaient généralement à exercer une activité aussi longtemps que possible, souvent au sein de leur famille.

L’idée d’arrêter totalement de travailler pendant vingt ou trente ans n’existait pratiquement pas.

Aujourd’hui, la situation est radicalement différente.

L’espérance de vie a fortement augmenté, les systèmes de retraite se sont développés et il devient courant de passer un quart, voire un tiers de sa vie sans activité professionnelle.

C’est une transformation immense.

Pourtant, psychologiquement, nous sommes encore en train d’apprendre à gérer cette nouvelle période de vie.

Nous avons conçu tout un système financier permettant de préparer la retraite. Nous avons beaucoup moins réfléchi à la manière de donner du sens aux trente années qui peuvent suivre.

Le travail n’est pas uniquement une source de revenus

Dans le monde de l’investissement, on considère souvent le travail uniquement comme un moyen de financer un patrimoine.

C’est évidemment sa fonction principale. Mais ce n’est pas la seule :

  • Le travail impose un rythme
  • Il entretient les relations sociales
  • Il oblige à continuer d’apprendre
  • Il nous confronte régulièrement à des problèmes nouveaux
  • Il apporte aussi une forme de reconnaissance, parfois discrète, mais bien réelle

Autrement dit, le travail nourrit des besoins psychologiques qui ne disparaissent pas automatiquement lorsque les besoins financiers sont satisfaits.

C’est précisément ce qui explique pourquoi certains retraités vivent cette transition très sereinement, tandis que d’autres ont le sentiment de perdre leurs repères en quelques mois.

J’observe régulièrement ce phénomène chez les investisseurs.

Certains préparent leur patrimoine pendant vingt ans, mais consacrent très peu de temps à préparer leur nouvelle vie.

Vous pouvez parfaitement avoir construit un portefeuille capable de financer votre retraite… sans avoir construit le quotidien qui va avec. Et c’est souvent là que commencent les difficultés.

Travailler : l’échec de votre indépendance financière ?

Il existe une idée assez répandue selon laquelle, une fois l’indépendance financière atteinte, continuer à travailler serait presque irrationnel.

Pourquoi continuer à consacrer du temps à gagner de l’argent dont on n’a plus besoin ? La question paraît logique. Mais elle suppose que le travail ne produit qu’un revenu.

Or, lorsqu’on observe les investisseurs qui vivent le mieux cette transition, on remarque souvent autre chose. Ils ne travaillent plus parce qu’ils y sont contraints. Ils travaillent parce qu’ils ont supprimé tout ce qui rendait auparavant le travail pénible.

La nuance est essentielle :

  • Ils choisissent leurs clients
  • Ils choisissent leurs projets
  • Ils choisissent leurs horaires
  • Ils choisissent parfois de réduire fortement leur activité sans jamais l’abandonner complètement

Autrement dit, l’indépendance financière ne supprime pas le travail. Elle transforme profondément la manière de travailler. Et c’est peut-être cela, la véritable liberté.

Un patrimoine vous donne le droit de dire non

Je constate souvent que les investisseurs associent la liberté au fait de ne plus travailler. En réalité, la liberté ressemble davantage à la possibilité de dire non :

  • Non à un client désagréable
  • Non à une mission qui ne vous intéresse pas
  • Non à une promotion qui sacrifierait votre vie familiale
  • Non à des revenus supplémentaires qui ne changeraient plus réellement votre niveau de vie

Avant l’indépendance financière, ces refus sont parfois difficiles.

Lorsque le salaire est indispensable pour financer les dépenses du foyer ou les études des enfants, certaines concessions paraissent inévitables.

Une fois cette contrainte levée, le rapport au travail change complètement. Vous n’avez plus besoin d’accepter chaque opportunité. Vous pouvez sélectionner celles qui ont encore du sens pour vous.

C’est un changement beaucoup plus profond qu’il n’y paraît.

