Comment 10 000 € permettront à vos petits-enfants de bénéficier d’une meilleure retraite

Comment 10 000 € permettront à vos petits-enfants de bénéficier d'une meilleure retraite

Quand on souhaite aider financièrement ses petits-enfants, le premier réflexe consiste souvent à se demander combien leur donner. 5 000 € ? 10 000 € ? Davantage si le patrimoine le permet ? À mon sens, ce n’est pourtant pas la question la plus intéressante.

Pour un enfant qui vient de naître, la ressource la plus précieuse n’est pas vraiment l’argent. C’est le temps. Quelques milliers d’euros placés pendant cinquante, soixante ou soixante-dix ans peuvent produire des résultats sans commune mesure avec le montant initial. À condition, évidemment, que cet argent reste effectivement investi pendant tout ce temps.

C’est là que le problème devient plus subtil. Donner 10 000 € à un petit-enfant est assez simple. Faire en sorte que ces 10 000 € traversent plusieurs décennies, plusieurs régimes fiscaux, plusieurs crises boursières et, accessoirement, les vingt ans du bénéficiaire sans être dépensés entre-temps est beaucoup plus compliqué.

Prenons donc une situation volontairement simple : vous venez d’avoir un petit-enfant et souhaitez lui donner 10 000 €, non pas pour financer ses études ou son premier appartement, mais pour améliorer très concrètement sa situation financière lorsqu’il arrivera à la retraite. Le projet paraît presque excessivement lointain. C’est justement ce qui le rend intéressant.

Le véritable cadeau n’est pas 10 000 €

Sur très longue période, la capitalisation produit des résultats difficiles à appréhender intuitivement. À 7 % de rendement annuel moyen, 10 000 € deviennent environ 574 000 € après 60 ans. À 8 %, on dépasse le million d’euros après 60 ans. À 9 %, on approche 1,8 million.

Ces chiffres sont nominaux et ne constituent évidemment pas une prévision. MSCI estime que les actions mondiales ont produit environ 9,5 % par an en dollars entre 1970 et 2024, mais avec des différences considérables d’une décennie à l’autre. Le MSCI World affiche pour sa part environ 8,7 % annualisés depuis fin 1987 dans les données publiées en 2026. Rien ne garantit qu’un enfant né aujourd’hui connaîtra les mêmes rendements.

Je préfère donc raisonner avec plusieurs hypothèses plutôt qu’avec une projection spectaculaire :

  • à 5 % par an, 10 000 € deviennent environ 187 000 € après 60 ans ;
  • à 7 % par an, ils deviennent environ 574 000 € ;
  • à 9 % par an, ils atteignent environ 1,76 million d’euros.

L’écart est immense. Et il rappelle quelque chose que les simulations à très long terme ont tendance à dissimuler : quelques points de rendement supplémentaires ou retranchés, lorsqu’ils sont composés pendant soixante ans, changent complètement le résultat.

Il faut aussi tenir compte de l’inflation. Avec 2 % d’inflation moyenne pendant 60 ans, 574 000 € futurs correspondent à environ 175 000 € de pouvoir d’achat actuel. Avec 3 %, ils représentent à peine 98 000 € actuels. On est déjà assez loin de l’image du petit-enfant millionnaire grâce à un chèque de ses grands-parents.

Mais cela reste remarquable pour une somme de départ de 10 000 €. Et surtout, aucune épargne supplémentaire n’a encore été prise en compte. Si le bénéficiaire ajoute lui-même quelques dizaines ou centaines d’euros par mois une fois adulte, le capital transmis par les grands-parents devient simplement le premier étage d’un patrimoine beaucoup plus important.

Le problème n’est donc pas de démontrer que les intérêts composés fonctionnent. Il faut réussir à leur laisser soixante ans pour fonctionner.

Premier obstacle : choisir une enveloppe qui n’existera peut-être plus dans soixante ans

L’ancienne réponse à cette question consistait parfois à ouvrir un PER au nom d’un enfant. Ce n’est plus possible. Depuis le 1er janvier 2024, un mineur ne peut plus ouvrir de PER individuel et les versements sur les PER ouverts auparavant pour des mineurs sont suspendus jusqu’à leur majorité.