Dans les faits, beaucoup de personnes découvrent qu’elles n’avaient pas envie d’arrêter de travailler. Elles avaient simplement envie d’arrêter de subir leur travail.

Les études vont dans le même sens

Plusieurs travaux se sont intéressés aux conséquences de la retraite sur la santé et la longévité.

Les personnes qui partent plus tôt à la retraite ne sont pas toujours comparables à celles qui poursuivent leur activité. Certaines quittent le marché du travail parce que leur état de santé s’est déjà dégradé, ce qui peut expliquer une partie des écarts observés.

Malgré tout, une constante apparaît régulièrement. Le maintien d’une activité intellectuelle, de relations sociales et d’objectifs personnels semble jouer un rôle important dans le bien-être au fil des années.

Ce n’est probablement pas le contrat de travail qui protège, c’est tout ce qui l’accompagne :

  • Les échanges quotidiens
  • Les problèmes à résoudre
  • L’impression d’être encore util
  • La stimulation intellectuelle.

Autrement dit, lorsqu’une personne cesse de travailler, elle ne perd pas seulement un salaire. Elle perd parfois tout un environnement qui entretenait naturellement ces différents éléments.

La véritable question n’est donc pas : faut-il continuer à travailler ?

Mais plutôt : par quoi allez-vous remplacer tout ce que le travail vous apportait, en dehors de l’argent ?

En quoi cela change-t-il votre manière d’investir ?

Cette réflexion dépasse largement la question de la retraite. Elle influence directement la façon de construire un patrimoine.

Lorsqu’un investisseur imagine qu’il devra absolument arrêter toute activité à 60 ou 65 ans, il cherche naturellement à accumuler le capital le plus important possible.

Chaque euro supplémentaire devient indispensable. Chaque baisse des marchés devient plus inquiétante.

À l’inverse, celui qui envisage de conserver une activité réduite, choisie et plaisante pendant quelques années supplémentaires modifie complètement son équation financière.

Il n’a plus besoin que son patrimoine finance immédiatement 100 % de ses dépenses. Quelques revenus complémentaires suffisent parfois à réduire très fortement le risque de manquer d’argent.

Cela permet souvent de construire un portefeuille plus sereinement :

  • Les retraits peuvent être moins importants
  • Le patrimoine a davantage de temps pour continuer à fructifier
  • Et surtout, l’investisseur supporte beaucoup mieux les inévitables périodes de baisse des marchés

Paradoxalement, accepter l’idée de continuer à travailler un peu peut rendre l’indépendance financière beaucoup plus solide.

Quelques règles simples pour éviter que le travail ne prenne toute la place

Évidemment, continuer à travailler ne signifie pas retomber dans les excès qui ont parfois motivé la recherche de l’indépendance financière.

À partir du moment où le patrimoine suffit à vivre, certaines règles deviennent presque évidentes.

  • La première est de ne plus travailler avec des personnes que vous ne respectez pas (ou qui ne vous respectaient pas). L’argent n’est plus une raison suffisante.
  • La deuxième consiste à refuser les situations où le stress devient permanent. Être financièrement indépendant tout en vivant dans l’anxiété quotidienne n’a finalement pas beaucoup de sens.
  • La troisième est d’apprendre à dire non. Non aux réunions inutiles, aux projets qui ne vous enthousiasment pas, aux obligations que vous n’auriez acceptées que par nécessité financière quelques années auparavant.

Enfin, il existe une règle qui mérite probablement d’être rappelée :

Ne laissez jamais le travail vous empêcher de vivre ce que votre patrimoine était justement censé vous permettre de vivre.

Personne ne regrette, à la fin de sa vie, de ne pas avoir répondu à quelques e-mails supplémentaires.

En revanche, beaucoup regrettent les moments passés avec leurs proches qu’ils pensaient pouvoir rattraper plus tard. L’indépendance financière n’a de valeur que si elle vous donne la liberté de choisir vos priorités.