Cela montre d’ailleurs pourquoi il faut être prudent lorsque l’on construit une stratégie patrimoniale sur six ou sept décennies. Les produits financiers changent. Les règles fiscales changent. Certains dispositifs disparaissent et d’autres apparaissent. Essayer de choisir aujourd’hui l’enveloppe fiscale optimale pour 2080 est probablement une bataille perdue d’avance.

Pour un enfant mineur, l’assurance-vie reste une possibilité intéressante. Un mineur peut détenir un contrat, même s’il doit être représenté par ses représentants légaux pour sa souscription. Elle offre surtout une enveloppe suffisamment souple pour accueillir des unités de compte et donc, si le profil et l’horizon le permettent, une allocation largement exposée aux actions.

Le PEAC — plan d’épargne avenir climat — constitue une autre possibilité depuis 2024. Il est réservé aux moins de 21 ans et bénéficie d’un cadre fiscal intéressant, mais son univers d’investissement est contraint par son objectif de financement de la transition écologique. Il est également clôturé au plus tard l’année des 30 ans du titulaire. Pour un projet qui doit théoriquement courir jusqu’à 60 ou 70 ans, ce n’est donc qu’une première enveloppe, pas la solution définitive.

Une approche plus réaliste consiste à accepter dès le départ qu’il y aura plusieurs étapes. L’argent peut être investi pendant l’enfance dans une enveloppe adaptée à cette période, puis transféré ou réorganisé à l’âge adulte en fonction des dispositifs qui existeront alors. Un PER pourra éventuellement devenir pertinent lorsque votre petit-enfant commencera à percevoir des revenus et disposera d’un intérêt fiscal à déduire ses versements. Les versements volontaires sont aujourd’hui déductibles du revenu imposable dans certaines limites, mais leur fiscalité à la sortie dépend notamment du choix effectué à l’entrée.

Autrement dit, je ne chercherais pas à fabriquer en 2026 un portefeuille censé rester juridiquement et fiscalement intact jusqu’en 2090. Je chercherais plutôt à transmettre un capital capable de changer d’enveloppe sans perdre sa vocation.

Donner tôt présente aussi un intérêt fiscal

Un don de 10 000 € à un petit-enfant reste très inférieur à l’abattement actuellement applicable aux donations entre grands-parents et petits-enfants : chaque grand-parent bénéficie d’un abattement de 31 865 € par petit-enfant, renouvelable tous les quinze ans. Cet abattement s’applique même lorsque le bénéficiaire est mineur.

Il existe également une exonération spécifique pour certains dons familiaux de sommes d’argent, elle aussi plafonnée à 31 865 €, mais les conditions sont différentes : le donateur doit notamment avoir moins de 80 ans et le bénéficiaire doit être majeur ou émancipé. Les deux mécanismes peuvent se cumuler lorsque leurs conditions respectives sont réunies.

Cela donne une raison supplémentaire de ne pas attendre nécessairement la succession pour transmettre une partie de son patrimoine. Un euro transmis à 5 ans et investi pendant soixante ans n’a évidemment pas la même utilité qu’un euro hérité à 55 ans. D’un point de vue patrimonial, la date de transmission compte presque autant que le montant transmis.

Il faut néanmoins formaliser correctement le don. Depuis 2026, la déclaration des dons concernés doit en principe être réalisée en ligne depuis l’espace fiscal du bénéficiaire, sous réserve des exceptions prévues par l’administration. Pour des montants plus élevés ou lorsque l’on souhaite assortir la donation de conditions particulières, le recours à un notaire devient particulièrement intéressant.

Et ces conditions particulières vont justement nous être utiles.

Deuxième obstacle : comment investir pendant soixante ans ?

Si l’argent est réellement destiné à la retraite d’un enfant, l’horizon initial est exceptionnellement long. À quelques mois ou quelques années, une forte exposition aux actions serait difficile à défendre. À soixante ans, c’est l’inverse : conserver une part importante du capital sur des supports très prudents pendant des décennies peut représenter un coût d’opportunité considérable.

Cela ne signifie pas qu’il faut sélectionner aujourd’hui deux ETF et jurer de ne plus jamais y toucher. L’article original proposait une combinaison de S&P 500 et de petites capitalisations américaines value. Elle peut se défendre historiquement, notamment parce que le facteur value a produit une prime sur de longues périodes. Mais elle constitue aussi un pari très spécifique sur les États-Unis et sur la persistance d’un facteur donné.

Nous savons d’ailleurs que les facteurs peuvent connaître de longues périodes de sous-performance. Les travaux récents de MSCI montrent que plusieurs stratégies factorielles ont surperformé le MSCI World sur près de cinquante ans, mais également que cette surperformance a été cyclique et parfois absente pendant des périodes suffisamment longues pour éprouver sérieusement les investisseurs.

Pour un capital destiné à traverser plusieurs générations de produits financiers, je partirais donc plutôt d’une exposition mondiale aux actions, éventuellement complétée par des facteurs si l’on accepte leurs particularités. Le MSCI World comporte aujourd’hui plus de 1 200 grandes et moyennes entreprises de marchés développés et couvre environ 85 % de la capitalisation flottante de chacun de ces marchés. Un indice ACWI ou ACWI IMI permet d’élargir encore l’exposition aux émergents et, selon l’indice retenu, aux petites capitalisations.

L’allocation pourra ensuite évoluer. À 5 ans, à 25 ans et à 60 ans, votre petit-enfant n’aura ni les mêmes besoins ni le même horizon. Il serait assez curieux de prétendre décider aujourd’hui de l’allocation optimale d’un retraité de 2090.

C’est finalement l’un des paradoxes de ce projet : il faut avoir une conviction suffisamment forte pour investir, mais suffisamment faible pour ne pas figer la solution.

Le troisième obstacle est beaucoup plus difficile

Supposons maintenant que tout fonctionne. Vous donnez 10 000 €. Ils sont investis. Les frais restent faibles. Le portefeuille traverse correctement les décennies. Votre petit-enfant atteint 18 ans avec, selon les marchés, 25 000 €, 30 000 € ou davantage à son nom.

Que l’empêche de les utiliser ?

À 18 ou 20 ans, un capital destiné à une retraite située quarante-cinq ans plus tard entre soudainement en concurrence avec des projets beaucoup plus immédiats : une voiture, un voyage, des études, un apport immobilier ou simplement l’envie de disposer de l’argent. Certains de ces usages peuvent d’ailleurs être parfaitement raisonnables. Le problème est simplement qu’ils ne correspondent plus à l’objectif initial.

C’est probablement le risque le plus sous-estimé lorsque l’on parle d’épargne pour les enfants. On passe beaucoup de temps à choisir l’ETF, l’assurance-vie et la fiscalité, alors que le principal risque pesant sur une capitalisation de soixante ans est parfois simplement que la capitalisation s’arrête à la dix-huitième année.

Il existe heureusement quelques outils juridiques. Une donation peut notamment comporter une clause d’inaliénabilité empêchant temporairement le bénéficiaire de céder ou de donner le bien transmis, à condition que cette restriction soit temporaire et justifiée par un intérêt sérieux et légitime. Une donation peut également comporter certaines charges.

Ces mécanismes ne doivent pas être bricolés dans une lettre familiale. Lorsqu’on veut réellement organiser la gestion ou la disponibilité d’un patrimoine transmis à un mineur, un notaire peut rédiger une donation adaptée. Le droit permet même, dans certaines situations, de désigner une autre personne que les parents pour administrer les biens donnés à l’enfant.

Mais le droit ne peut pas tout résoudre. On ne peut pas raisonnablement organiser à la naissance la vie financière complète d’une personne jusqu’à ses 65 ans.

Il reste donc une autre transmission, moins mesurable : expliquer à l’enfant pourquoi cet argent existe.

Vous ne transmettez pas seulement un capital

Je trouve assez intéressante l’idée de joindre au don une lettre destinée au futur adulte. Pas une lettre sentimentale expliquant ce qu’il doit faire de sa vie, mais quelque chose de beaucoup plus concret : l’origine des 10 000 €, la raison pour laquelle ils ont été investis et surtout ce que plusieurs décennies supplémentaires pourraient en faire.

À 20 ans, découvrir que 30 000 € peuvent financer une voiture est assez évident. Comprendre que ces mêmes 30 000 €, capitalisés à 7 % pendant quarante-cinq années supplémentaires, pourraient théoriquement dépasser 600 000 €, l’est beaucoup moins.