La retraite n’est peut-être pas ce que vous imaginez

Lorsqu’on évoque la retraite, les images qui viennent spontanément sont souvent les mêmes :

  • Des voyages
  • Du temps libre
  • Le golf
  • La plage
  • Etc

Ces activités ont évidemment leur place, et beaucoup de personnes en profitent pleinement.

Le problème apparaît lorsqu’on pense qu’elles suffiront, à elles seules, à remplir plusieurs décennies. Le loisir est agréable parce qu’il alterne avec d’autres formes d’activité. Lorsque chaque journée devient un week-end, cette sensation finit parfois par s’estomper.

Ce n’est pas un hasard si tant de retraités finissent par s’investir dans une association, transmettre leur expérience, accompagner leurs enfants ou petits-enfants, créer une petite entreprise, reprendre une activité de conseil ou développer une passion exigeante.

Ils ne cherchent pas forcément à gagner davantage. Ils cherchent à continuer de construire quelque chose. Cette distinction est importante, car elle rappelle que l’être humain est rarement satisfait lorsqu’il ne fait que consommer son temps. Il éprouve souvent davantage de satisfaction lorsqu’il crée, transmet ou progresse.

L’indépendance financière change la nature du travail, pas nécessairement sa place dans votre vie

À force de présenter l’investissement comme un moyen d’arrêter de travailler, on finit presque par considérer le travail comme un mal nécessaire.

Je ne suis pas certain que cette vision soit très juste. Ce qui use la plupart des investisseurs n’est pas toujours le travail lui-même (sauf dans certains cas, bien sûr).

C’est le manque de liberté, le sentiment de devoir accepter certaines situations, l’impossibilité de choisir, ou encore la pression financière permanente.

L’indépendance financière agit précisément sur ces contraintes : elle retire progressivement les obligations.

Et lorsqu’une obligation disparaît, une activité peut retrouver tout son intérêt.

Je constate souvent que les investisseurs les plus sereins ne sont pas ceux qui ont cessé toute activité le plus tôt possible. Ce sont ceux qui ont progressivement construit une vie où leur patrimoine et leur travail se complètent.

Le patrimoine leur apporte la sécurité. Le travail leur apporte l’utilité, les relations sociales et la stimulation intellectuelle. Les deux ne sont pas opposés. Ils peuvent devenir complémentaires.

Et si vous n’aviez jamais besoin de prendre votre retraite ?

Cette idée peut paraître paradoxale. Pourtant, elle change profondément la manière d’aborder son patrimoine. L’objectif n’est plus de fuir le travail à tout prix, mais de construire une vie dans laquelle continuer à travailler reste un choix agréable, jamais une obligation financière.

Cette nuance modifie beaucoup de décisions d’investissement :

  • Vous êtes moins tenté de rechercher des rendements irréalistes
  • Vous supportez mieux les périodes de baisse des marchés
  • Vous pouvez accepter que votre patrimoine continue de croître tranquillement, sans chercher à accélérer artificiellement le processus

Surtout, vous réduisez un risque dont on parle finalement assez peu : celui de consacrer trente ou quarante ans à préparer une retraite… avant de découvrir que vous ne savez pas vraiment quoi faire de cette liberté.

La réussite patrimoniale ne consiste pas uniquement à accumuler suffisamment de capital. Elle consiste aussi à construire une vie dans laquelle l’argent cesse progressivement d’être le sujet principal.

C’est souvent à ce moment-là que le patrimoine commence réellement à remplir son rôle. Il ne vous dit plus comment vivre. Il vous laisse enfin le choix.

Au fond, l’indépendance financière n’est peut-être pas le moment où l’on cesse de travailler. C’est celui où l’on cesse d’avoir besoin de travailler, mais où l’on poursuit quand même des activités.

Et si cette liberté soulève plus de questions que prévu, c’est souvent le signe que la réflexion patrimoniale ne s’arrête pas à votre portefeuille. Chez Alti Patrimoine, c’est précisément cette réflexion d’ensemble que nous cherchons à construire avec nos clients.