On peut alors présenter quelques règles simples :

  • ce capital a été constitué pour un horizon exceptionnellement long ;
  • sa valeur peut fortement baisser pendant certaines crises sans que cela signifie que le projet a échoué ;
  • les enveloppes et les supports devront probablement évoluer avec le temps ;
  • utiliser le capital avant l’échéance revient à renoncer à plusieurs décennies de capitalisation.

Ce dernier point me paraît essentiel. Retirer 10 000 € d’un portefeuille à 25 ans ne coûte pas seulement 10 000 €. Si cette somme aurait pu rester investie quarante ans à 7 %, son coût d’opportunité théorique approche 150 000 €. Présenter les décisions de cette manière change quelque peu la perception d’un retrait anticipé.

Cela ne signifie pas qu’il ne faudra jamais toucher à cet argent. Financer des études très rentables, créer une entreprise ou acheter sa résidence principale peut avoir davantage de valeur qu’une capitalisation financière supplémentaire. L’objectif n’est pas de transformer un cadeau en prison patrimoniale, mais de faire en sorte que le bénéficiaire sache ce qu’il abandonne lorsqu’il utilise le capital.

10 000 € suffisent-ils à améliorer une retraite ?

Reprenons notre hypothèse intermédiaire de 7 % pendant 60 ans : environ 574 000 €. Supposons ensuite que le bénéficiaire arrive à la retraite et retire 3,5 % du portefeuille la première année. Cela représente environ 20 000 € de revenus bruts annuels supplémentaires.

Ce calcul est évidemment trop simplifié pour construire un plan de retraite réel. Nous ignorons les rendements futurs, l’inflation, la fiscalité de 2086, l’âge de départ à la retraite et même la forme que prendra notre système de retraite. Une projection sur soixante ans n’est pas une prévision ; c’est une manière de mesurer l’ordre de grandeur produit par la capitalisation.

On peut même faire varier volontairement les hypothèses. Avec 5 % de rendement pendant 60 ans, le capital final tourne autour de 187 000 €. Avec 7 %, environ 574 000 €. Deux petits points de rendement font ici apparaître près de 400 000 € d’écart.

Cela permet aussi de comprendre pourquoi les frais comptent tellement dans ce type de projet. Une différence apparemment modeste entre un placement produisant 7 % net de frais et un autre produisant 6 % ne représente pas simplement 1 % de moins chaque année : après 60 ans, 10 000 € deviennent environ 574 000 € dans le premier cas, contre 330 000 € dans le second. Près de 244 000 € d’écart pour un seul point annuel.

Sur un horizon pareil, choisir une enveloppe chargée en frais parce qu’elle offre un avantage commercial ponctuel serait donc assez difficile à justifier.

Le plus difficile : organiser la continuité du capital

C’est finalement ce que cet exemple de 10 000 € révèle. La performance du placement n’est qu’une partie du problème. Pour qu’un petit capital transmis à la naissance devienne réellement un complément de retraite, il faut organiser une chaîne qui ne se rompe pas : donation correctement structurée, enveloppe adaptée pendant la minorité, investissement suffisamment productif, frais contenus, changement d’enveloppe lorsque la fiscalité ou la situation du bénéficiaire l’exige, puis maintien du capital jusqu’à un âge où il pourra véritablement remplir son objectif.

Une erreur à n’importe quelle étape peut coûter davantage que quelques dixièmes de performance. Placer 10 000 € sur un support excessivement prudent pendant trente ans, supporter 1 ou 2 % de frais inutiles chaque année ou liquider le portefeuille à 25 ans modifie beaucoup plus le résultat final que de choisir entre deux bons ETF actions.

C’est pourquoi je vois moins ce projet comme le choix d’un placement pour enfant que comme l’organisation d’une transmission patrimoniale à très longue durée. Le produit utilisé aujourd’hui n’est qu’un maillon. L’objectif, lui, doit survivre aux produits.

Pour vos petits-enfants, 10 000 € peuvent être un beau cadeau : bien organisés sur plusieurs décennies, ils pourront leur permettre de bénéficier d’une bien meilleure retraite.

Alti Patrimoine vous accompagne pour articuler ces différents maillons : donation, enveloppe, allocation et futurs changements de structure, pour que le temps puisse permettre de maximiser le capital de départ.